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Auteur : Douna Loup
Date de saisie : 13/12/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 9782715231351
GENCOD : 9782715231351
Sorti le : 02/09/2010
La forêt est grande, profonde, vibrante, vivante et vivifiante. Elle est quelque chose comme une femme qui voudrait l'homme sans lui dire. Quelque chose qui dit oui sous la robe mais qui s'est perdu dans la bouche, qui devient tendre dans l'humus et vous jette les ronces au visage. La forêt est comme ça, ici. Le sauvage sait y faire. L'attirance qu'elle éprouve à se faire explorer, elle la garde au-dedans, de la sève en puissance qui coule sous la terre, qui monte comme une odeur et vous emballe sur-le-champ. Même le ciel, au-dessus, ne reste pas indifférent. Qu'elle soit froissée après la pluie, comme les femmes qui préfèrent se doucher avant, qu'elle soit bouillante de soleil, comme celles qui brûlent après la porte d'entrée, la forêt, ici, elle ne laisse personne sortir indemne. elle retient un peu de notre substance dans sa rivière profonde. Elle se charge d'enseigner l'ardeur.
Ainsi commence le roman de Douna Loup, L'embrasure, qui nous raconte l'histoire d'un jeune chasseur pour lequel la forêt est son monde, à lui, à la fois inépuisable - il en découvre les odeurs, les murmures, les couleurs au gré des saisons - et rassurant - il est le chasseur, le maître du jeu et des heures - au point que, hormis auprès de quelques amis qu'il fréquente au café du village ou des femmes de passage, rien d'autre ne l'intéresse, ni personne. Seulement voilà, deux événements vont bousculer le petit monde de cet être frustre, quoique plus complexe qu'il n'y paraît au premier regard. Il découvre un mort dans sa forêt. Un étranger. Que cherchait-il ? Qui est-il ? Près de son cadavre - son nom est Laurent Martin - il s'empare d'un carnet qui va l'interpeller et le conduire où il n'aurait voulu aller.
Mais notre jeune homme n'est pas au bout de ses surprises, car il va rencontrer une femme peu ordinaire, Eva - Zorah, dans une autre vie qu'elle ne veut raviver - qu'il accepte d'héberger pour la nuit, mais quand il veut s'approcher d'elle, il se voit maintenu de force à l'écart par... un flingue ! Pourtant, peu après ce moment de leur rencontre, il sent que la situation lui échappe : Je m'approche, je vois qu'elle a les yeux fermés, j'aimerais la toucher mais je ne peux pas, sa respiration fait comme une brise profonde sous ses omoplates. Je n'ai même plus envie de la prendre ou de la serrer, juste la regarder me met dans une paix formidable et je m'aperçois que je n'ai jamais vu quelqu'un dormir. J'ai vu des femmes abandonnées un moment après l'étreinte. J'ai vu des morts, j'ai vu des bébés dans leurs poussettes, mais je n'ai jamais vu une femme dormir.
Auprès d'Eva qui l'ouvre à une humanité insoupçonnée, tout bascule et s'il se laisse apprivoiser, à son rythme, ce n'est pas sans connaître sur ce délicat parcours les affres de l'angoisse, de la résistance et du doute. La perte de son indépendance, de son territoire, de ses habitudes ? Pour Eva, je sens les larmes toutes proches, comme des bombes prêtes à éclater, peut-être parce qu'elle dégage quelque chose comme du sel qui vous fouette le visage, ou parce qu'elle fait voyager de façon inconnue dans les lieux que je connais le mieux au monde.
La lente maturation des êtres touchés par la grâce - cette attirance, cette légèreté, cette élévation impossibles à décrire - nous réserve les plus beaux passages de ce livre qui ne verse à aucun moment dans l'invraisemblable ou l'artificiel : La musique, dans le salon de thé, force le silence à se ramasser en boule dans mon cerveau. Je me réjouis de boire et manger. La nuit passée est comme l'inverse d'une bombe, elle a fait de moi un homme rassemblé en entier. Un bloc. C'est pour cela que mes mots se forcent à être au plus proche d'eux-mêmes avant de sortir tout en vrac, pour ne pas briser l'unité qui résonne dedans. Eva n'a pas peur de mon silence. Elle voit bien mes yeux bafouiller de lumière.
Je suis ébloui par ce premier roman - la plus remarquable découverte de l'année ! - dont la beauté du style n'est pas le moindre des mérites. D'une construction irréprochable, servi par une écriture sensuelle jouant habilement de la progression dramatique de ses personnages, il réjouira les amoureux de la langue, de l'intimité et de la nature.
Le site Internet des éditions du Mercure de France nous apprend que Douna Loup est née en 1982 en Suisse, de parents marionnettistes. Elle passe son enfance et son adolescence dans la Drôme. À dix-huit ans, son Baccalauréat Littéraire en poche, elle part pour six mois à Madagascar en tant que bénévole dans un orphelinat. À son retour elle s'essaye à l'ethnologie, elle nettoie une banque suisse pendant trois mois, garde des enfants durant une année, écrit sa première nouvelle, puis devient mère, et étudie les plantes médicinales. Après avoir vendu des tisanes sur les marchés et obtenu un certificat en Ethno-médecine, elle se consacre pleinement à l'écriture, en même temps qu'à ses deux filles. Elle vit aujourd'hui en Suisse.
Orphelin, élevé par son grand-père, le héros de l'Embrasure vit dans une solitude planifiée et n'a qu'une passion : la chasse. Jusqu'au jour où un mort et une femme vont perturber son univers ordonné. Un beau premier roman, grâce à l'écriture de Douna Loup qui rend la beauté de la nature tangible, et les aspérités de l'âme palpables.
Le narrateur a 25 ans, vit seul et aime sa solitude. Il préfère se protéger des autres et surtout des femmes («Je n'aimerais pas qu'une femme me tienne. Je n'aimerais pas qu'une femme me manque. S'il y en a une qui commence à pomper dans mon énergie pour en faire sortir la dépendance, c'est sûr, je fiche le camp.»). Il ne semble apprécier que la compagnie de son grand-père. Mais en réalité, sa passion est ailleurs, la chasse, la nature et la forêt. Un amoureux de la vraie chasse, respectueuse de la nature et de toutes ses facettes. Pourtant ses habitudes sont bousculées le jour où lors d'une chasse, il découvre un homme mort avec à ses côtés un carnet. Il prévient les gendarmes mais conserve le carnet. Obsédé par ce carnet, il mène sa propre enquête qui l'incite à se poser des questions sur cet homme venu mourir volontairement dans sa forêt mais aussi sur lui-même et sur sa vie. Pourtant la rencontre avec Eva sera peut-être plus bouleversante. Ces deux chasseurs ou gibiers, face à face, vont mutuellement s'apprivoiser et tisser une vraie relation humaine, sans dépendance, sans rivalité, dans la compréhension mutuelle. Un beau texte initiatique débordant de tendresse.
Douna Loup au micro de Jean Morzadec
Une courte lecture de Douna Loup
La forêt est grande, profonde, vibrante, vivante et vivifiante. Elle est quelque chose comme une femme qui voudrait l'homme sans lui dire. Quelque chose qui dit oui sous la robe mais qui s'est perdu dans la bouche, qui devient tendre dans l'humus et vous jette des ronces au visage. La forêt est comme ça, ici. Le sauvage sait y faire. L'attirance qu'elle éprouve à se faire explorer, elle la garde au-dedans, de la sève en puissance qui coule sous la terre, qui monte comme une odeur et vous emballe sur-le-champ. Même le ciel, au-dessus, ne reste pas indifférent.
À vingt-cinq ans, il mène une vie simple : des collègues d'usine avec qui faire la fête le samedi soir, des aventures amoureuses sans lendemain et surtout une passion : la chasse et l'amour de la nature. Son existence paisible bascule le jour où il trouve sous les arbres un homme mort avec à ses côtés un carnet aux écrits sibyllins. Obsédé par cette découverte, le jeune homme part sur les routes à la recherche du passé de celui qui a choisi de venir mourir dans sa forêt...
Roman d'initiation moderne, L'embrasure est nourri par une écriture sensible pleine d'émotion.
Douna Loup a vingt-huit ans. Elle vit en Suisse. L'embrasure est son premier roman.
Et le talent est là, dans la manière de faire vivre les lumières, les couleurs, les sons et les odeurs, dans cette singulière sensualité d'une prose puissamment évocatrice...
A la fois conte intemporel et récit contemporain, ce premier roman est incontestablement celui d'un écrivain.
A peine est-on entré dans L'Embrasure, premier roman de la Suissesse Douna Loup, que l'on est enveloppé par un phrasé fluide, poétique, empli de d'odeurs de bruyère et d'origan, de petits craquements de branchages ou de feuilles, du chuintement des pas sur la mousse humide... Ces pas sont ceux d'un jeune homme qui aime à parcourir bois et sous-bois d'une forêt qu'il a faite sienne...
Rares sont les premiers romans qui s'imposent d'emblée par la sûreté de leur style, une atmosphère, une grâce et une poésie singulières, en un mot : une voix. L'Embrasure, par ses charmes entêtants qui perdurent au-delà de la lecture, est bien de ceux-là.
L'Embrasure est un texte superbement bien maîtrisé, tellement sensuel (il y a des passages d'une sensualité rare, qu'il parle de femmes ou d'arbres), on y entend une musique mélancolique et tendre. Ce récit est écrit avec les accents de la maturité l'on est doublement étonné lorsque l'on découvre que l'auteur, Douna Loup, est très jeune (28 ans) et que cette romancière, au style délicat, s'est glissée avec une telle facilité dans la peau d'un homme fruste.
La forêt est grande, profonde, vibrante, vivante et vivifiante. Elle est quelque chose comme une femme qui voudrait l'homme sans lui dire. Quelque chose qui dit oui sous la robe mais qui s'est perdu dans la bouche, qui devient tendre dans l'humus et vous jette des ronces au visage. La forêt est comme ça, ici. Le sauvage sait y faire. L'attirance qu'elle éprouve à se faire explorer, elle la garde au-dedans, de la sève en puissance qui coule sous la terre, qui monte comme une odeur et vous emballe sur-le-champ. Même le ciel, au-dessus, ne reste pas indifférent. Qu'elle soit froissée après la pluie, comme les femmes qui préfèrent se doucher avant, qu'elle soit bouillante de soleil, comme celles qui brûlent après la porte d'entrée, la forêt, ici, elle ne laisse personne sortir indemne. Elle retient un peu de notre substance dans sa rivière profonde. Elle se charge d'enseigner l'ardeur.
J'aime chasser par ici. Ça sent meilleur que tout. J'aime traquer dans les feuilles, suivre la route du bois et débusquer la bête. C'est mieux qu'au bar. Mieux qu'un flirt.
Mieux que la sueur sur les femmes. Je dépense mon énergie positive. Je ramène sur moi du sang et des kilos de liberté fraîchement morte. Mieux que ce qu'on peut imaginer. Quand je tire, ce chevreuil ne sent pas venir sa fin. Rien à voir avec ces bêtes qui attendent et puis meurent à l'abattoir. Rien à voir avec ces idiotes, au bar, qui ne pensent qu'à croire au prince charmant, quand tout le monde sait qu'elles n'ont rien à offrir. Que l'attente des bêtes, des bêtes stockées dans les élevages, nourries pour mourir en même temps, des bêtes qui n'ont même plus de sang dans les veines tellement elles sont produites pour finir sur une chaîne par l'électricité, des bêtes qui poussent comme des endives sur la fausse paille de l'éleveur. Je n'ai rien contre, il faut bien manger des escalopes dans les familles où l'homme ne part plus chasser. Simplement je ne compare pas. Il y a bête et bête. Il y a le sang traqué, coincé sous la peau fine, le poids sur la brindille qui fait un bruit de finesse et il y a le sirop de vitamines par intraveineuse, avec les farines fourrées dans la gueule. Le chevreuil que je tire, il a vécu l'élan et la faim sous le ciel, pas comme ces bêtes de fermes qui attendent juste leur fin.
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