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.. L'éloge du rien : il faut croire quelque chose dans le monde

Couverture du livre L'éloge du rien : il faut croire quelque chose dans le monde

Auteur : Henri Rey-Flaud

Date de saisie : 04/06/2010

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Champ Freudien

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 9782021027174

GENCOD : 9782021027174

Sorti le : 13/05/2010

  • Les présentations des éditeurs : 04/06/2010

«Il faut croire quelque chose dans le monde», disait Sganarelle à Don Juan : un précepte qui ne relève pas du religieux, mais désigne une nécessité vitale, inhérente à la nature humaine. En cela Molière rejoint Freud qui définit la psyché de l'homme par sa capacité à croire, l'incroyance signant la catastrophe de la psychose. Au-delà des menus objets qui lui donnent sa consistance, la croyance s'adresse à l'Autre en tant que tel, c'est-à-dire à la puissance représentative, chargé de consoler l'homme de la perte du Bien.
Molière, mis à la question par Freud et Lacan, illustre cette fatalité sous les traits de trois figures. Sganarelle, l'hystérique, prêt à faire feu de tout bois pour nourrir sa croyance - en quoi il incarne le bienheureux qui a toujours un petit rien sous la main pour nourrir un désir. Face à lui, Alceste campe l'obsessionnel qui, incapable de prêter foi aux semblants qui tissent la réalité quotidienne, est exclu de la communauté des hommes. Quant à Don Juan, paradigme d'une superbe perversion, sa mécréance exprime, au-delà de son mépris pour les croyances ordinaires, son refus de faire crédit à l'Autre en tant que tel.
La leçon conjointe de Molière et de Freud reste plus actuelle que jamais en un temps où les croyances «malades» produisent dans le monde un désert mélancolique ou, à l'inverse, une terre brûlée par la flambée des intégrismes.

Henri Rey-Flaud, psychanalyste, est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages dont «Et Moïse créa les Juifs...». Le Testament de Freud (Aubier, 2006), L Enfant qui s'est arrêté au seuil du langage. Comprendre l'autisme (Aubier, 2008).


  • Les courts extraits de livres : 04/06/2010

Le principe de la double négativité

I. L'apologie du tabac

Magie du tabac

Michel Serres a justement souligné l'importance de l'éloge du tabac que Sganarelle, au seuil de l'oeuvre de Molière, place au fondement des lois du commerce et de l'échange qui inaugurent l'ordre de la culture socialisée et introduisent l'homme à l'espace du Bien : «Il instruit les âmes à la vertu et l'on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d'en donner à droite et à gauche, partout où l'on en trouve ? On n'attend même pas qu'on en demande, et l'on court au-devant du souhait des gens ; tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d'honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent» (I, 1). Commentant ce couplet inspiré, M. Serres notait : «Dès l'ouverture, la loi qui va dominer la comédie, loi transgressée pour partie au bilan final, loi bafouée en toute péripétie, est prescrite sur un modèle réduit. [...] [Cette ouverture] contient tout, le canevas, la règle, la menace, la fin. Reste à varier sur la structure d'échange, lisible sur le passage du tabac. Les trois conduites de Don Juan, vis-à-vis des femmes, du discours, de l'argent, forment trois variations parallèles sur le thème du tabac.» De fait, à travers les diverses confrontations de Don Juan avec les autres personnages - Sganarelle, son valet, bien sûr, mais aussi Elvire, sa femme, Don Carlos, son beau-frère, Don Louis, son père, Monsieur Dimanche, son créancier, Charlotte et Mathurine ses promises -, l'action dramatique démontre, tout au long des cinq actes de la pièce, comment le héros dénie en permanence, sur le modèle de son refus du tabac, tous les engagements qui soutiennent le commerce amoureux avec les femmes, social avec les hommes, spirituel avec Dieu.
Mais après nous avoir conduits jusqu'à ce terme, l'analyse sociologique nous abandonne au point de butée qui la borne et qu'elle énonce elle-même avec lucidité, en avouant son échec à déterminer la nature de cet objet magique : «Étrange objet que ce pétun, investi d'une puissance de communication, d'une vertu liante qui mène à la vertu. D'où vient qu'être méchant homme, fut-on grand seigneur, consiste à mépriser le tabac 2 ?» Nous est ainsi refusée la révélation dernière qui nous eût livré, en même temps que le sens de la pièce, le secret de la loi de l'échange et le sens de la convivialité.


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