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Auteur : Roxana Robinson
Traducteur : Julie Sibony
Date de saisie : 12/09/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Buchet Chastel, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-283-02398-3
GENCOD : 9782283023983
Sorti le : 02/09/2010
Julia, prof d'art à New York, se repose avec ses parents, un père pénible et une maman qui perd la mémoire.
Quand son fils aîné lui apprend que son fils cadet se drogue, sa vie bascule. Mais Julia veut s'en sortir et aider son fils.
Chaque personnage de ce roman nous est cher, ils sont tous étudiés à la loupe, mais aucun ne nous ennuie. L'auteur sait nous captiver et nous entrons par la petite porte dans la vie de cette famille. On a envie d'aller l'aider. La drogue fait des dégâts énormes, cela on le sait, mais la plume de Roxana Robinson les atténue.
Une famille américaine banale : des grands-parents vieillissants, conscients de perdre pied peu à peu, leur fille divorcée au bout de quelques années de mariage et qui a gardé de bons rapports avec son ex-mari avec qui elle a eu deux fils : Steven et Jack. Cette famille va vivre l'enfer, en découvrant la dépendance de Jack, 22 ans, à l'héroïne. Ce livre est vraiment "toxique", parfois même étouffant. Et pourtant... Et pourtant on ne peut pas s'empêcher de le dévorer et de développer pour cette famille malmenée, une forme d'addiction émotionnelle.
Cet été-là, Julia Lambert, professeur d'art à New York et artiste peintre, accueille ses parents dans sa petite maison vétusté du Maine, au bord de l'Atlantique. Elle tient à s'occuper de son père, un ancien neurochirurgien autoritaire, et de sa mère, toujours heureuse et stoïque, qui perd inexorablement la mémoire. Quand Julia apprend de Steven, son fils aîné, que Jack, son cadet, se drogue à l'héroïne, elle s'effondre.
Héroïne, le mot résonne avec incrédulité et angoisse dans cette famille cultivée, tolérante et sans histoire de la bourgeoisie américaine, et rend toxiques ces jours de vacances. Julia met tout en oeuvre pour arracher son fils, esclave du velours noir que l'enfer de ses veines réclame goulûment, au danger et a une mort certaine. Elle rassemble autour de lui, pour une improbable médiation, outre ses parents et Steven, Wendell, son ex-mari, Harriet, sa soeur complexée, et Ralph, un ancien héroïnomane devenu spécialiste de la désintoxication.
Mais en s'invitant avec fracas au coeur d'une famille confrontée pour la première fois à l'addiction, l'héroïne convie aussi le blâme, la rage, la honte, les regrets et ravive d'intimes blessures, la tragédie de Jack fera voler en éclats les non-dits du cercle familial et révélera les tailles de chacun sous les apparences du bonheur. Et s'il est vrai que le bonheur a un prix, pourquoi Jack serait-il le seul a en payer le lourd tribut ?...
Journaliste et critique littéraire, Roxana Robinson est l'auteur de quatre romans, de plusieurs recueils de nouvelles et d'une biographie de Georgia O'Keeffe. Elle vit à Manhattan et enseigne l'écriture à la New School de New York.
Roxana Robinson, professeur d'écriture à la New School de New York, a publié plusieurs recueils de nouvelles, une biographie de Georgia O'Keeffe et quatre romans. Le dernier, paru aux Etats-Unis en 2008, Jours toxiques, vient d'être traduit avec bonheur en français. Dans ce gros livre, Roxana Robinson décrit longuement le parcours biographique de chaque personnage, et pourtant on ne s'ennuie jamais tant tout est pertinent, subtil, documenté.
Elle perdait la mémoire.
Katharine s'en rendit compte avec un léger choc, comme un courant d'air dans sa tête. Elle était dans la chambre jaune de la maison de sa fille, dans le Maine, debout devant la commode, en train de se préparer pour le déjeuner. Elle avait tout juste fini de se coiffer, de lisser ses cheveux en arrière pour les rassembler en un modeste chignon et de planter les petits peignes qui permettaient de le maintenir en place. Elle n'avait presque plus besoin des peignes, à présent, car ses beaux cheveux longs - encore noirs, pour la plupart - étaient devenus si fins et clairsemés qu'ils ne s'échappaient plus dans tous les sens. Mais la vanité, comme d'ailleurs la beauté, est en partie une question d'habitude, et Katharine continuait à enfoncer soigneusement les peignes dans sa chevelure dégarnie, même si désormais ils glissaient facilement et se perdaient sous les meubles ou dans les motifs des tapis.
Les cheveux tirés avec les peignes placés tant bien que mal, Katharine chercha des yeux son foulard. C'était un vieux carré en coton tout doux, à l'imprimé de cachemire bleu. Elle l'avait porté un jour à un anniversaire et, l'espace d'un instant, dans la chambre d'amis de sa fille aux murs jaunes délavés, avec les rayons du soleil qui frappaient obliquement les lattes usées du parquet, l'idée du foulard et celle de l'anniversaire semblèrent se confondre en une seule. Elle eut brusquement l'impression que la fête battait son plein autour d'elle - un brouhaha de voix, de rires, un feu de cheminée -, la sensation du plaisir d'être avec ces gens, bien qu'elle ne sût de qui il s'agissait. Des tasses à moka vertes, le tintement des petites cuillères, une grande lampe en cuivre près de la cheminée..., à moins que ce ne soit encore un autre endroit.
Elle s'efforça de se remémorer la scène plus en détail, mais en vain ; elle ne parvenait pas à atteindre mentalement ce moment. Immobile devant la commode, elle laissait son esprit tâtonner dans le noir. Il ne lui restait aucun autre souvenir de cette fête : en l'honneur de qui elle avait eu lieu, quand, où. Toutes ces données simples et concrètes, tels les clous qui auraient dû arrimer cet événement au reste de sa vie, avaient disparu. Ce lieu où l'avait transportée sa mémoire s'était évanoui, effacé comme de la buée sur une vitre. Au-delà, c'était l'inconnu.
D'autres choses à part cette fête disparaissaient aussi : les noms et les endroits qui comptaient pour elle, les liens familiers qui tissaient son passé. C'était arrivé progressivement, comme si des bouts de son esprit se détachaient et partaient à la dérive, telles des plaques de glace sur un fleuve. Elle ne pouvait rien y faire, elle n'avait pas envie d'y penser.
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