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.. Où j'ai laissé mon âme

Couverture du livre Où j'ai laissé mon âme

Auteur : Jérôme Ferrari

Date de saisie : 02/09/2010

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-7427-9320-4

GENCOD : 9782742793204

Sorti le : 18/08/2010

Né après ce que l'on a longtemps appelé «les évènements d'Algérie», Jérôme Ferrari leur consacre un roman bouleversant.

Dans sa partie la plus passionnée, ce texte rapporte l'adresse que le lieutenant Andreani destine au capitaine Degorce pour lui dire son admiration déçue, et la haine qui s'y est insinuée. En effet, Andreani n'a survécu au camp où ils étaient prisonniers en Indochine que grâce à l'exemple et au soutien de son supérieur. Mais quand ils se retrouvent en 1957 à Alger, tous deux chargés d'obtenir par tous les moyens des renseignements sur les «insurgés», leur attitude diverge. Andreani accomplit sa tâche sans scrupules, parfait exécutant et exécuteur, retranché derrière ses valeurs : l'obéissance, l'efficacité, le souvenir de ses camarades tombés au combat, et, pourquoi pas, le sort des «supplétifs», ces harkis qu'on ne peut pas abandonner à une mort promise. Le capitaine Degorce, lui, est déchiré de doutes, bousculé dans sa foi, honteux de l'image qu'il pourrait donner à sa femme, à ses filles. Au point qu'il tisse avec Tahar, un commandant ennemi qu'il vient d'arrêter, des liens où se mêlent respect, fraternité, sympathie presque.

Emportée, colérique, indignée quand elle prête sa plume au lieutenant Andreani, l'écriture de Jérôme Ferrari se fait introspective, douloureuse, quand elle suit - à la troisième personne - les questionnements du capitaine Degorce. La grande force de ce livre tient certainement à la volonté de l'auteur de ne prendre parti pour aucun des deux protagonistes. Il ne s'agit pas pour lui, semble-t-il, de départager la vérité de l'erreur, mais bien de rentrer dans le coeur, et les tripes, de deux hommes noyés dans ce grand mensonge qu'a été la guerre d'Algérie.


De ces deux hommes, anciens frères d'armes en Indochine, on ne connaît quasiment rien, si ce n'est ce qui les oppose dorénavant : la nécessité de leur place de tortionnaire dans une guerre différente. Eux, les héros militaires, les survivants des camps indochinois, ont perdu leur position et en assume différemment le résultat réel et intérieur.
Le capitaine Degorce tergiverse, s'émeut, se perd. Le lieutenant Andréani poursuit, persiste, s'enfonce. Et le troisième personnage du livre, Tahar, opposant ultime et figure littéraire religieuse, achèvera les convictions des deux militaires.

Texte saisissant, essentiel, simplement beau.


D'une écriture tout en poésie, sans artifices, qui va à l'essentiel, Jérôme FERRARI s'en sert comme une arme pour mieux pénétrer l'atmosphère des geôles algéroises et dépeindre cet univers moite, sombre et menaçant où toutes les lois humaines sont bafouées rendant la vérité indiscernable et laissant l'âme prisonnière d'une logique implacable régissant la pensée et l'action.
Le capitaine André Degorce et le lieutenant Horace Andreani se retrouvent à Alger en 1957. Après avoir été, ensemble, deux victimes rescapées des camps de rééducation sous Hô Chi Minh, ils deviennent deux bourreaux pendant la guerre d'Algérie, utilisant la force, l'intimidation et la menace pour procéder aux arrestations de groupes indépendantistes algériens et obtenir des renseignements sur les réseaux.
Une même période de l'Histoire collective partagée par ces deux hommes et deux destins individuels qui s'opposent dans la conception des valeurs. Excellent texte, basé sur le dialogue dans lequel, deux consciences vont être confrontées aux frontières du bien et du mal, dont l'une, celle du capitaine Degorce va être réveillée par la conscience collective, l'Histoire, pour signifier au capitaine que son âme a été enfouie, sacrifiée au détriment de la beauté que symbolisent les décorations et les honneurs militaires.
Un texte philosophique, sensible, vrai et percutant


Le 18 août, sortie du nouveau roman de Jérôme Ferrari, Où j'ai laissé mon âme. A travers l'histoire de deux corses pendant la guerre d'Algérie, l'auteur tente de nous faire entrevoir l'inaccessible Vérité de l'homme, cherchant le Bien et voulant repousser le Mal, dans l'Enfer des aléas de l'Histoire...


  • Les présentations des éditeurs : 20/08/2010

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

1957. A Alger, le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani, avec lequel il a affronté l'horreur des combats puis de la détention en Indochine. Désormais les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d'Andreani, d'un tortionnaire à l'autre : les victimes sont devenues bourreaux. Si Andreani assume pleinement ce nouveau statut, Degorce, dépossédé de lui-même, ne trouve l'apaisement qu'auprès de Tahar, commandant de I'ALN, retenu dans une cellule qui prend des allures de confessionnal où le geôlier se livre à son prisonnier...

Sur une scène désolée, fouettée par le vent, le sable et le sang, dans l'humidité des caves algéroises où des bourreaux se rassemblent autour des corps nus, Jérôme Ferrari, à travers trois personnages réunis par les injonctions de l'Histoire dans une douleur qui n'a, pour aucun d'eux, ni le même visage ni le même langage, trace, par-delà le bien et le mal, un incandescent chemin d'écriture vers l'impossible vérité de l'homme dès lors que l'enfer s'invite sur terre.

Né à Paris en 1968, Jérôme Ferrari, après avoir été, durant quatre ans, professeur de philosophie au lycée international d'Alger, vit actuellement en Corse, où il enseigne depuis 2007.
Chez Actes Sud, il a publié trois romans : Dans le secret (2007; Babel, 2010), Balco Atlantico (2008) er Un dieu un animal (2009).



  • La revue de presse Emmanuel Hecht - Lire, septembre 2010

"Je me souviens de vous, mon capitaine, je m'en souviens très bien, et je revois encore distinctement la nuit de désarroi et d'abandon tomber sur vos yeux quand je vous ai appris qu'il s'était pendu"... Ainsi débute Où j'ai laissé mon âme , de Jérôme Ferrari, long monologue intérieur du lieutenant Andreani à l'adresse de son supérieur, - longtemps admiré, puis méprisé - le capitaine André Degorce, près de cinquante ans après la bataille d'Alger (1957)...
Jérôme Ferrari, auteur de plusieurs romans, dont Un dieu, un animal (Actes Sud, 2009), nous fait cadeau d'un récit lyrique sur "la honte d'être soi-même" et "l'impasse morale". Magistral, dostoïevskien.


  • La revue de presse Sabine Audrerie - La Croix du 2 septembre 2010

Dense et bouleversant, le cinquième roman de Jérôme Ferrari confronte un ancien officier des renseignements en Algérie et son lieutenant à leurs souvenirs et à leur conscience. Voir, céder, participer, laisser faire ou agir, que ce soit pour empêcher ou pour commettre... elles sont nombreuses et complexes les interrogations intimes qui pétrissent les personnages de Jérôme Ferrari. Ce n'est pourtant pas un livre cérébral ou psychologisant qu'il donne à lire, mais une réflexion dense et lyrique sur la mémoire, la culpabilité, la compassion, le devoir et l'honneur, à travers l'histoire du capitaine André Degorce, responsable du service de renseignements de l'armée française pendant la guerre d'Algérie. Maintenant son attention à des thèmes déjà étreints dans ses précédents romans (notamment dans Un dieu un animal, en 2009, où il était déjà question de guerres et de l'incapacité à revenir au monde après avoir plongé dans les ténèbres), l'écrivain publie l'un des meilleurs livres de cette rentrée.


  • Les courts extraits de livres : 20/08/2010

Je me souviens de vous, mon capitaine, je m'en souviens très bien, et je revois encore distinctement la nuit de désarroi et d'abandon tomber sur vos yeux quand je vous ai appris qu'il s'était pendu. C'était un froid matin de printemps, mon capitaine, c'était il y a si longtemps, et pourtant, un court instant, j'ai vu apparaître devant moi le vieillard que vous êtes finalement devenu. Vous m'aviez demandé comment il était possible que nous ayons laissé un prisonnier aussi important que Tahar sans surveillance, "vous aviez répété plusieurs fois, comment est-ce possible ? comme s'il vous fallait absolument comprendre de quelle négligence inconcevable nous nous étions rendus coupables - mais que pouvais-je bien vous répondre ? Alors, je suis resté silencieux, je vous ai souri et vous avez fini par comprendre et j'ai vu la nuit tomber sur vous, vous vous êtes affaissé derrière votre bureau, toutes les années qu'il vous restait à vivre ont couru dans vos veines, elles ont jailli de votre coeur et vous ont submergé, et il y eut soudain devant moi un vieil homme à l'agonie, ou peut-être un petit enfant, un orphelin, oublié au bord d'une longue route désertique. Vous avez posé sur moi vos yeux pleins de ténèbres et j'ai senti le souffle froid de votre haine impuissante, mon capitaine, vous ne m'avez pas fait de reproches, vos lèvres se crispaient pour réprimer le flux acide des mots que vous n'aviez pas le droit de prononcer et votre corps tremblait parce que aucun des élans de révolte qui l'ébranlaient ne pouvait être mené à son terme, la naïveté et l'espoir ne sont pas des excuses, mon capitaine, et vous saviez bien que, pas plus que moi, vous ne pouviez être absous de sa mort. Vous avez baissé les yeux et murmuré, je m'en souviens très bien, vous me l'avez pris, Andreani, vous me l'avez pris, d'une voix brisée, et j'ai eu honte pour vous, qui n'aviez même plus la force de dissimuler l'obscénité de votre chagrin. Quand vous vous êtes ressaisi, vous m'avez fait un geste de la main sans plus me regarder, le même geste dont on congédie les domestiques et les chiens, et vous vous êtes impatienté parce que je prenais le temps de vous saluer, vous avez dit, foutez-moi le camp, lieutenant ! mais j'ai achevé mon salut et j'ai soigneusement effectué un demi-tour réglementaire avant de sortir parce qu'il y a des choses plus importantes que vos états d'âme. J'ai été heureux de me retrouver dans la rue, je vous le confesse, mon capitaine, et d'échapper au spectacle répugnant de vos tourments et de vos luttes perdues d'avance contre vous-même. J'ai respiré l'air pur et j'ai pensé qu'il me faudrait peut-être recommander à l'état-major de vous relever de toutes vos responsabilités, que c'était mon devoir, mais j'ai vite renoncé à cette idée, mon capitaine, car il n'existe pas d'autre vertu que la loyauté.


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