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«Par cet étrange rampement qui fait advenir en moi la nécessité d'un livre, le fait forer continuellement dans ma pensée son chemin, pendant des mois & des années, et perdurer aussi tout au long de ce temps sa nécessité, je dois enfin me laisser glisser dans celui-ci, que j'ai promis d'écrire mais qui ne serait rien s'il n'était qu'un texte de commande. [...]
Et pourquoi suis-je à nouveau en train de me remettre ici à écrire après être passé par tous les atermoiements & stades du doute au fil de la journée, pourquoi cette coulée enfin incessante des phrases après des mois de constriction [...] ? Mourir est difficile, pas douloureux mais complexe comme les mots croisés du Washington Post. Je la perçois, la mort, comme un problème du même ordre : des mots croisés, une partie d'échecs ou de bataille navale, un jeu d'osselets.»
Frédéric-Yves Jeannet, né en 1959, vit au Mexique depuis 1977. Il a notamment publié Si loin de nulle part (1985), Cyclone (1997), Charité (2000) et Recouvrance (2007). Argol a publié, dans la collection «Les Singuliers», Frédéric-Yves Jeannet / rencontre avec Robert Guyon (2006) et réédité Cyclone (2010).
La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 30 juin 2010
Il faut, pour prendre la mesure de cette oeuvre d'essence autobiographique, de son intégrité, de sa générosité, se plonger sans défense dans cette prose non pas difficile ou rétive, mais dense et captivante. Irrésistible comme une voix intérieure, un flux verbal hanté par une ancienne et sourde souffrance, le souvenir récurrent du père de l'auteur, décédé alors que lui était encore enfant ; un flux où le passé affleure à chaque instant sous la surface du présent, sous forme d'éclats de mémoire ; un flux porté et transporté par le goût de l'errance géographique autant que chronologique.
La revue de presse Amaury da Cunha - Le Monde du 7 mai 2010
Comme Montaigne, il comprend que c'est le "passage" qu'il doit peindre, non l'être ; ses phrases circulent ainsi avec fluidité de la vie à la mort, d'un continent à l'autre, et traversent les époques de la vie. Au terme de ces pages, l'autoportrait apparaît alors comme la recherche d'un certain dépouillement, signe d'une immanquable disparition.