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Auteur : Albert Sanchez Pinol
Traducteur : Marianne Millon
Date de saisie : 07/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France | Leméac, Montréal, Canada
Collection : Babel, n° 1010
Prix : 9.00 € / 59.04 F
ISBN : 9782742791088
GENCOD : 9782742791088
Sorti le : 28/04/2010
Londres, 1914, le survivant d'une expédition africaine attend sa condamnation dans le couloir de la mort d'une austère prison. Il est accusé d'avoir assassiné ses deux employeurs au coeur de la forêt congolaise. La défense charge un jeune écrivain d'écrire la version de l'inculpé afin de trouver la faille qui le sauvera de la pendaison. Cette rencontre est le prélude à un voyage au coeur des ténèbres au bout duquel le surnaturel s'impose brutalement. On passe subitement de Conrad à Lovecraft ! En lisant la quatrième de couverture, je me suis dit que l'éditeur en révélait trop. C'est un leurre, car un incroyable rebondissement attend le lecteur en fin d'ouvrage. Je mets quiconque au défi de l'anticiper. Cet auteur est un virtuose de la manipulation, et son talent vous laissera bouche bée. J'ai découvert ce livre par le bouche à oreille, et puis vous certifier que ce média vieux comme le monde sera toujours une valeur sûre aux yeux d'un libraire.
«Ma mère dit que je ressemble à mon père. Elle est tombée enceinte de lui à 17 ans.
Et puis il s'est barré et elle s'est retrouvée comme une conne avec moi. "Faire un gosse avec un gitan, quelle idée de merde ! " C'est ce que mon oncle m'a répété toute ma vie.
Je n'ai pas toujours habité ici. Jusqu'à mes 11 ans, je vivais dans un petit appartement dans le 10e arrondissement de Paris. Mais ma mère a perdu son travail et n'en a jamais retrouvé un. Mon oncle nous a pris en charge. Déménagement derrière la porte de la Chapelle. Puis au nord d'Auber. Toujours au milieu des blocks. Le choc. Le premier jour d'école là-bas, je suis rentré avec le nez en sang. Ma mère, abrutie par les médocs, se foutait que son fils prenne des trempes. En fait, avec le recul, je crois qu'elle ne s'en rendait même pas compte.
J'avais beau être très grand pour mon âge, je me faisais systématiquement masser les joues par la bande des sales gosses du quartier. De vrais salopards qui jouaient déjà les caïds, issus d'authentiques familles de cas sociaux : pères en prison, frères obsédés par la fixette au point de braquer le tabac du coin avec une hache, mères et soeurs dont les semaines étaient rythmées par les visites aux parloirs. La zone pour de vrai, sans sas de décompression. Tous les soirs à chialer seul dans ma chambre, jusqu'à ce que mon oncle remarque, un jour, mon visage tuméfié. Il ne dit rien à ma mère et se contente de me glisser une petite tape à la joue en me murmurant à l'oreille : " Ça va aller bonhomme. "
Le lendemain, il me fait enfiler un short et des baskets.»
Tony est un jeune boxeur; garçon sans histoires, il consacre sa vie au sport, prépare son premier combat pro et se tient à l'écart des trafics qui rythment la vie de sa cité. Mais il doit composer avec une mère à problèmes, qui se laisse entretenir par des voyous. Tout dérape lorsque l'un d'entre eux la bat et l'envoie à l'hôpital. Tony décide de faire appel à Miguel, le caïd de la ville, pour étancher sa soif de vengeance. Mais dans ce milieu, rien n'est jamais gratuit. La faveur demandée à un prix, celui du sang. Tony, qui doit payer sa dette, entame alors une longue descente aux enfers...
Balancé dans les cordes est le second roman de Jérémie Guez, l'auteur de Paris la nuit.
PARIS LA NUIT / LA REVUE DE PRESSE (Extraits)
Un grand roman avec des dialogues à la Audiard
Jean-Charles Baudet-Plazolles de La Librairie Les Mille et Une Pages à Paris, Les Coups de coeur des libraires sur LCI
Un roman écrit à la première personne, un style qui s'apparente à un Goodis ou un Melville de la meilleure facture.
Yves Gitton, Xroads
Dénué de jugement moral comme de théories victimisantes, Paris la nuit fait la chronique d'une dégringolade inexorable, en une centaine de pages affinées avec le savoir-faire d'un auteur confirmé.
Yann Le Tumelin, Moisson noire
Jérémie Guez est véritablement un alchimiste des mots. Il décrit avec une maîtrise déconcertante la déchéance d'un homme qui se consume de l'intérieur. Un premier roman accompli, riche de promesses pour ce jeune auteur d'à peine 23 ans.
Bruno Le Provost, Passion polar
Ne ratez pas ce roman sous peine de passer à côté d'un auteur qui pourrait bien devenir très bientôt incontournable.
Pierre Faverolle, Black Novel
- Bouge, allez bouge putain. Donne du rythme !
La sueur me pique les yeux ; mon casque, trop serré, compresse mes tempes. Les gencives à vif, mordues par le protège-dents qui m'empêche de reprendre mon souffle. Une sale tempête s'abat sous mon crâne. Le type boxe mal. Il est d'une lenteur incroyable. Il doit faire 20 kilos de plus que moi et pourtant je peux le coucher sans même que ses poings effleurent ma joue. Pas ce soir. J'ai les jambes lourdes, le dos bloqué. Je vois les coups venir à des kilomètres mais mon corps ne répond pas.
Et l'autre cogne fort. Il sent la brèche, depuis le temps qu'il essaye de la trouver... Je sais qu'il sait. Ce fils de pute ne lâchera rien.
- Donne des coups, donne des coups putain ! Balance ta gauche !
La voix du coach résonne. Je suis perdu sur le ring. Il faut que ça s'arrête. Mais le type casse ma garde. Je rentre les bras trop lentement. Son poing cogne le creux de mes reins, la douleur gagne mon dos. Je me dégage, je vois le crochet arriver, je me baisse un peu. L'autre gant arrive entre mes deux yeux. Je crois avoir remonté la tête au bon moment, mais non. Je sens l'entaille, la virgule qui vient s'inscrire, droite, sur ma bouche. Le sang perle de ma lèvre. J'essaye de bouger en attendant le gong. Je suis à la rue.
- Stop, stop on arrête tout.
Je vais dans mon coin, fais un signe du gant pour dire que j'ai soif.
- Mais bordel Tony, tu peux m'expliquer à quoi tu joues ? Ton combat arrive vite mon gars. Je peux te dire qu'il y a du boulot. Continue comme ça et tu te feras étaler avant la troisième reprise, j'te l'dis moi !
Je ne réponds pas et repose mes bras sur les cordes. Patrick défait les liens de mon casque et passe de la pommade sur ma lèvre. Je retire mes gants tandis qu'il me sermonne. Je ne l'écoute pas. Machinalement il me tend la bassine, je retire mon protège-dents et crache une salive pâteuse, teintée de rouge. Mon oncle, debout au fond de la salle, me fixe d'un air navré. Mes yeux restent braqués dans sa direction.
- T'entends ?
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