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Alexandre de Nunez, au micro de Thibault Bonnafoux
Les présentations des éditeurs : 01/07/2010
La France, profonde ou non, adore Paris. L'Europe, les continents et le cosmos à l'unisson adorent Paris. Et Paris, ville lumière, capitale touristique du monde, s'adore. Alors, comment un homme, jeune et argentin, dessinateur et humoriste, observe-t-il ce nombril démesuré ? Avec mesure, bien sûr. Avec ironie. Avec, surtout, ces armes inégalables que sont la plume et le pinceau, et cet art supposé en voie de disparition : le dessin d'humour. Disparu ? Eh bien non. Un Argentin à Paris est le premier livre de Micaël.
Micaël est né en 1982 à Paris. Après vingt ans passés à Buenos Aires, il retrouve sa ville natale où il vit et travaille aujourd'hui. Il a publié ses dessins dans divers magazines, en Argentine, en Espagne et en France - dont L'Imbécile, Le Magazine littéraire et Philosophie Magazine.
Les courts extraits de livres : 01/07/2010
Mes papiers ont toujours été en ordre, mais j'avoue que j'aurais pris un malin plaisir à faire croire qu'ils étaient faux : on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans. S'il avait fallu que je justifie mon identité, j'aurais d'abord présenté mon passeport français. Et si on m'avait demandé un autre papier, j'aurais tendu mon passeport brésilien. Or je ne parlais aucune de ces deux langues. Je m'exprimais en espagnol avec l'accent porteño.
À l'inverse, s'il avait fallu prouver que j'étais argentin, j'aurais été bien embêté puisque je n'ai pas cette nationalité. Je suis né à Paris d'une mère argentine et d'un père brésilien. J'ai grandi à Buenos Aires où j'ai étudié le dessin et la peinture pour faire du dessin humoristique mon métier.
Paris a longtemps été pour moi un souvenir d'enfance. À l'âge de vingt ans, j'ai renoué avec elle, quitte à déchanter. J'ai alors remarqué que la vie des cafés parisiens ressemblait à celle que j'avais connue onze mille kilomètres plus loin. Avec des différences qui ont de quoi surprendre : les cafés parisiens sont extraordinairement étroits, les tables resserrées laissent à peine la place pour chuchoter, et les chaises sont peuplées de personnages qui s'efforcent de correspondre à leur propre cliché. «Paris est un palais ? Assurément... mais pourquoi m'ont-ils tous fait l'effet d'en être la domesticité ?», remarquait Witold Gombrowicz, Polonais exilé en Argentine.
Au début, je trouvais Paris peu bruyante, comparée à Buenos Aires. Une chose m'intriguait pourtant : est-ce que les Parisiens étaient réellement en perpétuelle représentation ? Ne parlaient-ils donc pas trop doucement, ou peut-être était-ce moi qui n'entendais pas leur bavardage ?
Petit à petit, le bruit ambiant m'a paru plus fort. Cela coïncidait avec le moment où je recommençais à m'exprimer, à comprendre, et surtout à composer des dialogues dans un français longtemps oublié. Je décidai alors de dessiner des fragments de Paris pour mieux l'apprécier, pour saisir de manière plus précise ceux qui y habitent et y circulent chaque jour.
Je me suis ainsi volontairement exposé à un grand péril : devenir moi-même un Parisien.