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Auteur : Hubert Haddad
Date de saisie : 22/04/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Cénomane, Le Mans, France
Collection : Mots-Nambules
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 9782916329239
GENCOD : 9782916329239
Sorti le : 03/10/2009
«Je ne me suis pas suicidée. L'eau a monté, monté. Et je me suis noyée. Maintenant je suis morte. J'ai des pétales dans les cheveux. Toute petite, déjà, j'aimais les fleurs. Je les mangeais dans le jardin. Mon grand-père me laissait faire. II me disait : pas les jaunes. Les fleurs jaunes rendent malade. Elles tuent même quelquefois. En ce temps-là, j'aimais Martin. II était plus vieux que moi. C'était le fils du boucher. Sa peau sentait la viande. II était beau comme une fille. II avait des cils de fille. Ses yeux étaient cruels. II n'aimait pas son père. II disait : un jour, je le saignerai. Comme un porc. Avec mon couteau préféré. Et je boirai son sang. Dans le jardin de mon grand-père, il y avait un arbre. Un chêne plus grand que la maison. J'y grimpais tout le temps. Ma chambre était dans l'arbre.- Martin m'avait aidée. II y avait un lit de paille. Et des feuilles pour les draps. Les oiseaux venaient nous voir. Ils traversaient les murs. Les moineaux et les grives. Les hirondelles aussi. Grand-père ne disait rien. Depuis la mort de Warda, sa vieille soeur, il parlait peu. II pleurait souvent.» [La Barricade du cygne]
La Barricade du cygne est suivi des textes de l'atelier d'écriture qu'Hubert Haddad a conduit à Rochefort-sur-Loire auprès de femmes et d'hommes en situation d'apprendre ou réapprendre à lire et à écrire, ce Petit inventaire des quatre vents, «sorte d'abécédaire de la reconquête intime, de catalogue subjectif où se déploient en éventail les mots d'hier et d'aujourd'hui».
Né à Tunis en 1947, Hubert Haddad est l'auteur d'une oeuvre considérable où les romans et les recueils de nouvelles alternent avec les essais sur l'art ou la littérature, les pièces de théâtre et les recueils de poèmes. Son dernier roman, Géométrie d'un rêve, vient de paraître aux éditions. Zulma.
J'embrassais ses vieilles mains. Elles sentaient la terre. Ses yeux tremblaient comme de la gelée. A cause des larmes. Il me laissait libre. Je courais partout. Je me cachais pendant des heures. Personne ne me faisait de mal. Quand j'avais trop peur, je grimpais dans l'arbre. Un vieux chêne sauve la vie des enfants. Il est solide. Il ne bouge pas. Il a des bras toujours ouverts. Été comme hiver, on y est caché. Le vent dans l'arbre est un ami. Et la pluie joue entre les branches. Mais j'ai vieilli. On m'a mise à l'école. Et un jour j'ai saigné. Le temps a passé. Il a fallu travailler à la ferme. Chez les Bouffedieu. Martin n'était plus mon ami. Il avait grandi d'un coup. Son visage s'était renfrogné. Ses yeux avaient rapetissé. Comme la tête tuée du cochon. Il me suivait partout. Il guettait dans les coins. Des fois, il m'attrapait. Alors il me triturait. Il me pinçait. Il me broyait. Avec ses grandes mains mal lavées. Son père l'avait embauché. Il travaillait comme apprenti. Grand-père avait ses lapins et ses poules. Nous allions rarement à la boucherie. Grand-père cultivait son potager. Les arbustes du jardin donnaient des fruits. Surtout des pommes et des cerises. C'était bien assez pour nous deux. A Noël, il commandait une dinde. C'est moi qui achetais le pain. La boulangère avait des yeux étranges, blancs comme les nuages d'été. Elle chantait toujours quand elle était seule. Je me souviens d'un air :
Elle n 'est plus là la ville d'Is
La mer recouvre ses trésors
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