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.. Celles qui attendent

Couverture du livre Celles qui attendent

Auteur : Fatou Diome

Date de saisie : 18/11/2010

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Flammarion, Paris, France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-08-124563-1

GENCOD : 9782081245631

Sorti le : 25/08/2010

Les conditions de vie difficiles des émigrés dans la clandestinité et l'exil, loin des leurs, ont été souvent abordées en littérature, avec leur cortège d'espoirs, leurs rêves d'eldorados improbables, leurs désillusions au fil du temps qui passe. Les victimes, c'étaient eux, débarqués quelque part au sud de l'Italie ou de l'Espagne. Avec Fatou Diome - et sans atténuer le moins du monde leur chemin de croix - l'originalité du récit de Celles qui attendent tient dans l'évocation de ces femmes qui sont restées au pays. Épouses ou mères, réduites à la dépendance, à l'attente incertaine, au silence, au manque d'amour, à la solitude. Elles portaient jusqu'au fond des pupilles des rêves gelés, des fleurs d'espoir flétries et l'angoisse permanente d'un deuil hypothétique; mais quand le rossignol chante, nul ne se doute du poids de son coeur. Longtemps, leur dignité rendit leur fardeau invisible. Tous les suppliciés ne hurlent pas.

Cela se passe sur l'île de Niodior, au large du Sénégal, où l'auteur a vu le jour. Arame vit aux côtés d'un mari aigri qu'elle ne s'est pas choisi, qui pourrait être son père, dont la déchéance physique augmente encore ses rancoeurs : Figés dans la haine, comme deux prisonniers s'accusant réciproquement du même crime, mais condamnés à partager la même cellule. Son amie Bougna, quant à elle, vit très mal son statut de seconde épouse dont la progéniture ne connaît pas la réussite des enfants de la première. Quand le flacon est brisé, seuls les effluves du parfum demeurent. Maintenant que la deuxième épouse avait perdu les appas de sa jeunesse, le mari comprit très vite que sa première était d'une bien meilleure essence. Son tempérament placide en faisait naturellement un refuge idéal pour un homme vieillissant, fatigué des affres de l'amour.

Elles persuadent leurs fils respectifs, Lamine et Issa, que pour leur propre avenir et celui de leurs familles, il leur faut partir en Europe afin de trouver du travail, gagner de l'argent avant de revenir au pays, la réussite au bout de leurs souliers. Ils accueillirent la proposition des deux femmes comme une libération, car chacun d'eux redoutait le fait d'avoir à annoncer un voyage aussi risqué à sa mère. Soulagés et heureux de se savoir ainsi soutenus, leur futur départ pour l'Europe devint leur seul horizon. Pour une durée indéterminée, ils abandonnent ainsi dans l'île leurs épouses, Coumba et Daba...

Chronique sociale autant que portrait de familles attachant qui cerne avec beaucoup de réalisme et parfois d'humour ce coin de terre voué à l'indigence, Celles qui attendent est aussi un réquisitoire contre les méfaits de la polygamie et autres manifestations d'une société à l'africaine, construite par et pour les hommes. Fatou Diome, au passage, règle aussi quelques comptes avec cet ailleurs où l'herbe paraît si verte et plein d'espoir, alors que sans éducation ni instruction, on n'y est rien du tout. Enfin, elle pointe du doigt une certaine mentalité européenne en mal d'exotisme, compréhensive mais condescendante dont la fille de porcelaine avec laquelle Issa débarque un beau jour dans l'île, est la plus détestable illustration.

Servie par une écriture riche en couleurs qui verse rarement dans l'excès ou la complaisance, Fatou Diome cerne avec ardeur et sincérité ce quotidien des femmes et d'un pays, le Sénégal que, malgré quelques coups de griffes, elle aime tant et lui voudrait une perspective d'avenir plus salutaire.


L'Afrique de Fatou Diome est une contrée de femmes qui sont l'honneur du pays. Les mots sont forts.

Arame et Bougna, mères de garçons partis en pirogue pour l'Europe, attendent. Elles attendent des nouvelles, de l'argent, leur honneur sauvé... Elles attendent, comme leurs brus, qui elles attendent l'amour, le bonheur.

Le chemin sera long. Fatou Diome ne nous lâche pas la main ni le coeur. Le style est drôle, vivant, tendre et triste quelquefois, mais si vrai.


Fatou Diome a choisi un axe singulier pour dresser le portrait d'une Afrique contemporaine toujours aussi liée à l'Europe. Avec sa fougue, elle met en avant quatre femmes demeurées au Sénégal, quatre femmes de deux générations qui attendent, avec fatalisme ("mektoub"), leurs maris, leurs fils, les mandats, les appels téléphoniques, l'argent, les nouvelles, la prochaine femme de leurs maris ou de leurs fils, la prochaine naissance... Arame et Bougna sont les mères de deux clandestins partis pour l'Europe alors que Coumba et Daba sont les épouses des deux émigrés. Une vie d'attente mais une vie cependant, même si le poids des traditions continue de les orienter, des vies qui s'écoulent lentement loin des émigrés. Des vies douloureuses sans grand espoir conditionnées par l'attente que Fatou Diome décrit avec lucidité, toujours avec un style vif et maîtrisé agrémenté de nombreux proverbes et dictons qui facilitent l'immersion du lecteur dans le quotidien de ce continent attachant et envoûtant où les difficultés et douleurs des femmes demeurent permanentes et insistantes...


  • Le journal sonore des livres : Lu par Fatou Diome - 14/12/2010

Une courte lecture de Fatou Diome


  • Le journal sonore des livres : Lu par Fatou Diome - 10/12/2010

Fatou Diome au micro de Jean Morzadec


  • Les présentations des éditeurs : 01/12/2010

Arame et Bougna, mères de Lamine et Issa, clandestins partis pour l'Europe, ne comptaient plus leurs printemps; chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui tenait la demeure sur les galeries creusées par l'absence.
Coumba et Daba, jeunes épouses des deux émigrés, humaient leurs premières roses : assoiffées d'amour, d'avenir et de modernité, elles s'étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix.
La vie n'attend pas les absents : les amours varient, les secrets de famille affleurent, les petites et grandes trahisons alimentent la chronique sociale et déterminent la nature des retrouvailles. Le visage qu'on retrouve n'est pas forcément celui qu'on attendait...

Fatou Diome est née au Sénégal. Elle arrive en France en 1994 et vit depuis à Strasbourg. Elle est l'auteur d'un recueil de nouvelles La Préférence nationale (2001) ainsi que de trois romans, Le Ventre de l'Atlantique (2003), Kétala (2006) et Inassouvies, nos vies (2008).


  • Les courts extraits de livres : 01/12/2010

Arame et Bougna étaient de la même classe d'âge, elles se connaissaient depuis toujours, comme presque tout le monde sur la petite île. Mais c'est après leur mariage qu'elles devinrent amies, lorsqu'elles se retrouvèrent voisines de quartier. Ce n'était pas dit et ce n'était écrit nulle part non plus, mais elles semblaient respecter un code leur interdisant tout isolement. Peut-être avaient-elles flairé qu'un vis-à-vis avec sa propre ombre pouvait s'avérer aussi redoutable qu'un tête-à-tête avec un loup-garou.
Elles se retrouvaient pour aller aux champs ou aux puits. C'était également ensemble qu'elles poussaient leur barque sur les flots, serpentaient le long des bras de mer et allaient couper ce bois de palétuvier qu'elles jugeaient de meilleure qualité pour la cuisine. Un foulard autour de la taille, elles pataugeaient dans la boue, se faufilaient entre les branches, les coups de coupe-coupe rythmaient leur souffle, jusqu'à ce que les fagots remplissent la barque à ras bord. Alors, elles bravaient les courants de la marée haute et ramaient jusqu'au village, heureuses du résultat de leur rude journée. De ce corps à corps avec la nature, elles ne revenaient jamais sans plaie, car la nature ne donne jamais sans prendre quelque chose en échange : les morceaux de bois enfouis dans la vase leur lacéraient les pieds, les branches lézardaient leurs bras. Mais ce bois, c'était leur gaz, leur pétrole, leur seul combustible. Il leur fallait donc renouveler cette pénible besogne et tant pis si, chaque fois, leur chair meurtrie prenait des semaines à s'en remettre. Comme leurs mères et leurs grands-mères avant elles, elles alimentaient la flamme de la vie et offraient à l'île le spectacle qu'elle avait toujours connu : un combat, où il n'y avait rien d'autre à gagner que le simple fait de rester debout. Il fallait lutter, elles luttaient, vaillamment. Portées par la douceur de l'amour et la persévérance qu'exige le devoir, Arame et Bougna travaillaient sans relâche et veillaient sur leur grande famille comme si de rien n'était.


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