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Auteur : Patrick Lapeyre
Date de saisie : 12/12/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782818006030
GENCOD : 9782818006030
Sorti le : 26/08/2010
Intemporelle Manon
«La vie est brève et le désir sans fin» de Patrick Lapeyre, Prix Femina 2010, paru aux éditions P.O.L, est le septième roman de Patrick Lapeyre, né en 1949 dont le précédent récit, «L'Homme-soeur» avait obtenu le prix du livre Inter en 2004. Il déclare s'être inspiré de Manon Lescaut...
Dans ce roman Manon se nomme Nora. Comme la plupart des héroïnes classiques, c'est une manipulatrice, mais l'auteur ne nous révèle pas ses états d'âmes. Nora reste une énigme.
Le trio amoureux se met rapidement en place, deux hommes, l'un à Londres, l'autre à Paris. En miroir ils brûlent et s'intoxiquent de cette femme... Peu décrite, on la devine attirante, enfantine et immature. L'un, Murphy Blomdale financier américain et célibataire londonien assume Nora, l'autre Louis Blériot (comme l'aviateur) traducteur free lance vit aux crochets de sa femme, des ses parents et amis. La recette est ancienne, là où nous attends l'auteur c'est de par son style moderne, le ping-pong s'accélérant et les paragraphes s'amenuisant, effet de vitesse de l'amour en roue libre. Beaucoup de phrases idiomatiques de la modernité, du langage d'aujourd'hui le tout parsemé subtilement de références.
Patrick Lapeyre nous offre un roman tout en finesse, et même si l'on connait ses classiques, même si toute la poésie de l'histoire réside dans le titre (tiré d'un vers japonais), le lecteur happé dans cette spirale ferme le livre en pensant décidément que qu'elle que soit l'époque «la vie est brève et le désir sans fin».
Prix Femina 2010 et à juste titre ! Ce livre est un vrai coup de coeur ! Patrick Lapeyre nous raconte les histoires d'amour de Nora avec ses hommes : Murphy, l'américain et Louis le français. Ils savent tous les deux que Nora est une manipulatrice perverse mais elle est aussi une de ces femmes fatales auxquelles on ne résiste pas longtemps et qui font autant de bien qu'elles font de mal. Ils sont un jour heureux, un jour malheureux, ils voudraient y arriver, la quitter, mais c'est une passion dévorante et destructrice plus forte que tout...
«C'est à la fois quelque chose de très fort et d'inévitable. Ce qui l'étonne d'ailleurs, ce n'est pas que ce soit aussi fort, mais que ce soit aussi inévitable».
Nora n'aurait jamais dû revenir à Paris. Jamais. Mais elle est comme ça. Elle croit toujours que le temps est réversible. Donc elle est revenue.
Oh ! Louis, l've missed you so much, so much, lui a-t-elle dit.
Et il en a perdu la parole.
Patrick Lapeyre est né en juin 1949 à Paris. Il est auteur de six romans, tous publiés aux Éditions P.O.L. L'Homme-soeur a obtenu le prix du livre Inter en 2004.
C'est un roman sur l'amour, plus que «d'amour», fait de petites perceptions, couronné par le prix Femina...
En mettant en scène les situations sentimentales de deux personnages masculins, La vie est brève et le désir sans fin s'attache surtout, sans avoir l'air d'y toucher, à toute la complexité de leurs émotions et des rapports que les hommes entretiennent aux femmes qu'ils aiment, surtout quand elles leur échappent.
Le dernier chapitre de La vie est brève et le désir sans fin est probablement l'un des plus ambigus et des plus gracieux de cette rentrée littéraire...
Le désir est une fenêtre qui s'ouvre sur une autre vie que l'on aurait pu avoir - ou pas. Etre quelqu'un d'autre. "En général, cette multiplicité, on l'oublie, mais le désir, entre autres choses, nous le rappelle, précise-t-il. On aime quelqu'un, on aime un monde, et on a le coeur navré de ne pas pouvoir aimer quelqu'un d'autre, dans un autre monde." Pour ce roman, il a choisi deux vers du poète japonais Issa (1763-1828) dont il a fait son titre. Le miracle est qu'ils correspondent à la fois à ce roman-là et à Manon Lescaut dont il est une réécriture. Car entre tous ces mondes littéraires, par la main de Patrick Lapeyre, les correspondances sont bien celles du désir et de la vie.
Publié chez P.O.L en 1984, le premier, Le corps inflammable, inaugurait une oeuvre - traduite en chinois, en arabe, en espagnol, en roumain et en égyptien - hautement mélancolique et touchante qui atteint de nouveaux sommets avec La vie est brève et le désir sans fin...
Roman d'une incroyable subtilité sur la perte et l'attente, La vie est brève et le désir sans fin est son texte le plus ambitieux et le plus accompli...
Il s'est amusé à glisser des répliques de La princesse de Clèves dans la bouche de ses protagonistes. A travailler les dialogues et les scènes d'intérieur en ayant en tête Jean Seberg et Belmondo dans A bout de souffle. "J'ai l'impression que j'écris des livres pour faire respirer les gens, leur donner du souffle", glisse encore celui qui envisage le roman "comme un courant d'air". Les siens aident à vivre même s'ils vous serrent le coeur et vous laissent la larme à l'oeil.
Nora est l'avenir de l'homme, qui n'en a pas. Elle va et vient entre eux, coeur plein, portefeuille vide, petite valise en main. Elle est leur absente-présente, d'une ingratitude souveraine, «puisque l'amour est sans solution». Elle flotte dans cette zone où la liberté touche à tout, à rien...
Murphy Blomdale est un ancien mathématicien reconverti dans la haute finance. Il est moins immature, moins agaçant de fausse modestie esthétisée. Les deux sont des personnages comme le roman français contemporain en produit dans le genre déprimé chic : antihéros muets, sans âge, plantés entre deux eaux et des murs vides et blancs. Leur essence narrative est l'ironie. Ils croient qu'ils sont élégants parce qu'ils sont dépressifs et parce qu'ils ont assez de goût pour juger mauvais celui de la plupart des autres. Le livre est tenu par cette névrose, chargé par la psychologie qu'elle impose : les grands muets qui souffrent, quand ils se mettent à parler, sont aussi cons -et amoureux- que les autres.
Roman subtil sur les affres de l'amour de cet écrivain hors pair...
Dans ce livre superbement temporalisé, la vie amoureuse suit un rythme organique, celui de la respiration ou de la suffocation de ses héros, Louis et Murphy, attendant Nora. Et ce n'est pas tant l'héroïne, dont le mystère agace plus qu'il ne séduit, que l'éperdue perplexité masculine qui crée l'adhésion à chaque ligne. Dans les incises et relatives glisse tout l'inavouable, et de temps à autre une petite phrase ouvre des perspectives infinies. " La douleur qu'on cause, se souvient-il tout à coup, est la grande question de la vie. "
Après L'Homme-soeur, voici un septième roman sublime sur des amours impossibles, entre attente et absence...
De fait, même sans franchir les frontières de l'Europe, son nouveau roman ressemble à un origami, subtil, énigmatique, se pliant et se dépliant au gré des va-et-vient de la jeune et jolie Nora, qui passe des bras de Murphy le Londonien, cadre dans la haute finance, à ceux de Louis le Parisien, traducteur free-lance d'articles scientifiques, toujours fauché. Lequel n'arrive pas non plus à quitter son executive woman d'épouse, Sabine, qui l'entretient. Nora, elle, a besoin de l'argent de Murphy, mais pas seulement... Avec une gravité tout en grâce, en ellipses pudiques, digressions sensibles, Patrick Lapeyre orchestre magnifiquement ce ballet sentimental où la perte et l'attente marquent la cadence.
Avec distance et ironie, Patrick Lapeyre accompagne ses personnages dans leur errance amoureuse. Si le roman est une affaire de langage, la vie aussi. Et donc, pour bien rendre compte de cette vie, ou-soyons humble-d'une part infime de celle-ci, il est requis de prêter une attention extrême, maniaque, à ce langage. Car les lieux communs guettent. Cependant, quoi qu'on dise, il ne s'agit nullement de les écarter, de les moquer. Plus subtilement, il faut les mettre à contribution, les intégrer à la trame du récit, les contraindre à montrer leur face cachée. Leur vérité. Patrick Lapeyre, depuis plus de vingt-cinq ans, est passé maître dans cet art dont il sait dissimuler la haute technicité derrière des intrigues modernes à l'apparence presque banale.
Le soleil sans vent commence à brûler. La voiture blanche est garée légèrement en contrebas de la route, à l'entrée d'un chemin creux bordé d'arbustes et de buissons de fougères.
A l'intérieur de la voiture, un homme aux cheveux hérissés paraît dormir les yeux ouverts, la tempe appuyée contre la vitre. Il a la peau mate, les yeux sombres avec de longs cils très fins pareils à des cils d'enfant.
L'homme s'appelle Blériot, il a quarante et un ans depuis peu, et porte ce jour-là - jour de l'Ascension - une petite cravate en cuir noir et des Converse rouges aux pieds.
Pendant que les rares voitures semblent onduler sur la route à cause de la distorsion de la chaleur, il continue à scruter le paysage - les pâtures, les troupeaux qui cherchent l'ombre - aussi immobile sur son siège que s'il comptait mentalement chaque animal. Puis, sans jamais rompre le fil de son attention, il finit par s'extraire de la voiture en esquissant quelques mouvements d'assoupissement et en massant ses reins ankylosés, avant de s'installer jambes croisées sur le capot.
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