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.. Les pieds dans l'eau

Couverture du livre Les pieds dans l'eau

Auteur : René Fallet

Date de saisie : 06/07/2010

Genre : Essais littéraires

Editeur : le Cherche Midi, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-7491-1668-6

GENCOD : 9782749116686

Sorti le : 08/04/2010

  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

Vous n'avez jamais vu l'aube. La vraie. Pas celle du premier train de banlieue. Seul le pêcheur sait le goût exact du matin, le goût du pain et celui du café de l'aurore. Il a, seul, ces privilèges exorbitants. Né subtil, il n'en parle pas. Il garde tout cela pour lui. C'est un secret entre le poisson et lui, l'herbe et lui, l'eau et lui.
°
Poisson, roseau pensant dans les roseaux, je te salue ! Tu mérites, plus que la guêpe, un coup de chapeau.
°
Un soleil d'Austerlitz monte sur Jaligny ébloui par tant de gloire et de lumière. Je pêche dans une toile de Monet. Me voilà au Salon de l'Été, accroché à un mur de verdure.
°
J'habite tous les châteaux d'eau. J'aime toutes les pêches. Toutes les rivières. Tous les canaux. Tous les étangs. Je peux même pêcher le poisson-chat, ce Frankenstein des eaux, dans une mare de ferme, lancer ma ligne entre deux canards. Je pourrais vous raconter mes très modestes histoires de pêche jusqu'à la nuit, mais c'est déjà la nuit.
°
L'oiseau bleu file au ras de l'eau, sur coussin d'air. Ça, c'est une loutre et ça, c'est une bécassine. Il pleut à peine sur la rivière, si peu que l'on pourrait croire qu'il s'agit des ablettes qui moucheronnent. C'est le soir. Déjà le soir. Des gouttes d'angélus tombent d'un peuplier.

René Fallet



  • La revue de presse Astrid de Larminat - Le Figaro du 23 juin 2010

Les bords de mer en été ont leur charme, personne n'en disconvient. Mais lorsqu'on a lu l'ode à la pêche de René Fallet, intitulé Les Pieds dans l'eau, un texte dont la grâce est contagieuse, on donnerait tous les maillots de bains, sacs et raquettes de plage pour une épuisette, un moulinet et des cuillères chatoyantes. La prose de Fallet, rieur mélancolique, réactionnaire par amour de la vie, rimbaldien à ses heures, est rafraîchissante comme un bain d'été...
Fallet écrit sa pêche en la vivant, revit sa pêche en l'écrivant. En le lisant, on est dans ses bottes, au bord de la rivière, en bordure de paradis.


  • Les courts extraits de livres : 06/07/2010

C'était à Paris, en juillet 1973. Par un de ces temps de canicule que les asociaux, les mauvais esprits, estiment propice quant au port obligatoire, par les agents de police, de la capote de drap, du casque et des chaussures à clous.
Des Japonais cruels passaient les Halles moribondes à la moulinette de leurs appareils photographiques, immortalisaient à coups de Kamasoutra 24 x 36 grand angle (visée par stigmomètre et microprisme) cet Hiroshima du camembert et de ses frères de lait nommés petit blanc et gros rouge.
Loin du métro, de ses puissants remugles où se confondent les derniers soupirs de la chaussette plus ou moins acrylique et ceux de l'anachronique balançoire à Mickey, nous regardions couler la Seine sous le pont au Change, mon ami Vers et moi.
Elle ne charriait pas des Ophélie. Pour les amours mortes, voir plus bas, en aval du pont Mirabeau. Des gardons comme la main de ma soeur chère au Zouave du pont de l'Aima dérivaient lugubrement, le ventre en l'air, le reste dans le flot noir tout frétillant d'enzymes anticalcaires. Spectacle aussi désolant que celui qu'offre, sur les Champs-Élysées, les jours de fête nationale, le morne défilé de nos troupes d'élite.
Les gardons, NOS gardons, voguaient à vau-l'eau sous nos coeurs serrés. Ils allaient par milliers, cadavres modestes, vers quelles décharges, quels champs d'épandage, quelles mers à mazout ? Leur oeil rond s'étonnait encore de cette fin gratuite et nauséeuse. Ils avaient déjoué, les pauvres, le piège de l'hameçon, échappé au Requiem grésillant de la poêle à frire, mais les sombres
Borgia des usines et des machines à laver avaient eu leur peau, leurs écailles. Pour rien. Bêtement. Au nom sacré de l'Expansion. Étouffés, empoisonnés, ils se traînaient dans leur bouillon d'onze heures, ce cloaque puais qui s'appelait jadis rivière, qui s'appelait fraîcheur, qui s'appelait beauté.
- Les vaches, fit l'ami Vers.
- Les fumiers, fis-je en écho.


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