Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Jean-Baptiste Del Amo
Date de saisie : 02/09/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782070129096
GENCOD : 9782070129096
Sorti le : 19/08/2010
Je n'ai pas lu le premier roman de Del Amo. Le deuxième, pour moi, est une première. Je l'aborde avec l'innocence de la découverte d'un auteur.
Sète, de nos jours. Armand et Louise, couple avec trois enfants.
Le caractère bien trempé d'Armand, Napolitain réfugié en France, va marquer chacun d'une empreinte indélébile. Louise souffrira en silence, les enfants auront peu d'espace de vie, leur envol sera chaotique mais décisif.
Deuxième essai, mais l'essai est marqué.
L'histoire pourrait être considérée comme commune mais Jean-Baptiste Del Amo en la transformant en un roman dense, captivant et émouvant confirme la réussite de son premier roman ("Une éducation libertine") : une journée d'une famille ordinaire sétoise mais les secrets familiaux recèlent leur singularité... Elle s'apprête à se réunir pour un premier dîner pris en commun après la mort d'Armand le père omnipotent, violent, craint de tous. L'attente de cette réunion incite chaque membre de la famille à se remémorer son passé, leur passé commun mais aussi le passé de la famille sur plusieurs générations ("Ainsi pensaient-ils, au jour du dîner, comme à travers un tunnel, une faille dans le temps qui les eût poussés au ressouvenir"). Chacun participe à la reconstruction de ce puzzle, pièce par pièce, à des rythmes différents, avec des reprises, des ajustements ? Au cours des trois chapitres, de la naissance (Nona) à la mort (Morta), les récits se chevauchent, s'entremêlent, s'éloignent pour mieux se réunir dans la description de l'intimité de chacun et de ses sentiments les plus profonds. Rien ne sera caché au lecteur, tout sera dévoilé, évènement après évènement, émotion après émotion... Louise la veuve prépare ce repas et attend Fanny la fille délaissée, sa rivale qui ne se remet pas de la mort de sa fille Léa, Jonas son fils adoré «malheureusement» homosexuel qui lui aussi pense encore à Fabrice son ancien compagnon et enfin Albin, son père tout craché, physiquement et psychiquement. Dans la difficulté à fonder une famille, l'amour et la mort se font face dans un combat qui semble déséquilibré... Un grand roman, d'une écriture raffinée et maîtrisée qui nous rappelle, comme une évidence, que «la vie a passé si vite».
«Quand tout sera terminé, vous douterez de moi, du souvenir qu'il vous restera de moi. Les choses sont ainsi, les vivants défigurent la mémoire des morts, jamais ils ne sont plus loin de leur vérité.»
Jean-Baptiste Del Amo est né à Toulouse. Il est actuellement pensionnaire de la villa Médicis à Rome. Le sel est son deuxième roman.
Stupeur ! Un génie d'un genre nouveau s'est glissé dans la plume de Jean-Baptiste Del Amo, et les mots qu'il lui souffle sont à ce point différents de ceux qui les ont précédés qu'un instant, le doute est permis : est-ce bien là le même auteur ? On l'avait quitté dans le ventre suffocant de Paris, suivant son ambitieux et désespéré Gaspard tout au long d'une étourdissante Education libertine (2008, Gallimard) ; on le retrouve dégonflé de l'épithète, épuré du verbe, dans Le Sel, un roman d'apparence plus anodin. D'apparence seulement, car en réalité, la mue est jolie...
Rien, ou presque. Une journée dans la vie d'une famille qui se prépare à se réunir le temps d'un dîner, à Sète. Les immersions successives dans les pensées de chacun, leurs souvenirs et leurs peurs, dessinent les contours d'une histoire commune. Les mots, plus sobres, moins saturés de cet élément sensoriel et organique qui faisait la force de son premier roman, trouvent une résonance intime.
Louise
Elle s'éveilla avec la certitude que les enfants dormaient encore. La perspective du dîner prit forme dans son esprit et, avec elle, la sensation de cette présence, celle des enfants dans leurs chambres à l'opposé du couloir, leurs corps réfugiés sous les couvertures.
Un jour filandreux se glissait par la fenêtre et se brisait à l'angle de la commode. L'aube baignait la chambre. De la maison, elle n'entendait pas le bruit des vagues, mais les cris des mouettes et des goélands lui parvinrent. Si les volets n'étaient pas rabattus et que le jour la trouvait allongée sur le flanc, le visage vers la fenêtre, l'une des premières images qu'elle percevait, sitôt qu'elle ouvrait les yeux, était le haut vol des oiseaux dans un carré de ciel sur le mur. Une traînée de nuages y hésitait parfois. Si les matins étaient gris, Louise y voyait comme un reflet de la mer, une écume qui pouvait être blanche ou même noire. Mais peu importent en réalité les entrées maritimes, les oiseaux ne cessent jamais de dominer la ville. Quoi qu'il arrive aux gens de la mer, ils éventrent le ciel indifféremment. Leur constance lui plaisait, rien ne pouvait perturber leurs circonvolutions. D'ordinaire, elle n'entendait pas leurs cris, l'habitude les fondait dans un décor sonore et familier, mais ils redoublaient de fureur ce matin-là pour parvenir à la tirer du sommeil. Peut-être le vent soufflait-il vers la maison, portant leur concert jusqu'à elle. Ou peut-être était-ce l'inquiétude du dîner qui, déjà, l'avait taraudée la nuit durant.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia