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Auteur : Robert Bober
Date de saisie : 18/11/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 9782818006061
GENCOD : 9782818006061
Sorti le : 26/08/2010
Connaissez-vous cet auteur aussi discret que ses personnages, Robert Bober ? Il est né à Berlin en 1931 de parents juifs, d'origine polonaise. Fuyant le nazisme, sa famille se réfugie en France. En juillet 1942, prévenus par des amis, ils parviennent à échapper à la rafle du Vel d'Hiv. Quelques années plus tard, il entreprend un apprentissage de tailleur, métier qu'il exercera jusqu'à l'âge de 22 ans, pour se tourner ensuite vers la poterie. Par la suite, il dispense l'été des cours dans des résidences secondaires et mène parallèlement des projets thérapeutiques avec des enfants malades. Il aidera notamment des enfants ayant perdu tout lien social à la suite de la guerre.
Dans les années 50, il rencontre François Truffaut et devient son assistant sur les films Les Quatre Cents Coups, Tirez sur le pianiste et Jules et Jim. En 1967, il réalise son premier documentaire pour la télévision, Cholem Aleichem : un écrivain de langue yiddish. Dans les années 60 et 70, ses documentaires pour la télévision explorent pour l'essentiel la période de l'après-guerre et les conséquences de l'Holocauste.
A partir des années 80, en collaboration avec Pierre Dumayet, il réalise des portraits d'auteurs tels que Paul Valéry, Gustave Flaubert ou encore Georges Perec, avec lequel il était également ami. Son premier roman, Quoi de neuf sur la guerre ? est publié en 1993. L'auteur est alors âgé de soixante ans et reçoit pour ce livre, le Prix du Livre Inter. L'histoire se déroule lors de la première année d'après-guerre et met en scène un atelier de confection pour dames de la rue de Turenne, à Paris. Robert Bober nous raconte, d'un ton en apparence léger, presque réjoui, la manière dont les différents personnages mis en scène ont été épargnés, survivant ainsi à la guerre.
Suit Berg et Beck en 1999 - l'auteur nous y raconte la vie d'enfants juifs après la déportation de leurs parents ainsi que leur survie à la perte de ces êtres chers - et Laissées-pour-compte en 2005, une des créations les plus originales de ces dernières années - sur un thème plus léger que celui des titres précédents - et déjà évoquée dans ces colonnes.
Il nous revient aujourd'hui avec On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux, titre emprunté à l'auteur de La plupart du temps, Pierre Reverdy. Avec son style magique de conteur, il nous entraîne cette fois-ci sur le plateau du tournage de Jules et Jim où le personnage central du roman, Bernard - un double de son ami Robert, à la fois inventé et bien réel - se voit confier un rôle de figurant. Cet événement sert de prétexte à décrire, de Belleville à Ménilmontant, le Paris des années 60, ses cafés, ses artistes, les chansons d'Aristide Bruant, les films de Marcel Ophüls, de Jacques Becker et bien sûr de François Truffaut. A la manière d'un Robert Doisneau, le regard de Robert Bober nous entraîne avec beaucoup de tendresse, d'humour et de nostalgie, dans ce récit truffé d'anecdotes pittoresques, qui n'en est pourtant qu'à ses balbutiements.
A la fin du tournage, en effet, Bernard tout fier d'apparaître dans le film, invite sa mère au cinéma pour partager avec elle ce moment de bonheur. A la sortie de la salle, sa mère bouleversée, s'accroche à son bras et lui confie que Jules et Jim - un ménage à trois, disait François Truffaut - c'est son histoire... Il va ainsi plonger dans le passé, sur la trace de son père qu'il a perdu trop jeune - mort en déportation - et de son beau-père - disparu dans l'avion qui coûta la vie à Marcel Cerdan - tous deux amoureux de la même femme, sa mère, amis depuis leur jeunesse en Pologne. La correspondance avec sa tante des Amériques, Esther - la soeur de son père, nous immerge une fois encore dans le monde du cinéma, des Ziegfeld Follies à Harpo Marx, renouant par ce biais les liens familiaux qui, pour un temps, s'étaient malencontreusement interrompus.
Au dernier chapitre de ce livre, le narrateur entreprend un voyage à Auschwitz, pour rejoindre son père, une dernière fois : Je n'ai pas noté le numéro du block consacré aux déportés venant de France. Celui où naturellement on nous conduisit d'abord. Je n'ai pas entendu ce que dans ce lieu le guide nous disait. Il y avait là, devant moi, la photographie de mon père. Celle que je connaissais et que j'avais toujours vue dans son cadre de cuir brun posée sur le buffet de la salle à manger. Sur cette photo, considérablement agrandie, mon père avait retrouvé sa dimension d'homme. Nous étions là, ensemble, debout, tout près, l'un en face de l'autre, dans la même immobilité. Nous avions le même âge. Il me souriait.
Beaucoup d'émotion contenue, de délicatesse et de pudeur dans ce roman de Robert Bober qui évite soigneusement les pièges du mélodrame, avec cette infinie douceur d'un funambule qui foule la neige, atténuant les rumeurs alentour, les yeux tendus vers le ciel et les étoiles.
Avec humour et tendresse, et la gouaille d'un vrai conteur, Robert Bober nous raconte une adolescence à Paris, dans les années 60 : celle de Bernard Appelbaum, fils d'ouvrier polonais juif émigré en France dans les années 40. Excellent !
Extrait : "Mon père est mort lorsque j'avais deux ans. En juillet 1942. Ou un peu après, on ne sait pas exactement. Il est mort comme sont morts Gad Wolf qui habitait au 8, comme la famille Polkowska qui demeurait au 18, comme les Kristalka au 38, Les Warga au 13, les Dodinek au 16." [p13]
Riche en références cinématographiques et littéraires, le roman de Robert Bober est une merveilleuse balade dans le Paris de l'après-guerre, celui de Doisneau, des petits bistrots et des puces du dimanche. Après avoir vu Jules et Jim au cinéma, la mère de Bernard, le narrateur si attachant du livre, lui raconte les larmes aux yeux, l'histoire de sa vie qui n'est pas si éloignée de celles des héros du film de Truffaut. Le père de Bernard, un juif polonais expatrié en France, est mort déporté pendant la guerre. Sa mère s'est ensuite remariée avec un ami du couple, juif lui aussi, mais qui a survécu à la déportation et qui décède quelques années plus tard dans un accident d'avion. Avec émotion et sensibilité, Bernard tente alors de «vadrouiller autour de son passé» afin de faire revivre dans sa mémoire ces deux hommes, les meilleurs amis du monde et qui ont aimé follement la même femme.
C'est le mercredi 24 janvier 1962 que Jules et Jim, dans lequel Bernard Appelbaum avait fait de la figuration, sortit sur les écrans, et c'est le vendredi soir qu'avec sa mère, il est allé le voir au cinéma Vendôme, avenue de l'Opéra.
Après la séance, malgré le froid, sa mère lui donnant le bras, ils sont rentrés à pied jusqu'à leur domicile.au 7 de la rue Oberkampf, tout près du Cirque d'Hiver. «As-tu lu le livre d'où a été tiré le film ?» Non, il ne l'avait pas lu. «J'aimerais bien le lire», lui a-t-elle dit, et ce fut le commencement de ce qu'il allait apprendre de ses parents.
Cette histoire de Jules et Jim et Catherine - un pur amour à trois, avait dit François Truffaut - était comme l'écho de ce que sa mère avait vécu. Ainsi, il avait fallu un film pour que cette histoire - un peu de son histoire - lui parvienne enfin.
«Si la vie est éphémère, disait Vladimir Jankélévitch, le fait d'avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel.»
Robert Bober, l'auteur de Quoi de neuf sur la guerre ?, se souvient de la capitale des années 1960. Savoureux...
La douleur des survivants, mais aussi le bonheur du Belleville de l'époque, avec ses artisans, ses cafés, ses grandes gueules, ses bus à plate-forme, c'est tout cela que "la mémoire affective, involontaire" de Bober ressuscite. Entre deux chansons de Bruant et de Fréhel, un Max Ophüls et un Marx Brothers, la vadrouille se fait contagieuse. On en redemande !
De lui, on avait déjà été touché par les Récits d'Ellis Island (P.O.L), des "histoires d'errance et d'espoir" écrites avec Georges Perec, ou par Quoi de neuf sur la guerre ? (Folio), prix du Livre Inter en 1994. La belle musique de Robert Bober se fait à nouveau entendre dans un roman sans chichis et sans pathos...
Promenade dans une ville en noir et blanc, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux suit les traces d'un jeune homme à la recherche de l'amour et de ses origines. La plume de Robert Bober l'accompagne d'un bout à l'autre avec émotion et retenue.
Bober déroule la pelote des souvenirs, raconte le Paris des Boulevards, s'en va flâner aux puces, au marché Paul-Bert, évoque Max Ophuls et Vladimir Jankélévitch, se rapprochant l'air de rien du terme de son récit : c'est à Auschwitz qu'il se termine. Moment terrible et simple, visite à la tombe du père inconnu. Et ces mots, qui résument toute l'entreprise de Bober : «Mémoire affective. Mémoire involontaire. J'étais en proie aux souvenirs que je croyais avoir oubliés. Et tout à la fois je sais que j'aurai beau faire, beau vouloir ne rien perdre, tout ne réapparaîtra pas. Revenant par bribes, parfois en lambeaux, il y aura toujours un temps auquel je n'aurai pas accès.»
Robert Bober a l'art de se recroqueviller, de se blottir, pour panser ses blessures et rire sous cape, avec une égale pudeur...
Terriblement vivant, ancré dans un quotidien habité par le cinéma, le nouveau livre de Robert Bober illustre le principe des vases communicants qui anime toute son oeuvre : si l'art nourrit la réalité, il aime à s'en nourrir à son tour. L'échange est chaotique, funambulesque, mais aboutit au miracle d'un livre grave et léger, d'une force aérienne.
L'écrivain publie un magnifique roman, foisonnante topographie personnelle où se rejoignent passé et présent...
Comment ne pas céder au charme des livres de Robert Bober. S'accordant à merveille aux précédents, ce nouveau roman suggère une part autobiographique de la vie de l'auteur, celle des ateliers de confection et de l'assistant réalisateur de Truffaut. Mais on sent aussi la volonté de restituer une mémoire collective plus large, à la fois juive et non-juive, qui est aussi la sienne...
Dans ce nouveau livre, on retrouve le lien d'amitié et de fraternité unissant fortement deux garçons que le destin n'a pas favorisés de même. Georges et Raphaël, Beck et Berg, Alex et Bernard se ressemblent dans l'injustice et l'affection qui les unit. Robert Bober réussit un roman à la fois populaire et raffiné, porté par son regard chaleureux et les petites histoires qui faisaient déjà la saveur de ses précédents livres. On le referme avec la même émotion, cette tension douce suscitée par la justesse et la délicatesse d'un ton.
Le titre de ce livre foisonnant est tiré d'un ouvrage de Pierre Reverdy. Sa trame offre un puzzle subjectif qui se recompose, au gré d'un vagabondage passant par Montmartre, le Casque d'or de Jacques Becker, la Commune et Jules Vallès. Des photos ramassées aux puces de Saint-Ouen et des recherches dans les journaux compulsés à la Bibliothèque nationale. La fréquentation de Robert Giraud (piéton de Paris, ami de Robert Doisneau), dont le vice était d'"aimer les histoires", le destin des juifs et l'intérêt de Georges Méliès pour l'affaire Dreyfus. Le tournage de Trapèze au Cirque d'Hiver, à deux pas de l'appartement de Bernard, et le judaïsme du clown Pipo. La révélation que Leizer mourut dans l'accident d'avion où disparut Marcel Cerdan aux Açores, l'exil aux Etats-Unis de la tante Esther qui en pinçait pour Harpo Marx et qui fut chorus girl à Broadway. Enfin, les cours de Vladimir Jankélévitch distillant de petites phrases qui soulignent que "c'est l'instant qui dure très peu de temps qui est précieux"...
Tout le roman en flash-back de Robert Bober est découverte épicurienne, exhortation à savourer les petits bonheurs instantanés, à rendre grâce aux éblouissements évanouis, à "capter cette occasion qui passe", comme l'enseigna Jankélévitch.
Du Vél d'Hiv à «Jules et Jim», traces d'un Paris disparu...
Si Bernard Appelbaum n'avait pas fait de la figuration dans Jules et Jim, puis lu le roman d'Henri-Pierre Roché, il n'aurait pas écrit à la soeur de Leizer, tante Esther, qui fut chorus girl pour les Marx Brothers. Il n'aurait pas croisé le regard de son père, sur une photographie, à Auschwitz. Il est impossible ici de détailler l'enchaînement, puisque la grâce du livre tout entier repose sur lui. Les lieux et les circonstances dessinent une ronde, elle relie les fusillés de la Commune, les déportés juifs, et les morts de la manifestation anti-OAS à Charonne. Pour les accompagner, le chanteur Florencie, l'amateur d'art naïf Anatole Jakowsky, le conteur Robert Giraud sèment dans les rues leurs chansons et leurs histoires. Elles sont le sel de Paris. Arrive un moment où Bernard Appelbaum prend conscience de sa vocation. La sensation d'appel qui transforme le spectateur en artiste, la nostalgie instantanée qui accompagne l'émotion comme le revers la médaille : On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux est le roman de cet apprentissage. Tout y est vrai, réel, tout est vivant.
C'est grâce à Robert rencontré il y a près de trois mois que je vais faire de la figuration dans un film de François Truffaut.
Je revenais de chez un ami qui demeurait rue de Belleville lorsque je suis tombé sur lui. Malgré ses mains et un appareil photographique qui masquaient une partie de son visage, je l'avais aussitôt reconnu. A l'appel de son nom il s'est tourné vers moi avec étonnement. Et, comme si en me dévisageant mon nom lui revenait en mémoire, il l'articula avec application.
- Bernard Appelbaum ?
Et après nos sourires :
- Tarnos 1953 ?... 1954 ?
Les deux. Robert avait été mon moniteur en colonie de vacances à Tarnos, dans les Landes. En 1953 et puis encore en 1954. Et puis plus rien. Nous nous étions perdus de vue. Il y avait presque sept ans de cela.
Après quelques banalités - «Qu'est-ce que tu fais là ? T'habites le quartier ?» - qui, en raison des années écoulées, nous laissèrent un moment à court de questions, nous avions failli nous séparer sans rien savoir de plus l'un de l'autre. C'est alors, tout en prenant quelques photos à travers la grille de la villa Ottoz devant laquelle nous étions arrêtés, que Robert me proposa de l'accompagner.
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