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Auteur : Michel Folco
Date de saisie : 29/06/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-234-06472-0
GENCOD : 9782234064720
Sorti le : 09/06/2010
Michel Folco est un conteur, un vrai, un dont on sent que ce qu'il aime, c'est raconter des histoires. Et plus particulièrement, à la manière d'un Tommy Ungerer, il aime parler de ceux dont personne n'a envie de se préoccuper et à plus forte raison, ceux dont on ne songerait jamais à en faire les héros d'un conte.
Mais Michel Folco aime les défis et après avoir retracé l'histoire d'une dynastie de bourreaux (Dieu et nous seuls pouvons, Points Seuil), il s'attaque à rien moins qu'Adolf Hitler !
Les interrogations sont nombreuses lorsque l'on s'apprête à commencer un roman retraçant la jeunesse de l'un des pires personnages du XXème siècle. Comment va-t-il faire ? Comment le présenter ?
Tout lecteur a besoin d'éprouver un minimum d'empathie pour le héros du roman qu'il lit. Et quel lecteur se mettrait dans la situation d'éprouver de l'empathie pour un tel personnage ? Évidemment, chacun est conscient du fait qu'Hitler n'est pas né avec ses rêves de conquête et de race aryenne. Mais, contrairement à la biographie historique qui expose des faits prouvés, et de ceux-ci tente de tirer des explications, le roman entre dans l'intériorité du personnage, lui donne une voix, des pensées, des sentiments, bref une humanité. Comment Michel Folco s'y est-il pris pour offrir tout ceci à Adolf Hitler ? Et nous lecteur, comment allons-nous réagir à ça ?
Aussi, c'est avec toutes ces interrogations que j'ai commencé ce roman. Et je peux le dire, c'est une réussite !
Je le redis encore une fois, Michel Folco est un vrai raconteur d'histoires, un conteur comme il n'en existe que très peu chez les auteurs français, contrairement à ces chers anglo-saxons.
Le roman commence bien avant la naissance du petit Adolf, alors que la future mère de celui-ci n'a que treize ans et assiste à la mise à mort d'un vieux chien devenu inutile. Dans la même journée et quelques pages plus loin, elle rencontre pour la première fois le futur père, la trentaine florissante et le sabre au clair. Et l'histoire se déroule.
Jusqu'à la déclaration de guerre de 1914.
Je n'en dirai pas plus, je ne répondrai pas aux questions posées plus haut. Que les curieux se laissent tenter. La seule chose que je peux certifier, c'est qu'ils ne seront pas déçus.
«Qu'ils s'appellent Hitler, Capone ou Dillinger, petits ils écoutaient leur mère... Ils ont fait leur chemin dans les affaires.»
Eddy Mitchell, L'important c'est de bien aimer sa maman
Bien sûr, ses origines furent incertaines. Bien sûr, son talent était médiocre. Bien sûr, sa mère mourut trop jeune. Bien sûr, ses passions n'avaient rien de flamboyant ni d'exceptionnel. La banalité de la jeunesse d'Hitler fait la force de cet ouvrage. Mais au fur et à mesure qu'on avance dans ce livre étrange grandit un personnage dont la détermination, peu à peu, nous perturbe. Car on ne peut décrypter son enfance sans imaginer son avenir, sa puissance destructrice, le pouvoir qu'il exercera sur une grande part de son peuple, lui qui est si peu fascinant.
Michel Folco n'est pas biographe, même si ses ouvrages sont minutieusement documentés. Avec toute sa fantaisie, tout son humour décapant, il s'applique à nous conter comment le plus banal des enfants peut receler le plus effrayant des monstres. Le roman, ici, dépasse tous les livres d'histoire.
La Saga de Michel Folco (Dieu et nous seuls pouvons, Un loup est un loup, En avant comme avant, Même le mal se fait bien), épopée haute en couleurs, en inventions et en trouvailles narratives, rencontre cette fois un personnage bien réel, trop réel. Et quel personnage ! Celui par qui tant d'injustices et de malheurs vont naître.
Des origines du patronyme Hitler à la Première Guerre mondiale, Michel Folco raconte, à la manière d'un feuilleton (chaque chapitre est précédé d'une longue citation, faisant presque office de résumé), la gestation d'un Mal annoncé. Analyser un tel destin ne va pas sans dangers littéraires et, par instants, Folco ne sait pas où se placer en tant que romancier (d'où certaines scènes tendancieuses, par maladresse). Mais, à la manière du Michael Haneke du Ruban blanc, il a su poser les bonnes questions. Et c'est déjà beaucoup.
«Du côté paternel comme maternel, ses ascendants venaient d'une très pauvre région marginale de l'Autriche-Hongrie, un pays couvert de sombres forêts situées entre le Danube et la frontière de Bohême. Le Waldviertel était habité par une population essentiellement paysanne où les mariages entre sujets du même sang avaient engendré de multiples liens de parenté, une mentalité étroite et arriérée.»
Joachim Fest, Hitler, tome I
Vendredi 20 mai 1871.
Spital am Wald.
Province du Waldviertel. Cisleithanie.
Le premier événement appelé à bouleverser de fond en comble l'existence de Klara Pölzl (onze ans) se produisit en début de matinée ; le second en fin de soirée.
La fillette sortait ses vaches et passait devant la ferme des Hiedler (numéro 36) lorsqu'elle vit son grand-père maternel Nepomuk, vêtu de ses beaux habits, en train de cogner sur Rolfie avec un manche de pelle.
- Pourquoi tu le bats, grand-père ? Il est gentil Rolfie.
- Il peut plus chasser mais il mange quand même.
Prenant soin de ne pas se salir, Nepomuk souleva le vieux chien inanimé et le jeta à l'arrière du char à boeufs. Klara renifla ses larmes.
- Tu l'emmènes où ?
- Je vais le jeter dans la mare. Les poissons vont le manger, comme ça il servira à quelque chose.
- C'est pour ça que t'es habillé en dimanche ?
- Mais non, nigaude, c'est mon neveu que je vais chercher à Weitra... et arrête de pleurnicher ! Occupe-toi plutôt de tes vaches. Regarde, elles sont presque chez les Rörbachter.
Le char à boeufs du vieux paysan s'ébranla. Klara remit les deux vaches sur le droit chemin en leur distribuant des claques sonores sur la croupe.
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