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.. La huitième vibration

Couverture du livre La huitième vibration

Auteur : Carlo Lucarelli

Traducteur : Serge Quadruppani

Date de saisie : 03/12/2010

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque italienne

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 9782864247197

GENCOD : 9782864247197

Sorti le : 19/08/2010

Polar ? Roman d'aventures ? Roman de guerre ? Roman d'amour ? À chaque fois la réponse est oui car cette "huitième vibration" englobe tous les genres ; c'est surtout un grand roman.
Janvier 1896 en Érythrée, colonie italienne, "maudit pays brûlé par ce soleil infâme". Massaoua. "L'air immobile et lourd, chaud comme un four. Avec ses bruits et ses odeurs inutiles". À Massaoua, la nuit, les gens dorment dans la rue. L'air "dense en souffles et fort en odeurs vous pèse comme une couverture".
Vittoria Cappa, fonctionnaire du Ministère des Affaires étrangères italien, fait de la Magie : sur ordre de son supérieur direct, il fait "disparaître des choses", des objets enregistrés sur les documents de bord, régulièrement payés par l'administration coloniale mais "qui n'ont jamais existé" ; ce qui permet de gonfler les factures.
Ce jour-là Vittorio arrive en retard pour assister à l'arrivée du troisième bâtiment de la semaine venant d'Italie. La faute à Aïcha, "la chienne noire", qui est venue l'aguicher en dansant nue sous ses fenêtres. Du vapeur descend une jeune femme, Cristina, vingt-deux ans, trop vêtue pour la chaleur, accueillie par son cousin Cristoforo. Elle vient rejoindre Léo, son mari, beau et riche mais "trop pris par son rêve de transformer en jardin la Colonie italienne d'Érythrée pour avoir le temps d'inventer un surnom à sa femme".
Lorsque Vittorio la verra il lui trouvera "une sensualité ingénue, instinctive et troublée, très enfantine".
À côté d'eux tant d'autres personnages ! Le lieutenant de cavalerie Vincenzo Amara, que l'immobilité rend fou, qui, par besoin d'action, a accepté d'assurer la liaison avec les Afars, et qui est le seul à avoir poussé si loin dans le désert de la Dancalie. Sabà, une Bilène au visage rond, très belle, la femme du capitaine Branciamore, qui ne marche plus pieds nus depuis qu'elle est la "madame d'un officier italien". La Colonelle, un crampon incroyable en plus d'être une commère. Pasolini, anarchiste internationaliste, enrôlé dans un bataillon en partance pour l'Afrique plutôt que d'être jeté en prison en Italie, une mesure de clémence due aux relations étroites que son père entretient avec le Président du Conseil. Le brigadier Antonio Maria Serra, qui poursuit un assassin d'enfants et perdra ses certitudes.
Quant à l'action, elle est toujours présente. La défaite d'Adoua, première grande défaite d'une armée blanche face à des troupes africaines, nous vaut, à la fin du livre, des pages épiques et pathétiques sur ces soldats qui "sont partis au casse-pipe sans connaître leurs adversaires, sans les armes et les informations nécessaires, privé du bon matériel trop souvent volé par des fonctionnaires corrompus".
C'est, je le répète, tout à la fois un roman d'aventures, une fresque historique, un roman d'amour, une enquête policière.... Un roman ambitieux riche en histoires, en paysages, en événements, en sensations, racontant les destins croisés de personnages embarqués dans un monde très différent de leur Italie natale.
Par un des maîtres du polar italien.
Magnifique !


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

A la fois roman policier, d'aventures et roman d'amour, voici un grand roman tout court. Dès la première page, nous entrons dans l'atmosphère d'une Afrique faite de chaleur, d'humidité, de sueur, d'insectes, d'odeurs, de bruits mettant en jeu les sens du lecteur. Nous ressentons le malaise du climat, le malaise des regards de la population dont on ignore les pensées. Nous entendons les sons d'une terre inconnue, nous sommes dans un roman où chaque personnage est le personnage principal parce qu'il raconte son histoire au lecteur.

Janvier 1896. Un corps expéditionnaire débarque dans la colonie italienne d'Érythrée. Il est composé de recrues de toute la péninsule, avec leurs histoires, leurs accents, leurs espoirs et leurs mille dialectes : l'anarchiste décidé à porter la sédition, le rêveur d'Afrique, le major drogué et psychotique, le héros pressé d'affronter le désert, les caporaux cyniques, un berger des Abruzzes au parler si obscur que personne ne le comprend et le brigadier des carabiniers qui s'est engagé pour débusquer un assassin d'enfants... Sur place, ils vont trouver une population indigène aux langues et aux coutumes bariolées, des colons entre abrutissement alcoolisé et idéologie du progrès, une Africaine mi-sorcière mi-putain, et une Italienne à la beauté délicate et non moins malfaisante.
Tandis qu'une petite fille danse interminablement dans la poussière, toutes les trames, les amours pures ou perverses, les projets grandioses et les appétits grossiers convergent vers la terrible bataille d'Adoua, la première grande défaite d'une armée blanche devant des troupes africaines...

Chroniqueur, scénariste et dramaturge italien né à Parme en i960, Carlo Lucarelli a publié de nombreux romans, romans policiers, thrillers et livres d'enquêtes, dont les best-sellers Misteri d'Italia et Nuovi Misteri d'Italia. Il écrit également des scénarios de BD et anime une célèbre émission de télévision sur des affaires non résolues.



  • La revue de presse Fabio Gambaro - Le Monde du 15 octobre 2010

C'est le premier livre de ma deuxième vie d'écrivain." Voici comment Carlo Lucarelli présente La Huitième Vibration, son magnifique dernier roman, qu'il considère comme un véritable nouveau départ. Après s'être imposé comme l'un des maîtres du polar à l'italienne, genre qu'il a contribué à renouveler en profondeur avec une vingtaine de romans (parmi lesquels Phalange armée et Almost Blue), l'écrivain, né à Bologne en 1960, a éprouvé le besoin de s'affranchir de cet univers parfois trop codé. Une sorte de défi avec lui-même. Il s'est alors lancé dans une oeuvre ambitieuse et complexe, à la fois fresque historique et roman de guerre, enquête policière et roman d'amour. Un grand récit qui évoque avec talent et lucidité l'aventure coloniale italienne, en Abyssinie, à la fin du XIXe siècle, à travers les destins croisés d'un groupe de personnages échoués dans une réalité à mille lieues de leur expérience...
A travers La Huitième Vibration et le désastre colonial italien, Carlo Lucarelli aborde ainsi les conflits Nord-Sud, les guerres contemporaines, le racisme, le mépris de l'autre. Des thèmes qui tiennent particulièrement à coeur à cet homme qui n'hésite pas à s'engager directement dans la vie publique italienne.


  • Les courts extraits de livres : 19/06/2010

Chaque fois qu'il desserrait son noeud de cravate, M. Cappa battait de l'ongle du pouce contre la surface amidonnée du col. Il agrippait le noeud avec l'index, tirait doucement vers le bas et puis, toujours, un petit coup de la pointe du pouce sur la cellulose rigide, un petit coup sec, en arrière, comme pour lancer une bille, chaque fois. Cela ne servait à rien, cela n'avait pas de sens, et si même on lui en avait demandé le motif, il n'aurait pas su quoi répondre, parce qu'il ne s'était jamais rendu compte qu'il le faisait.
Vittorio Cappa leva la tête et regarda le ventilateur qui tournait lentement, suspendu au plafond de la baraque. Il se laissa aller contre le dossier du fauteuil tournant et, un instant, il sembla que le grincement des articulations du siège était sorti d'une bouche ouverte, aigu comme le cri d'un oiseau. Mais lui, il voulait juste soupirer, lancer un souffle humide et dense, tout de gorge, le lancer loin, le lancer hors de son corps chaud, hors de cette baraque étouffante, hors de Massaoua, rapide, véloce, jusqu'à la mer, mais il lui sembla ne pas réussir à le pousser plus loin que le bord de ses lèvres, empâté, fondu, dans cet air trempé et brûlant que même les pales du ventilateur ne pouvaient déplacer.
Si ça n'avait tenu qu'à lui, il se serait promené en sandales, avec une fouta de coton autour de la taille. Rien d'autre, même pas de caleçon. Comme faisaient depuis toujours tous les habitants de cette ville infernale qui cuisait sous le soleil le jour et bouillonnait la nuit, ceux qui y étaient nés, pas ceux qui y étaient venus, comme lui, et ceux qui vivaient en Italie, comme le Chevalier, lequel, en pensant à la Colonie, imaginait du lin immaculé et de fraîches brises marines, et n'aurait jamais toléré un employé colonial, de première classe en plus, en sandales et tunique. Et sans caleçon.


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