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Auteur : Henri Troyat
Date de saisie : 30/06/2010
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782877067232
GENCOD : 9782877067232
Sorti le : 24/05/2010
«Il n'est pas rare que les proches d'un grand écrivain méconnaissent à la fois la valeur de son oeuvre et les ressorts de sa vie.
De toute évidence, ni Mme Baudelaire, ni Mme Verlaine, ni Mme Rimbaud n'ont été passionnées par les recherches prosodiques de leur fils. D'ailleurs, aucune des trois ne s'est jamais targuée d'une quelconque culture littéraire. Aucune des trois n'a deviné ce qu'il y avait de sublime dans les plus simples poésies de leurs rejetons. Et pourtant, chacune des trois a souhaité la réussite du sien dans le domaine des réalisations temporelles. Y aurait-il une contradiction abyssale entre maternité et génialité ?
Au fond, ce qui unit ces femmes malgré leurs différences apparentes, c'est la primauté qu'elles donnent à la vie par rapport à l'oeuvre. Elles sont, dans leurs coins respectifs, mêlées aux mêmes combats de l'existence quotidienne, alors que leur progéniture se complaît dans une spéculation intellectuelle dont le sens leur échappe. Elles ressemblent, avec leur aveuglement, à trois poules consciencieuses, lesquelles, ayant couvé des oeufs de canard, considèrent avec stupeur ces faux poussins prêts à s'aventurer sur l'eau au risque de se noyer.»
Henri Troyat
En rassemblant les vies de la mère de Baudelaire, de la mère de Verlaine et de celle de Rimbaud, il nous laisse un sentiment mêlé d'immense gâchis et d'héroïsme maternel, de beauté et de faiblesse. De lumière et d'aveuglement...
Entre la simplicité rurale, la pauvreté robuste, la foi simple et la pathologie lourde, ces trois mères ont maintenu avec leur fils des liens de tendresse infatigable. Elles s'inquiétaient moins de ce qui jaillissait de leur plume que des difficultés de leur vie pratique, affective, de leurs revenus, de leur santé, de leurs excès, de leur perdition. Elles furent mères de bout en bout. Rien que cela mais tout cela. Étouffantes parfois, aimantes toujours. Des mères parmi les mères. Seulement leurs fils s'appelaient, pour nous, Rimbaud, Baudelaire et Verlaine. Et pour elles : Arthur, Charles et Paul.
On l'avait prévenue : quand une jeune fille honnête envisage d'épouser un veuf, elle doit s'attendre à lutter tout au long de sa vie contre une rivale d'autant plus dangereuse que la mort a nimbé la revenante d'une grâce intemporelle. L'idée d'une concurrence permanente avec une femme fantôme a troublé quelque peu l'euphorie de Caroline Archambaut-Dufays lorsqu'elle a été demandée en mariage, à vingt et un ans, par Joseph-François Baudelaire, lequel avoue tout de go avoir largement dépassé la cinquantaine. Certes, le prétendant a encore fière allure avec ses cheveux grisonnants et ses épais sourcils noirs. En outre, son passé mouvementé est le plus sûr garant de son actuelle sagesse. Comme il le dit lui-même, il en a tant vu qu'il n'aspire plus aujourd'hui qu'à l'ordre et au repos. Et, de fait, après avoir été vaguement prêtre sous la royauté, il n'a pas hésité à abdiquer ses fonctions sacerdotales au moment de la Révolution et a obtenu, sous l'Empire, le poste enviable et lucratif de chef de bureau de la préture du Sénat. Sa première épouse, Rosalie, née Janin, longtemps stérile, s'est décidée, au bout de huit ans, à lui donner un fils, Alphonse. Le garçon n'avait pas encore atteint sa puberté quand sa mère a été emportée par la phtisie. Longtemps inconsolable, Joseph-François a essayé de tromper son chagrin en fréquentant quelques amis de jeunesse, dont Pierre Pérignon, avocat célèbre, qui a été son condisciple au collège de Sainte-Ménehould. Dans la famille des Pérignon, règnent la gaieté et l'aisance. Autour des parents, s'agite une ribambelle d'adolescents et d'adolescentes. Parmi eux, Joseph-François remarque d'emblée une demoiselle dont la fraîcheur et la naïveté le charment : Caroline Archimbaut-Dufays. Fille d'un officier pauvre, émigré à Londres pendant la Révolution, elle n'a plus de mère, a perdu son père à cinq ans, et les Pérignon, qui ont du coeur à revendre, l'ont accueillie, élevée et choyée, sans faire de distinction entre elle et leurs propres enfants. Malgré la différence d'âge - ou à cause d'elle ? - Joseph-François Baudelaire est profondément troublé par cette petite personne, dont la candeur appelle douceur et protection. Jouant le tout pour le tout, il demande la main de Caroline à ses vieux amis. Or, contrairement à ses craintes, les Pérignon ne voient rien d'anormal dans la démarche de ce demi-barbon émoustillé par une pucelle. Pierre Pérignon est même ravi de pouvoir caser une gamine sans nom, sans relations et sans dot, à un homme aussi respectable et bien nanti que Joseph-François Baudelaire. Il ne doute pas, en lui confiant sa pupille, d'agir pour leur bonheur à tous deux. Reste à en convaincre Caroline. Pierre Pérignon, qui a l'habitude des plaidoiries délicates, multiplie les arguments les plus significatifs et l'intéressée finit par admettre que Joseph-François Baudelaire est le meilleur parti qu'elle puisse espérer.
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