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Auteur : Éric Faye
Date de saisie : 02/09/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 978-2-234-06166-8
GENCOD : 9782234061668
Sorti le : 18/08/2010
Shimura-san vit seul. Très seul. Il mène une petite vie tranquille, entre sa maison qui fait face aux chantiers navals de la ville de Nagasaki et la station de météorologie où il travaille. Un jour, il s'aperçoit que les boissons et aliments de son frigo disparaissent petit à petit. Il n'est peut être pas si seul dans sa grande maison. Pour en avoir le coeur net, il installe une webcam, pour surveiller sa cuisine depuis son bureau. Sur son écran d'ordinateur apparaît alors l'intruse. Depuis un an, elle vivait chez lui, profitant d'un jour providentiel où il n'avait pas fermé sa porte à clefs. Qui est cette femme, pourquoi vit-elle chez Shimura-san ? Sur une impulsion, il la fait arrêter par la police. Elle sera jugée et incarcérée.
S'inspirant d'un fait divers publié dans un quotidien local, Eric Faye nous entraîne dans une histoire singulière et prenante. Le lecteur découvre petit à petit l'identité et le passé de l'intruse. Shimura va lui aussi évoluer, grâce ou à cause de cette histoire. Lui qui vivait paisiblement une vie sans histoires, justement. Cette femme, qui a le même âge que lui, qui a vécu près de lui pendant un an, aurait pu être son épouse... Pourquoi n'a-t-il jamais détecté sa présence ? Quant à elle, elle finira par tout lui avouer dans une lettre finale qu'elle lui enverra alors qu'il a quitté la maison.
"Nagasaki" est un court récit très bien construit. Il fera sans nul doute partie des romans les plus remarqués de la rentrée.
1) Qui êtes-vous ? !
Au fond, je l'ignore, et ce doit être l'une des raisons pour lesquelles j'écris, pour tenter de faire apparaître, phrase après phrase, les pièces du puzzle dans lequel je finirai tôt ou tard par me voir apparaître et me (re)connaître.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'auteur, disait un critique, est aussi mal placé pour parler de son livre qu'un oiseau l'est pour parler d'ornithologie. Souvent, ce sont les autres qui me dévoilent les thèmes de ce que j'écris, à côté desquels je passe le plus souvent. Pour Nagasaki, je pourrais dire que le thème central en est la solitude, la solitude dans la foule.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Dans le bac à sable où les enfants jouaient au capitalisme, on vient d'égarer la règle du jeu".
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Oh, question décalée ! Réponse décalée serait ceci : une gnossienne de Satie, mais j'ignore laquelle.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir que j'ai eu à écrire ce livre.
Tout commence par des disparitions, des déplacements d'objets. Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. Cet homme ordinaire rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n'a pas d'odeur, sauf celle de l'ordre et de la mesure. Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Car dans ce monde contre lequel l'imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s'est produit.
«Comme je l'apprendrais plus tard lorsqu'un inspecteur me rappellerait, les agents avaient trouvé porte close chez moi. Aucune fenêtre ouverte, ce qui les avait étonnés. Après avoir forcé la serrure, ils avaient été plus intrigués encore de ne mettre la main sur personne à l'intérieur. Or tout était bien fermé. Croyant à une farce, ils avaient failli repartir tout de suite. L'auteur de cette plaisanterie l'aurait payé cher, monsieur Shimura, me ferait-il remarquer. Par acquit de conscience, toutefois, ils avaient fouillé chaque pièce. C'est dans la dernière, la chambre aux tatamis...»
Eric Faye a publié chez Stock Croisière en mer des pluies (1999), Les cendres de mon avenir (2001), La durée d'une vie sans toi (2001), Mes trains de nuit (2005), Le syndicat des pauvres types (2006), L'homme sans empreintes (2008) et Nous aurons toujours Paris (2009).
Nous croyons savoir qui nous sommes, où nous vivons et avec qui, et tout d'un coup, à l'aune d'une découverte, d'un bouleversement, la frontière entre notre intimité et le reste du monde devient floue, se dilue. La mémoire des hommes se nourrit des lieux qu'ils habitent et qu'ils peuplent, de ce qu'ils pensent être leur propriété alors qu'ils n'en sont que les locataires, les passagers : Nagasaki est le récit de cette prise de conscience forcée. Menacer les évidences, interroger une société qui laisse certains de ses membres dans une solitude telle qu'ils sont pratiquement effacés du regard d'autrui, parler directement au coeur avec une maîtrise admirable de l'humain, telles sont les qualités d'un roman qui se révèle aussi bref que vibrant.
Il faut imaginer un quinquagénaire déçu de l'être si tôt et si fort, domicilié à la lisière de Nagasaki dans son pavillon d'un faubourg aux rues en chute libre. Et voyez ces serpents d'asphalte mou qui rampent vers le haut des monts, jusqu'à ce que toute cette écume urbaine de tôles, toiles, tuiles et je ne sais quoi encore cesse au pied d'une muraille de bambous désordonnés, de guingois. C'est là que j'habite. Qui ? Sans vouloir exagérer, je ne suis pas grand-chose. Je cultive des habitudes de célibataire qui me servent de garde-fou et me permettent de me dire qu'au fond, je ne démérite pas trop.
J'ai parmi mes habitudes celle de suivre le moins possible mes collègues quand, après le bureau, ils sortent lamper quelques verres de bière ou flacons d'alcool. J'aime me retrouver un peu avec moi-même, chez moi, pour dîner à la bonne heure : je ne dépasse en aucun cas dix-huit heures trente. Si j'étais marié, je ne m'imposerais sans doute pas la même discipline, me laisserais aller souvent à les suivre, mais je ne le suis pas (marié). Mon âge, au fait : cinquante-six.
Ce jour-là, parce que je me sentais un brin fiévreux, je suis rentré plus tôt que d'ordinaire. Il ne devait pas être dix-sept heures quand le tram m'a déposé dans ma rue, un sac de provisions à chaque bras. Il est rare que je me retrouve si tôt chez moi pendant la semaine, aussi ai-je eu l'impression d'y entrer par effraction. Effraction est sans doute un bien grand mot, et cependant... Jusqu'à un temps assez récent, je ne fermais pas souvent à clé lorsque je m'absentais ; notre quartier est sûr et plusieurs vieilles dames du voisinage (Mmes Ôta, Abe et d'autres un peu plus loin) passent le plus clair de leurs journées chez elles. C'est commode, les jours où je suis chargé, d'avoir laissé ouvert : en descendant du tramway je n'ai que quelques mètres à faire, puis je pousse la porte coulissante et me voilà à l'intérieur.
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