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.. Treize mauvais quarts d'heure

Couverture du livre Treize mauvais quarts d'heure

Auteur : Albert Sànchez Piñol

Traducteur : Marianne Millon

Date de saisie : 19/05/2010

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 9782742790661

GENCOD : 9782742790661

Sorti le : 03/05/2010

Contes fantastiques où l'on croise des hommes de la Lune, un esquimau qui fait peur à un ours, un acheteur de churros le dimanche matin, et d'autres encore. Contes moraux ou amoraux, selon le point de vue, tous nous entraînent ailleurs, soit par un frisson, soit par un grand éclat de rire (à ce titre, le conte intitulé "La solidarité venue des étoiles" est exemplaire).
Mais derrière le rire demeure toujours une pointe de malaise. Sanchez-Piñol n'est fondamentalement pas un drôle. Ces récits sont marqués par un désenchantement certain vis-à-vis du genre humain : hommes oublieux de leurs origines, sauvant leur peau avant celle de leur frère, préférant le débat idéologique au bonheur de l'humanité... Un désenchantement comme un amour déçu pour l'humanité, mais un amour malgré tout...
Ces contes, genre que Sanchez-Piñol manie avec un art consommé, sont à lire et à relire.
A lire également et absolument, du même auteur et chez le même éditeur : La Peau froide.


  • Les présentations des éditeurs : 15/05/2010

Ils sont au fin fond de la savane, au milieu de la mer Baltique, dans une salle d'opéra qui abrite le congrès de l'Internationale socialiste, ou dans la Rome des Césars. Il y a là des Sélénites embusqués, des zèbres philosophes, une prostituée cubaine avalée par une armoire, un Esquimau et un ours polaire qui semblent jouer à chat glacé. Tout est loin, différent, aux antipodes de notre quotidien, de nos aspirations et de notre légitime «quant à soi» d'Homo sapiens. Las, il faudra admettre que si ce n'est pas notre stricte réalité, c'est bien notre triste vérité que ces contes donnent à voir. Qu'avons-nous en commun avec ces créatures surréalistes : absolument toutes les peurs. Celle de la solitude, de la folie, de la mort, de l'abandon. Oniriques, fantastiques et drolatiques, ces contes moraux sont un miroir de la condition humaine, autant qu'une charge contre nos besoins artificiels d'hommes modernes. Une constante pour cet écrivain anthropologue (il a passé plusieurs années au Congo) qui certifie n'avoir jamais rencontré un seul pygmée dépressif.

Né à Barcelone en 1965, Albert Sanchez Pinol est l'auteur d'un essai et d'un recueil de nouvelles. Ses romans, La Peau froide (Actes Sud, 2004 ; Babel n°781) et Pandore au Congo (Actes Sud, 2007 ; Babel n° 1010) ont connu un succès international.


  • Les courts extraits de livres : 19/05/2010

Les événements semblent lointains aujourd'hui, mais tout a commencé il y a deux ans, par une nuit d'hiver. Au beau milieu du dîner, on entendit mugir la vache, qui était traite tous les matins. Mais, le soir, il lui arrivait de souffler de cette façon si pénible. On aurait dit un de ces coqs fous, qui chantent toute la journée, sauf au lever du soleil.
- Va la traire, m'ordonna mon père.
Il garda les yeux rivés sur son assiette, comme toujours quand il parlait en mangeant. Je ne voulais pas y aller. Il faisait un froid terrible et retable se trouvait à cinquante pas de la maison. J'y allai, bien sûr. Mon père était un colosse ; lui seul pouvait dire non à la maison. Avec grand-mère. Mais je parlerai de grand-mère plus tard.
Je pris le seau en métal et sortis. Mon Dieu, comme il faisait froid. Je m'en souviens encore. Je n'avais pas mis mes gants, ma peau faillit rester collée à l'anse. Ma bouche rejetait une vapeur pareille à de la fumée de bois vert. En arrivant, j'avais les doigts violacés.
J'entre dans l'étable et je dis : Ta gueule, sale vache ! (Ou peut-être : Ta gueule, saloperie de vache ! Je ne me souviens pas bien, jetais encore un gamin et j'aimais dire des gros mots quand mon père ne m'entendait pas.) Je m'assieds sur le tabouret, lui saisis les pis, ils sont secs. Je me lève, lui balance un coup de poing sur l'arrière-train et crie : Qu'est-ce que tu as à grogner, idiote de vache ? A cet instant, je me suis retourné. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis retourné.


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