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Auteur : Steve Erickson
Traducteur : Clément Baude
Date de saisie : 03/06/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Lettres anglo-américaines
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782742791101
GENCOD : 9782742791101
Sorti le : 03/05/2010
Jerome Vikar n'a pas la tête de l'emploi, ou plutôt il l'a trop. Lorsqu'il débarque à Hollywood, il n'a pour tout bagage que son obsession pour le cinéma et, miroir de celle-ci, son crâne tatoué à l'effigie d'Elizabeth Taylor et Montgomery Clift. Mais le Los Angeles de cette fin d'années 60 n'est plus celui de l'Age d'Or. Hippies, travestis, producteurs véreux et dealers ont envahi la ville et érigé le rock'n'roll et l'argent en nouvelles idoles. Vikar arpente la cité à la recherche des fantômes du grand écran, et de réponses aux rêves qui le hantent. Embauché comme décorateur par un studio, il va vivre un véritable parcours initiatique, riche en références qui pourraient dérouter le non-cinéphile.
Car tout à la fois chant éperdu d'amour pour Hollywood, somme délirante d'érudition sur le septième art, et poème ourovore, Zéroville ne ménage pas son lecteur et lui fait dérouler, puis rembobiner mentalement une longue pellicule constituée de rushes oniriques et parfois inquiétants.
Erickson maîtrise l'art de la narration proprement littéraire, à laquelle il adjoint quelques trucages plus cinématographiques, sans pour autant tomber dans une démarche formelle : écriture et cinéma entretiennent en effet ici un rapport qui est de l'ordre de l'adultère et de la dévoration mutuelle, quitte à ce que leur rejeton soit l'un des plus fascinants artefacts romanesques de l'année.
Par une après-midi d'août 1969, un homme dont le crâne rasé arbore un tatouage représentant Elizabeth Taylor et Montgomery Clift dans une scène du film de George Stevens, Une place au soleil, descend de son Greyhound, pour poser enfin un pied tremblant d'émotion sur le légendaire Hollywood Boulevard. Mais, ce premier moment d'extase cinéphilique passé, Jerome Vikar va, dans une douleur grandissante, prendre conscience que nul, au royaume du cinéma, ne manifeste plus la vénération attendue pour un septième art en train de basculer sans rémission dans l'ère du grand commerce.
Découvrant bientôt que drogue, sexe & rock'n'roll ont fait main basse sur la ville avec la répugnante complicité d'une génération renégate et inculte, Vikar en véritable "Candide à Hollywood" affronte et la désillusion et la violence environnante avec les armes d'un anticonformisme radical et inintelligible pour le commun des mortels hollywoodiens.
Avec ce "ciné-autiste" contestataire, loufoque et mélancolique, obsédé par la figure d'un Dieu qui tue ses enfants telle que son inquiétant pasteur de père l'a jadis incarnée, adepte d'une sexualité si possible périphérique mais d'un langage-vérité, et animé d'une intransigeance esthétique qui fait de lui un déconcertant monteur de génie, Steve Erickson crée un personnage aussi subversif qu'attachant. Et rend un superbe hommage à un cinéma qui nous rêve bien plus encore que nous ne rêvons de lui.
Né à Santa Monica en 1950, Steve Erickson, romancier et essayiste, est traduit dans une dizaine de langues. Outre ses contributions à diverses revues et magazines (Rolling Stone, Bookkforum, Conjunctions, The New York Times Magazine...) il est actuellement critique de cinéma pour le Los Angeles Magazine et rédacteur en chef de la revue Black Clock. Également professeur de création littéraire au California Institute of the Arts, il vit près de L.A., dans le Topanga Canyon, avec sa femme, Lori Precious, et son fils. Trois de ses livres ont déjà été publiés en France.
Voici donc 300 pages truffées de références cinéphiliques et de décryptages de grandes scènes, et pourtant - même si l'on n'est pas soi-même "ciné-autiste" -, on ne se lasse pas. L'écriture d'Erickson donne le rythme : une succession de séquences ultracourtes, ultravisuelles, s'enchaînant de façon numérotée, clap, clap, clap. "Est-ce que la littérature peut faire des choses que le cinéma ne peut pas faire ?", se demandait l'écrivain Philippe Djian en dialogue avec Steve Erickson lors du même festival Vis-à-Vis, dans le quartier de Venice, à Los Angeles. Réponse : "Oui, si le regard de l'artiste change la lecture du monde qu'il propose aux autres." C'est ce à quoi parvient Erickson dans ce livre. Et c'est sans doute pourquoi il (le livre) ferait (aussi) un très bon film.
La cité sans qualités, dont la nullité lui vaut la triste appellation du titre, n'est autre que Hollywood...
Ecrit par le critique de cinéma du Los Angeles Times Steve Erickson, ce roman raconte la déconvenue d'un anachronique invétéré, à coups de séquences courtes et visuelles comme des plans de cinéma, tour à tour tragiques et loufoques, numérotées comme sur un clap. Vikar est un personnage qui méduse et hante, dès son entrée en scène....
Truffé de références cinématographiques, Zéroville offre au cinéphile un jeu de piste labyrinthique plein de connivences grisantes - un roman qui réussit à citer L'Heure suprême, de Frank Borzage, dans un dialogue lambda ne peut que remporter l'adhésion... - et propose, au fil des conversations du héros avec des épaves de Hollywood, d'extraordinaires décryptages de grandes scènes cinématographiques.
1.
Sur le crâne rasé de Vikar sont tatoués les lobes gauche et droit de son cerveau. Le premier lobe est occupé par un très gros plan d'Elizabeth Taylor, l'autre par Montgomery Clift, leurs visages à peine séparés, leurs lèvres à peine entrouvertes, enlacés sur une terrasse, les deux êtres les plus beaux de l'histoire du cinéma, elle version féminine de lui, lui version masculine d'elle.
2.
Nous sommes à l'été 1969, deux jours après le vingt-quatrième anniversaire de Vikar, à une époque où tout le monde a les cheveux longs, où personne ne se rase le crâne à moins d'être un moine bouddhiste, où personne n'a de tatouages à moins d'être un biker ou de travailler dans un cirque.
Cela fait une heure qu'il est à Los Angeles. Tout juste débarqué d'un voyage en car de six jours et six nuits en provenance de Philadelphie, il est en train de manger un French dip sandwich au rosbif au Philippe's, tout près d'Olvera Street, la plus ancienne rue de la ville.
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