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.. Comprendre l'art contemporain

Couverture du livre Comprendre l'art contemporain

Auteur : Jean-Luc Chalumeau

Date de saisie : 07/12/2010

Genre : Beaux Livres

Editeur : Chêne, Paris, France

Prix : 39.00 € / 255.82 F

ISBN : 9782842778569

GENCOD : 9782842778569

Sorti le : 21/04/2010

  • Les présentations des éditeurs : 16/06/2010

Comme l'époque dont il est le reflet, l'art contemporain est fascinant. Qu'il apparaisse comme une bataille, une image, une idée, un jeu ou un spectacle, il suscite toutes les réactions, de l'adhésion la plus enthousiaste au refus le plus radical. Alors comment comprendre un art dont l'oeuvre paradigmatique serait le comble du dérisoire, en l'occurrence un urinoir ? En prenant pour fil conducteur la leçon historique de Marcel Duchamp, Jean-Luc Chalumeau, qui dès 1971 publiait une Introduction à l'art d'aujourd'hui expliquant l'importance de jeunes artistes comme Daniel Buren, Martial Raysse ou Jean-Pierre Raynaud, explore dans ce nouvel ouvrage la situation artistique actuelle mondiale, devenue extraordinairement contrastée, où les créateurs les plus authentiques se heurtent à quelques imposteurs triomphant sur le marché. En toute indépendance, il donne à comprendre la qualité des uns et dénonce le scandale incarné par les autres. Aux textes consacrés à l'analyse de 50 oeuvres s'ajoutent des «repères» qui replacent les artistes et leur travail dans une perspective historique, offrant ainsi au lecteur tous les éléments de référence indispensables pour mieux comprendre l'art contemporain.

Jean-Luc Chalumeau, critique d'art, enseigne ou a enseigné à Sciences Po, l'EFAP (l'École des métiers de la communication), l'ICART (l'École du commerce de l'art et de l'action culturelle), l'ENA (l'École nationale d'administration), l'université Paris VIII et l'université Paris lll-Sorbonne nouvelle. Directeur de la revue Verso et éditorialiste du site visuelimage.com, il a publié une trentaine de livres largement traduits dont, aux éditions du Chêne, la trilogie des «200 plus beaux» tableaux, dessins et sculptures.


  • Les courts extraits de livres : 16/06/2010

Extrait de l'introduction

La constante historique du refus du modernisme artistique
La polémique sur l'art contemporain, une particularité française, ouverte au début des années 1990 par la revue Esprit, a atteint un sommet avec l'article de Jean Baudrillard du 20 mai 1996 (Libération) dans lequel le philosophe déclarait l'art contemporain «nul» et se moquait de ceux «qui n'ont pas compris qu'il n'y avait rien à comprendre». Là, en effet, était la question. Baudrillard précisait quelques jours plus tard, à propos du seul artiste cité dans son texte, que «si je fais de Warhol un point de repère, c'est qu'il est hors des limites de l'art...» Ce reproche était particulièrement significatif d'une méconnaissance de l'histoire de l'art, constituée par les innovations formelles au moyen desquelles les plus grands artistes ont précisément franchi les limites convenues de l'art en leur temps, rencontrant de ce fait l'incompréhension (et par conséquent l'hostilité) de la plupart de leurs contemporains. Qu'il suffise de rappeler trois exemples célèbres : ceux de Tintoret, Manet et Picasso.

Quand on ne comprend pas une oeuvre, on la trouve laide
Le Miracle de l'esclave, présenté par Tintoret aux Vénitiens en 1548, déclenche un scandale, alors que le peintre a respecté, croit-il, toutes les prescriptions du classicisme selon Titien. Mais, comme l'a admirablement observé Jean-Paul Sartre, Tintoret, en faisant subir les effets de la pesanteur à un personnage céleste alors que l'idée même de pesanteur est inimaginable de son temps, a commis une faute impardonnable. Certains Vénitiens rient, beaucoup sont en colère sans savoir pourquoi : ils ne peuvent dire ce qui les dérange, mais ils sentent bien que, dans ce tableau apparemment si bien ordonné, quelque chose ne va pas, qu'ils nomment laideur. Ainsi, observe Sartre, «la laideur n'est pas la pure apparence sensible du désordre : c'est celle de l'ordre au contraire, en tant qu'il est rongé par un désordre plus ou moins caché».

L'artiste novateur ne sait pas toujours ce qu'il fait
Un peu plus de trois siècles plus tard, le peintre Edouard Manet déclenche à son tour un scandale avec un seul tableau, Olympia (1863, admis au Salon officiel en 1865), ce qui l'étonné, puisqu'il sait qu'il a peint un chef-d'oeuvre, mais sans pouvoir élucider les raisons de son rejet. Ainsi que l'ont vu Georges Bataille (Manet, Skira/Flammarion, 1955-1983) et Pierre Daix (L'Aveuglement devant la peinture, Gallimard, 1971), la source du scandale est à chercher dans la peinture proprement dite. Lorsqu'il peint Victorine Meurent, son modèle favori, Manet produit du réalisme sans volonté d'en faire, car sa vocation est de réaliser des tableaux sans autre justification que la peinture elle-même. En un mot, il y a scandale parce que Manet, fou de peinture, ne peint que la chose à peindre en oubliant d'y ajouter une histoire, fût-elle ténue, comme dans n'importe quelle scène de genre classique.


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