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.. Revue de l'art, n° 168

Couverture du livre Revue de l'art, n° 168

Date de saisie : 28/06/2010

Genre : Arts

Editeur : Ophrys, Paris, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 9782708012707

GENCOD : 9782708012707

Sorti le : 21/06/2010

  • Les présentations des éditeurs : 22/07/2010

Éditorial
Un nouveau musée de l'Histoire de France ?

Notes et Documents

Christoph Brachmann
Tendances historicistes dans l'oeuvre de Pierre Perrat
La cohérence comme principe

Florian Meunier
Le portail de Caudebec-en-Caux et la sculpture en Normandie à la fin de la guerre de Cent Ans

Jean-Marie Gitillouët
Le portail de Santa Maria da Vitoria de Batalha au Portugal
L'art européen à ses Confins

Philippe Costarnagna, Carlo Falciani
Le Christ en Croix d'Agnolo Bronzino peint pour Bartolomeo Panciatichi

Anatoraella Fenech Kroke
Un théâtre pour La Talanta : Giorgio Vasari, Pietro Aretino et l'apparato de 1542

Bibliographie critique.


  • Les courts extraits de livres : 22/07/2010

Extrait de l'éditorial

Un nouveau musée de l'Histoire de France ?

Le 13 janvier 2009, dans ses voeux aux «acteurs de la Culture» prononcés à Nîmes, le président de la République, Nicolas Sarkozy, dans des termes à la fois larges et précis, annonçait la mise en chantier d'un musée de l'Histoire de France qui, selon lui, manquait à notre pays : «Un mot sur la connaissance de notre histoire. Là aussi, on ne connaît notre histoire que par les moments où les Présidents de la République successifs s'excusent des périodes où, hélas, l'histoire a été tragique. Or je suis fasciné par l'idée que la France est riche de ses musées d'art, mais qu'il n'y a aucun grand musée d'histoire digne de ce nom ! Il n'existe aucun lieu pour questionner notre histoire de France dans son ensemble. Nous avons donc décidé la création d'un musée de l'Histoire de France. Ce musée sera situé dans un lieu emblématique de notre histoire, un lieu qui reste à choisir et qui sera choisi : il y a plusieurs idées qui font sens mais il faut en débattre, échanger, il faut que cela polémique un peu, que chacun fasse valoir ses arguments. Parce que l'histoire de France, c'est un tout, c'est une cohérence. En général, on l'attaque par petits bouts, les pages glorieuses, les pages un peu plus délicates, alors qu'on devrait l'affronter dans son ensemble. Aussi je souhaite qu'il y ait un musée de l'histoire de France, qui pourrait d'ailleurs être une fédération de musées et des monuments, qui travailleraient en réseau et collaboreraient avec de grandes institutions étrangères. Un musée doté d'un Centre, situé dans un endroit symbolique. Il me semble que cette initiative renforce aussi l'identité qui est la nôtre, l'identité culturelle : c'est une autre initiative que je laisse à votre réflexion». Alors que l'on attend des décisions définitives sur tous les points évoqués par le président dans son discours, de la définition précise du projet à son contenu et à son implantation, il n'est peut-être pas trop tard pour que la Revue de l'Art «polémique un peu» et apporte sa pierre au nouvel édifice.
On peut d'ailleurs, dans un premier temps, s'interroger sur cette nouveauté supposée et sur l'absence en France «d'un grand musée d'histoire digne de ce nom». En la matière, et pour reprendre une célèbre expression historique, car l'histoire est aussi dans les mots, ce n'est pas le vide qui semble menacer, mais bien plutôt le trop plein, héritage lointain lui aussi ancré dans l'évolution historique de notre pays. En réalité, depuis le Moyen Âge, tous les gouvernements successifs se sont employés à sauvegarder les objets symboliques ou représentatifs de notre histoire et, très vite, à les présenter à un public restreint, certes, dans un premier temps, aux proches du pouvoir, puis aux savants, aux amateurs et, enfin, aux Français (et aux étrangers) sans aucune limitation, si ce n'est justement celle du choix de ces objets et de leur présentation, révélateurs de ce qu'on pourrait appeler une idéologisation permanente de l'histoire. Rien n'est neutre de ce point de vue : Charles V rassemble ouvertement autour de lui, au Louvre et à Vincennes, les collections royales de livres et d'objets d'art après la première étape de la guerre de Cent ans, dans un processus de relégitimation de la branche contestée des Valois, qui se placent ainsi dans la continuité des Capétiens directs, présentant par exemple, dans une niche particulière de son cabinet de travail, un psautier ayant appartenu à Saint-Louis. Catherine de Médicis, en 1560, au début des guerres de religion, fait revenir à Paris la collection d'objets rares et précieux installée une trentaine d'années plus tôt par François Ier à Fontainebleau, collection qui, remaniée et augmentée va donner naissance un siècle plus tard, en 1666, lorsque s'affirme le règne «personnel» du jeune roi Louis XIV, au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque royale, installé avec elle à l'Hôtel Colbert (sur le site de l'actuel «quadrilatère Richelieu» de la Bibliothèque nationale de France). C'est là, en fait, le premier «musée de l'histoire de France» même si celle-ci ne justifie qu'une partie seulement de ses collections. Mais justement, s'intéresser en même temps et dans un même lieu à l'Antiquité grecque et romaine, voire aux autres civilisations, n'était-ce pas ennoblir l'histoire de la nation ? D'autres lieux conservaient également, sous l'Ancien Régime des objets, plus ou moins accessibles aux visiteurs, témoins de l'histoire du royaume, en particulier les trésors des endroits symboliques du pouvoir royal, Saint-Denis, Reims, la Sainte Chapelle à Paris. La Révolution, qui maintint et enrichit le Cabinet des Médailles (c'est là qu'aboutirent en partie les objets du Trésor de Saint-Denis, lorsqu'ils ne furent pas récupérés par le Louvre), allait, au-delà des destructions qu'elle engendra, créer un besoin analogue. Ce fut la source d'un nouveau sentiment de l'histoire : on sait que Michelet vit naître sa vocation au musée des Monuments français d'Alexandre Lenoir, décidé dès 1790-1791 et ouvert en 1795, définitivement fermé en 1816, dont l'existence fut ainsi relativement brève mais qui laissa pourtant une trace ineffaçable tout au long du XIXe siècle. Par la suite la Restauration, qui poursuivit en matière muséographique l'action de la Révolution et de l'Empire, l'enrichissant par de nouveaux ensembles comme les collections égyptiennes du «musée Charles X» ou le musée de la Marine ou «Musée-Dauphin», tous deux au Louvre ne semble pas s'être préoccupée d'établir ou de rétablir sa légitimité, qui allait d'elle-même, par le biais d'un musée historique consacré spécifiquement à la France.


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