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.. Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants

Couverture du livre Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants

Auteur : Mathias Enard

Date de saisie : 29/06/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-7427-9362-4

GENCOD : 9782742793624

Sorti le : 18/08/2010

Après Zone, Mathias Enard nous surprend de nouveau avec un style différent, un court roman ciselé. On retrouve son thème de prédilection et l'on se délecte d'imaginer Michel Ange payé par le sultan de Bajazet pour construire le pont sur la corne d'or, là où De Vinci avait échoué et où finalement toutes les civilisations jusqu'à aujourd'hui n'ont pas réussi à réunir les splendeur de l'Orient et l'Occident. Une écriture maîtrisée, l'ambiance est parfaitement restituée, un tour de maître...


Voici un véritable bonheur de lecture. Un livre à ne pas manquer en cette rentrée 2010. Après "Zone", prix décembre 2008 et prix Inter 2009, Mathias Énard change totalement de registre avec "Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants". L'auteur s'est passionné pour un passage particulièrement intéressant de la vie de Michel Ange. 13 mai 1506, le sculpteur débarque à Constantinople, invité par le sultan qui lui confie la création d'un pont sur la Corne d'Or, projet qui vient d'être retiré à son aîné et rival Leonardo da Vinci. A Rome, il a abandonné le tombeau commandé par le pape Jules II, qui de toute façon refuse de le payer. L'Italien de la Renaissance va rencontrer l'Orient, les beautés et les dangers de Constantinople. Après son David et bien avant la chapelle Sixtine, la Turquie et son peuple vont marquer l'artiste à jamais.

Dans le récit de Mathias Énard, tout est beauté. Chaque mot est choisi avec parcimonie. Ses phrases, d'une grande poésie, nous font sentir les odeurs, font apparaître les lumières, décrivent la beauté des corps féminins et masculins, souvent androgynes, qui troublent Michel Ange. L'auteur nous entraîne avec lui dans cet étrange voyage à travers Constantinople et ses palais, mais aussi ses faubourgs qui recèlent mille dangers, mille tentations. C'est le Michel Ange intime qu'il dépeint ici, artiste jusqu'au bout des ongles. Tellement artiste qu'il va aimer des corps plus pour leur beauté que pour les plaisirs de la chair. Il s'agit du Michel Ange connu, rendu célèbre par son David, mais encore pauvre et à quelques années de son apogée.

Tout est parfait dans ce roman : l'histoire est passionnante, presque envoûtante. L'écriture est magnifique, oscillant entre récit et poésie.


Il est des chapelets que l'on égraine comme des phrases qui nous bouleversent. Le rythme, le silence et la pause sont autant de mélodies intérieures amplis de silence. L'écriture de Mathias Enard est ainsi. Une approche de l'Être Là dans son temps spectateur, jouisseur... Voluptueuse. Les sons, les couleurs, les courbes font de notre corps une chair en osmose avec le poète, le créateur de sensualité caressante.
Michel Ange est loin de tout cliché rapporté par l'Occident. Il est cet artiste en quête continue de l'Idéal. Tout est prétexte. Tout est dissection et recherche.
Et puis dans cet Orient, à Constantinople des mille et une tentations, va apparaître ce qui doit être : un pont. Il devra allier et relier l'Orient à l'Occident, le ciel à la terre. La force du Sultan à l'élévation de l'artiste créateur.


Constantinople, 1506. En froid avec le pape Jules II, Michel-Ange répond à l'appel du sultan Bajazet. Il doit dessiner un pont reliant les deux rives du Bosphore. Il doit faire mieux que Léonard. Mathias Enard nous dresse le portrait d'un Michel-Ange tiraillé entre sa peur des grands et son ambition démesurée. Il nous montre un Michel-Ange abordant le monde ottoman avec réticence, ne s'aventurant presque pas à l'extérieur, travaillant à reculons, refusant d'explorer les merveilles de la ville. Puis, peu à peu, Michel-Ange se déride, écoute, sent, respire, lui qui n'est pas très à l'écoute de ses sens. Il se laisse envahir par la sensuelle ambiguïté de ce monde qui lui est profondément étranger. Il se laisse troubler par cette danseuse qui est peut-être un danseur, par ce guide qui se voudrait son ami et peut-être plus.
Mathias Enard s'est nourri des documents historiques sur ce bref passage de Michel-Ange à Constantinople. Mais comme les documents ne disent pas tout, le romancier a comblé les trous. Et il les a comblés avec bonheur de poésie, de chair, d'histoires dignes des Mille et une nuits. Il a répondu parfaitement à son exergue : "Puisque ce sont des enfants, parle-leur de batailles et de rois, de chevaux, de diables, d'éléphants et d'anges, mais n'omets pas de leur parler d'amour et de choses semblables." Mathias nous raconte ici magnifiquement une très belle histoire dont le titre est à lui seul une formidable invitation au voyage.


1506. En route vers l'Orient et la mythique Constantinople. Ors, encens, jasmins parfumés, volutes et arabesques. Michel-Ange, génial sculpteur dans les pas d'un Léonard de Vinci refusé pour la conception du pont passant la Corne d'Or. L'émerveillement de l'artiste devant l'architecture en place, ses doutes, ses colères, ses faiblesses. Passion pour la belle et trouble face au poète, divine grâce, secrètement épris de lui. Un voyage dans l'histoire comme un conte subtil, délicieusement enchanteur.


Mathias Enard au micro de Jean Morzadec


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

En débarquant à Constantinople le 13 mai 1506, Michel-Ange sait qu'il brave la puissance et la colère de Jules II, pape guerrier et mauvais payeur, dont il a laissé en chantier l'édification du tombeau, à Rome. Mais comment ne pas répondre à l'invitation du sultan Bajazet qui lui propose - après avoir refusé les plans de Léonard de Vinci - de concevoir un pont sur la Corne d'Or ?
Ainsi commence ce roman, tout en frôlements historiques, qui s'empare d'un fait exact pour déployer les mystères de ce voyage.
Troublant comme la rencontre de l'homme de la Renaissance avec les beautés du monde ottoman, précis et ciselé comme une pièce d'orfèvrerie, ce portrait de l'artiste au travail est aussi une fascinante réflexion sur l'acte de créer et sur le symbole d'un geste inachevé vers l'autre rive de la civilisation.
Car à travers la chronique de ces quelques semaines oubliées de l'Histoire, Mathias Enard esquisse une géographie politique dont les hésitations sont toujours aussi sensibles cinq siècles plus tard.

Né en 1972, Mathias Enard a étudié le persan et l'arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient. Il vit à Barcelone. Il a publié trois romans chez Actes Sud : La Perfection du tir (2003, Prix des cinq continents de la francophonie ; Babel n° 903), Remonter l'Orénoque (2005) et Zone (2008 ; Babel n° 1020), salué par le prix Décembre 2008 et le prix du Livre Inter 2009.



  • La revue de presse Julie Etienne - Le Monde du 22 octobre 2010

Le roman remplit son programme, convoquant un Orient et un siècle épiques et capiteux, peuplés de bûchers, de dagues et d'intrigues de palais. Il permet aussi à un lyrisme plus intime de se développer dans le lien qui se noue entre un artiste de la Renaissance italienne et un poète ottoman..
Il est spécialement convaincant dans l'amour du langage et la foi dans le récit qui circulent entre les protagonistes. Ainsi la danseuse andalouse, qui de son pays perdu affirme qu'"il ne vit plus que dans les histoires et ceux qui les portent"...
Parle-leur de batailles... parle surtout du coeur des hommes, et, comme le texte de Kipling où il prend sa source, des pouvoirs du récit, capable de bâtir des ponts entre l'Orient et l'Occident.


  • La revue de presse François Busnel - Lire, septembre 2010

Mathias Enard écrit dans les blancs de la grande Histoire. De cette escapade de quelques semaines il tire un récit savoureux où l'amour et l'espionnage viennent se mêler aux mystères de la création artistique. Qui est cette femme, belle, andalouse, juive, un poignard entre les mains, qui murmure à l'oreille du peintre endormi : "Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l'amour [...] On les conquiert en leur parlant de batailles, de rois, d'éléphants et d'êtres merveilleux" ? Enard fait du génie renaissant un perpétuel fuyard : devant la vie, devant l'amour. Et c'est ainsi que Michel-Ange est grand.


  • La revue de presse Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 16 septembre 2010

Sous son titre à rallonges emprunté à Kipling, «Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants» cache un petit récit d'espionnage bruissant de mille conspirations de palais, doublé d'une fable lumineuse sur la création, ses séductions et ses tâtonnements. omment un artiste compose-t-il avec les contraintes politiques, économiques et sociales ? Avec les modèles convenus légués par ses prédécesseurs ? Autrement dit, et à tous les niveaux : comment conquiert-il son autonomie ? C'est la vraie question posée par le livre, qui rappelle les méditations de Thomas Bernhard sur les «Maîtres anciens», à travers un subtil échafaudage de correspondances et d'images. «Sous tous les cieux il faut donc s'humilier devant les puissants», comprend peu à peu Michel-Ange.


  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 16 septembre 2010

En passant du grand flot historique de Zone à cette forme resserrée, Mathias Énard n'a pas restreint ses ambitions à un portrait d'artiste. Dans le huis clos de l'atelier, il nous parle encore de batailles, de rois, de mers. Et d'éléphants, donc. Dans ces pages, denses à l'extrême, écrites à la pointe sèche, passe une méditation sur l'histoire, sur la beauté et la diversité d'un monde. C'est de cet émerveillement que naît le dessin de Michel-Ange. Le beau roman de Mathias Énard témoigne, lui, du pouvoir de l'art d'écrire.


  • La revue de presse Baptiste Liger - Lire, septembre 2010

A la demande du sultan, Michel-Ange accepte de plancher sur un pont à Constantinople. Un superbe voyage dans le temps sur les traces d'un génie...
Après un roman-performance comme Zone (prix Décembre 2008), on ne savait pas comment Mathias Enard allait rebondir. Aurait-il cédé avec Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants (titre formidable) aux sirènes de l'académisme du roman historique ? Certainement pas. Avec ce court roman, magnifiquement écrit, dont l'apparente modestie dissimule un projet ambitieux (quelle saisissante reconstitution de Constantinople du XVIe siècle !), ce jeune auteur réussit une remarquable parabole sur un monde en mutation, les conflits de religion (de civilisation, aussi), les méandres de la création et la place de l'artiste.


  • Les courts extraits de livres : 26/11/2010

La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l'aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants. Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort. Je ne te connais pas. Je connais ton ami turc ; c'est l'un des nôtres. Petit à petit il disparaît du monde, avalé par l'ombre et ses mirages ; nous sommes frères. Je ne sais quelle douleur ou quel plaisir l'a poussé vers nous, vers la poudre d'étoile, peut-être l'opium, peut-être le vin, peut-être l'amour ; peut-être quelque obscure blessure de l'âme bien cachée dans les replis de la mémoire.
Tu souhaites nous rejoindre.
Ta peur et ton désarroi te jettent dans nos bras, tu cherches à t'y blottir, mais ton corps dur reste accroché à ses certitudes, il éloigne le désir, refuse l'abandon.
Je ne te blâme pas.
Tu habites une autre prison, un monde de force et de courage où tu penses pouvoir être porté en triomphe ; tu crois obtenir la bienveillance des puissants, tu cherches la gloire et la fortune. Pourtant, lorsque la nuit arrive, tu trembles. Tu ne bois pas, car tu as peur ; tu sais que la brûlure de l'alcool te précipite dans la faiblesse, dans l'irrésistible besoin de retrouver des caresses, une tendresse disparue, le monde perdu de l'enfance, la satisfaction, le calme face à l'incertitude scintillante de l'obscurité.
Tu penses désirer ma beauté, la douceur de ma peau, l'éclat de mon sourire, la finesse de mes articulations, le carmin de mes lèvres, mais en réalité, ce que tu souhaites sans le savoir, c'est la disparition de tes peurs, la guérison, l'union, le retour, l'oubli. Cette puissance en toi te dévore dans la solitude.
Alors tu souffres, perdu dans un crépuscule infini, un pied dans le jour et l'autre dans la nuit.


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