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Auteur : Thierry Roche
Date de saisie : 16/06/2010
Genre : Cinéma, Télévision
Editeur : Yellow now, Crisnée, Belgique
Collection : Côté cinéma
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 9782873402600
GENCOD : 9782873402600
Sorti le : 19/06/2010
L'anthropologie, science ou art ? Qu'importe, les frontières sont poreuses et l'anthropologie a tout intérêt à s'ouvrir aux champs habituellement traités par l'esthétique. La rencontre entre l'analyse de Blow up - film de fiction réalisé par Michelangelo Antonioni en 1967 - et l'analyse de films relevant de l'anthropologie visuelle fera apparaître que le monde dans lequel nous vivons est un. Pour le comprendre dans sa complexité, nous proposons de redéfinir l'anthropologie comme projet et de croiser anthropologie, esthétique et philosophie.
Anthropologue, Thierry Roche centre ses recherches sur l'utilisation du cinéma en anthropologie, notamment sur la place du paysage dans les films anthropologiques, la mise en scène du réel, l'anthropologie et l'esthétique, la relation documentaire/fiction.
Il est maître de conférence à l'université Picardie Jules Verne et membre de l'équipe Habiter-PIPS.
GÉNÉRIQUE
Aux origines de l'anthropologie visuelle
L'écueil d'un raisonnement de type évolutionniste fondé sur une vision déterministe de l'histoire hante immanquablement la quête des «origines». La construction à rebours d'une logique à partir d'une approche téléologique pose nécessairement la question des postulats idéologiques sur lesquels s'adosse la réflexion. Il suffit, pour s'en convaincre, d'observer les difficultés rencontrées pour nommer la période qui couvre l'émergence du cinéma et les premières années de son existence. On parle de cinéma «primitif», de cinéma des «origines» ou des «premiers temps», une terminologie similaire à celle utilisée par les évolutionnistes du XIXe siècle pour nommer les populations des mondes lointains. On échappera certes à l'étape d'un «cinéma sauvage ou barbare», mais l'idée est là, il y aurait un commencement, celui où le langage balbutie, s'élabore lentement, et un achèvement qui correspondrait à notre époque, comme si tout le cinéma n'était pas déjà contenu, en substance, dans les premières bandes cinématographiques élaborées à la fin du XIXe siècle. De même, les grandes thématiques qui sous-tendent la réflexion sur l'utilisation de l'image en anthropologie sont posées durant la quinzaine d'années comprise entre les débuts du cinéma et la Première Guerre mondiale : la question du statut de l'image (film document pour l'analyse/film instrument de l'analyse), le débat sur le rapport cinéaste/ethnologue (films réalisés par des scientifiques et films réalisés par des cinéastes), l'interrogation sur la spécificité d'une anthropologie visuelle en tant que démarche autonome et enfin l'articulation réalité/fiction à travers les reconstitutions «historiques» (Piault, 2000).
Les films d'exploration réalisés à la fin du XIXe siècle et au début du XXIe adoptent les conceptions ethnocentriques de l'idéal évolutionniste. Ils sont tout entiers au service de la rationalité et de la scientificité du colonialisme - pratique symptomatique d'une société qui croit détenir la vérité de l'histoire -, purs produits d'une société sûre de son fait mais aussi mue par une véritable curiosité, un désir insatiable d'embrasser toute l'humanité, à la fois dans le temps et l'espace. Cette quête frénétique d'une connaissance du vivant, de l'infiniment petit à l'infiniment lointain, sera facilitée par les techniques nouvelles qui permettent une instrumentalisation du regard. L'aviation et la psychanalyse naissent à la même époque, période intense où le voyage intérieur et le voyage géographique se combinent pour explorer les multiples facettes de l'humanité. Accélération du temps, raccourcissement des distances, les signes de la (sur)modernité se mettent en place et l'ethnologie devient ambulancière, destinée à maintenir un souffle de vie aux sociétés qui tendent à s'effacer comme s'effacent sur le sable les traces (de culture) après le passage des vagues (de l'occidentalisation). À ce moment de l'histoire, et plus encore après la publication des travaux de Malinowski, tout laisse en effet penser que l'anthropologie, en se développant, sera une science de l'image. Le rôle central accordé à l'observation et le développement des techniques photographiques et cinématographiques plaident en ce sens.
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