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Auteur : Éric Pessan
Date de saisie : 05/12/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 9782226215192
GENCOD : 9782226215192
Sorti le : 18/08/2010
Le ton est posé d'emblée : "Je dois être le dépositaire de nombreuses histoires." Dans le train Paris-Nantes immobilisé en pleine voie suite à un incident de voyageur, une conversation s'instaure entre le narrateur et sa voisine. Il lui révèle son passé d'animateur d'ateliers d'écritures, tant d'histoires écoutées. Le TGV agit comme un confessionnal. Une histoire commune, servie par la plume subtile et exigeante d'Eric Pessan. Le temps d'un voyage, on sera tout comme sa voisine, pris de compassion pour cet homme brisé.
«J'ai prié pour que vous n'ayez aucune histoire à me confier. Je ne suis plus apte à entretenir une conversation, encore moins à écouter des confidences. Je déborde.»
Une nuit, un train se retrouve bloqué en rase campagne. Un passager lie connaissance avec sa voisine. Il lui parle d'enfance, de solitude, de son existence ténébreuse à laquelle il n'oppose plus aucune révolte. Pendant cette interminable attente, un lien se tisse entre eux. Jusqu'à ce que le train reparte...
Un texte exigeant, d'une simplicité épurée, où le romancier et dramaturge Eric Pessan interroge de son écriture fluide notre rapport au monde et à l'altérité.
Né en 1970, Eric Pessan a déjà publié 3 pièces de théâtre et 5 romans, L'effacement du monde (2001), Chambre avec gisant (2002), Les Géocroiseurs (2004), Une très vilaine chose (2006), Cela n'arrivera jamais (2007). Il vit dans le vignoble nantais. Il anime de nombreux ateliers d'écriture, participe régulièrement à des créations théâtrales et artistiques, et collabore à plusieurs revues littéraires. Eric Pessan participera aux Lectures Vagabondes du 1er au 6 août 2010 dans les vallées de l'Orb et du Jaur (Hérault).
L'originalité de ce roman discrètement traversé de références littéraires (Calvino, Camus, ainsi que Dostoïevski et Poe en exergue : «Je suis incapable de ne pas lire», confesse le narrateur) tient dans son unité paradoxale, sa manière - fluide, et parfois éblouissante - de tisser toutes ses histoires en une, et de faire de ce tissage son authentique sujet. Sommes-nous autre chose qu'une masse de récits accumulés - et le narrateur en particulier, réceptacle professionnel des récits d'autrui ? Grave, mélancolique, ce texte envoûtant est peut-être surtout une démonstration de notre incapacité à conserver nos secrets par-devers nous, y compris quand, comme le héros, on a pour habitude d'écouter plutôt que de parler. «C'est ainsi, observe-t-il : les histoires sont faites pour être propagées.»
Un homme et une femme, la nuit, dans un train immobilisé au milieu de nulle part. Attente, rencontre, confidence...
L'euphémisme de la SNCF pour suicide, c'est «incident de personne». Celui qui immobilise dans la nuit le TGV Paris-Nantes met les voyageurs face à la réalité d'un fait dont ils ne sauront rien...
«Tout être humain est constitué d'un paradoxal assemblage de présence et d'absence.» Le titre et le thème de son premier ouvrage, l'Effacement du monde, annonçait déjà un aspect fondamental de son écriture : elle parvient à transformer le silence en phrases, la fuite du langage en mots. Alors, comme ici, même le retrait extrême de soi devient récit, puissant et incarné.
Tous les romanciers le savent : il suffit souvent d'un livre réussi pour placer sa carrière sur de bons rails. Et il y a fort à parier qu'Incident de personne soit celui-là pour Eric Pessan...
Empreint d'une mélancolie grave, ce roman d'Eric Pessan est celui de la parole libérée. Dans le sillage d'un Olivier Adam, l'auteur de quarante ans dresse le portrait sensible et épuré d'un homme en bout de course, trop longtemps imbibé du malheur des autres. "Je ne veux plus qu'on me raconte quoi que ce soit", clame-t-il après s'être déchargé de ses lourds bagages. Reste le souvenir de Chypre, cette île déchirée entre partisans grecs et turcs, qui offre un miroir saisissant à ce voyageur meurtri par les conflits intimes.
Prenant place à mes côtés vous avez penché votre buste, votre visage était absent, votre regard perdu, vous ne m'avez offert que la fugitive vision de la dentelle recouvrant votre sein, broderie blanche sur peau de lait dans le bâillement de votre pull-over crème, dérisoire impulsion électrique captée par mon regard. Vous vous êtes finalement assise, avez rajusté le profond col en V, replacé votre écharpe fine sur votre poitrine, et j'ai prié pour que vous n'ayez aucune histoire à me confier. Je ne suis plus apte à entretenir une conversation, encore moins à écouter des confidences. Je déborde. Nous nous sommes salués d'un quasi imperceptible hochement de tête, les portes se sont refermées dans un sifflement pneumatique et j'ai renoncé à affronter la confusion de mes pensées. Noir.
Mordante, presque agressive, une voix me force à rouvrir les yeux.
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