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Qui n'a jamais voulu se retirer du monde, aller vers la forêt, se taire et rester sur un tronc à rêver ? Laisser le corps et l'esprit se promener doucement, les journées se suivre et s'étaler, ponctuées seulement de repas frugaux et de sommeils ?
Un homme souffre. Nous l'accompagnons dans un coin de campagne. Il y a des arbres et un étang, un lit pour se coucher ; trois femmes prennent soin de lui. Loin de la ville et du bruit, ne faisant rien que vivre, il peut retrouver la beauté du monde et sa musique tranquille : «Tout bouge ici pour peu que l'on reste immobile.»
Empreint de romantisme, au sens le plus strict, Les eaux dormantes distille le bleu du ciel et ses orages -mélodie mélancolique et douce, luxueuse thérapeutique des rêveurs désenchantés.
Paul Andreu est né en 1938 à Bordeaux. Polytechnicien, ingénieur, architecte, il a réalisé de très nombreux projets, de l'aérogare de Roissy jusqu'à l'Opéra de Pékin. Il a reçu en décembre 2006 le grand prix de l'Académie internationale d'architecture pour l'ensemble de son oeuvre.
Il est l'auteur de plusieurs livres autour de son travail architectural, parmi lesquels J'ai fait beaucoup d'aérogares... Les dessins et les mots (Descartes&cie, 1998) et L'Opéra de Pékin, le roman d'un chantier (Chêne, 2007). Les eaux dormantes est son troisième texte littéraire, après L'Archipel de la mémoire (Léo Scheer, 2004) et La Maison (Stock, 2009).
Les courts extraits de livres : 17/09/2010
Il y a eu d'abord des gouttes isolées. Chacune s'écrasait avec un son différent. Puis des groupes de gouttes, irréguliers, de plus en plus denses, fondus bientôt en une masse crépitante dans laquelle seuls les silences détachaient un dessin. Puis encore un déchaînement de coups indistincts sur la tôle ondulée. Le sol est alors devenu blanc. De toutes parts, il s'est mis à briller et une lumière rampante a couvert l'eau de l'étang devant moi. Il n'y avait plus de couleurs.
Les orages sont fréquents ici l'été mais la violence de celui-ci m'a surpris. Il n'en finissait pas. Quand la grêle est venue trouer les feuilles, quand elle s'est mise à frapper directement mes tympans, j'en ai eu assez. Mais que faire ? Même au plus haut du pouvoir, qui commande aux nuages et aux vents ? Alors j'ai pris mon mal en patience et, dans le vacarme, je me suis souvenu de ce pays de vignes où l'on tirait des fusées contre le ciel, pleines de je ne sais quel sel d'argent, dans l'espoir que les nuages épuisent ailleurs leur force et arrivent adoucis. Quel argent me demandais-je alors, celui qui sert à payer ? L'orage s'est éloigné sans que je m'en rende compte, ses grondements et ses éclairs, au loin, sont devenus aimables.