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Auteur : Amanda Boyden
Traducteur : Olivier Colette | Judith Roze
Date de saisie : 04/10/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Terres d'Amérique
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782226215277
GENCOD : 9782226215277
Sorti le : 18/08/2010
«Nous aimons un lieu qui ne peut être sauvé par des digues. Nous sommes des losers de génie. Mais, bien sûr, ceux d'entre nous qui vivent à Uptown, sur Orchid Street, ne le savent pas encore. Nous n'avons rendez-vous avec Katrina que dans un an.»
Placé sous le signe du chaos, le roman d'Amanda Boyden, traduite pour la première fois en français, restitue l'âme et l'atmosphère de La Nouvelle-Orléans. À la manière d'un photographe, la romancière fixe son regard sur la rue d'un quartier populaire de la ville, Orchid Street, dont elle observe la vie pendant une année. À travers les voix de plusieurs habitants, c'est un paysage social et intime, mais aussi une Amérique fissurée par les différences de race et de classe qu'elle saisit. Cette étonnante capacité à s'emparer du réel tout en tissant une trame romanesque complexe est l'une des forces de ce magnifique roman dont la véritable héroïne demeure La Nouvelle-Orléans, à la fois superbe et décadente, débordante d'énergie et de sensualité.
«Les voix d'Amanda Boyden sont celles d'une Babylone américaine qui bataille et prend la vie à bras le corps, les délices comme les désastres.»
Publishers Weekly
Née dans le Minnesota, Amanda Boyden a passé une grande partie de sa vie à Chicago et Saint-Louis. Elle enseigne aujourd'hui l'écriture à l'université de La Nouvelle-Orléans, où elle vit avec son mari, l'écrivain canadien Joseph Boyden.
En attendant Babylone, son deuxième roman, est en cours de traduction dans plusieurs pays.
Ahurie comme "les énormes poissons-chats aux yeux gros comme des assiettes à dessert" qui se blottissent dans sa boue molle, La Nouvelle-Orléans pue, sue, grouille et palpite sous la plume musicale d'Amanda Boyden (Mme Joseph Boyden), véritable princesse de la future Babylone américaine...
En quittant ce texte plein de swing, mélancolique - "Do you know what it means, to miss New Orleans ?", chantaient Armstrong et Holiday -, on peut estimer que, oui, on sait ce que c'est que d'avoir le mal de La Nouvelle-Orléans selon Boyden.
Il suffit d'un accident idiot pour que tout dérape dans cette cité vibrante de musique quand les fanfares passent dans les rues... En attendant Babylone n'est pas la simple chronique d'un «lieu qui ne peut être sauvé par des digues», mais le roman d'une ville étouffante et sensuelle en train de se fissurer. A La NouvelleOrléans, la menace n'est jamais loin, et tous les habitants d'Orchid Street le savent, ils y sont préparés, instinctivement, depuis toujours.
Assis dans la caisse, Fearius regarde vers chez Stumps. Viande en barquette-Riz frit-Boissons fraîches, qu'ils ont peint sur la boutique. Fearius se ferait bien un soda à la fraise. À l'orange. Il aime mieux les sodas quand ils fument de l'hydropo, mais Alphonse est déjà dedans, en train d'acheter des bières, et Fearius est dans la dèche, sec comme un joint. La taule pour mineurs, sûr que ça paye pas.
Mais Fearius a la patience. Il a appris. Il a attendu d'avoir quinze ans et plus au trou, attendu quatre mois scotché là-dedans. Quand il a enfin eu l'âge d'avoir le permis, il était bouclé à Baby Angola sans rien à faire rouler. Maintenant, va falloir qu'il en taxe un jusqu'à l'examen. Peut-être même qu'il s'en payera un. Pourquoi faut qu'il passe son permis alors qu'il conduit depuis qu'il a douze ans, ça le dépasse. Il va reprendre sans tarder le boulot, retrouver la bande, et dans deux, trois semaines max, il se sera remplumé.
Fearius fait valser l'arbre en carton suspendu au rétro, qui sent la piña colada, essuie son crâne rasé avec son bandana. Il ouvre la boîte à gants et tâte le Glock d'Alphonse. Jolie prise, la classe. Sale odeur de pétards.
Alphonse sort de chez Stumps et file à Fearius une Colt 40 dans du papier brun, le cul humide, suant. Y a tout qui sue. La queue de Fearius sue dans son caleçon.
«Tu veux ?» lance Alphonse à propos du Glock. Ou de la bière.
«Pas pour rien», répond Fearius à propos des deux.
Alphonse bouge la tête, grimpe, prend le Glock et le fourre dans son froc.
Encore deux heures avant que Shandra sorte du taf. Shandra dit qu'elle a une copine. Fearius a besoin grave d'une copine. Il va se prendre vite fait une copine, qu'il a dit à Alphonse. «Sois patient», a répondu Alphonse. Fearius se souvient que la patience, il connaît. Et Alphonse a le Glock. N'empêche, la patience, c'est vachement plus facile avec un flingue.
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