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Auteur : Jérôme Ferrari
Date de saisie : 20/08/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Babel, n° 1022
Prix : 7.00 € / 45.92 F
ISBN : 9782742792993
GENCOD : 9782742792993
Sorti le : 16/08/2010
Il y a bien longtemps que, toutes les nuits, Antoine, la quarantaine, se défait de son costume d'époux et de père de famille modèles pour succomber, dans le bar dont il est propriétaire en Corse, à la tentation de l'alcool et, bien souvent, du sexe - au plus loin de l'amour. Prononcée par sa femme, au beau milieu d'une étreinte conjugale, une phrase énigmatique fait exploser l'hypocrite dispositif sur lequel repose son existence, et le contraint à un impossible examen de conscience. Dans son désarroi, Antoine se tourne alors vers Paul, son frère cadet, qui vit retiré dans la maison de village familiale où il s'est réfugié après une expérience parisienne calamiteuse...
Sur la filiation et la mémoire, sur l'innocence et la faute, sur la toxicité des rêves, sur l'impossible choix entre sexualité païenne et vénération amoureuse, sur les noces à jamais contrariées entre l'esprit de l'homme et le monde qu'il habite, Jérôme Ferrari propose, avec ce roman ardent et rebelle, une variation somptueuse.
Né à Paris en 1968, Jérôme Ferrari vit en Corse, où il enseigne la philosophie. Chez Actes Sud, il a publié trois autres romans : Balco Atlantico (2008), Un dieu un animal (2009, prix Landerneau) et Où j'ai laissé mon âme (2010).
Le rêve commence toujours ainsi : il a un travail urgent à finir mais il ne peut plus se rappeler lequel. Debout dans la cour de sa maison, il tient une fourche sans avoir la moindre idée de ce qu'il doit en faire. Du fond de son indécision, il regarde ce crépuscule obstiné qui pend au-dessus du golfe depuis des heures et ne laisse pas tomber la nuit. Il entend le silence qui coule comme de la gelée par la porte ouverte de la maison à la place des voix familières. Il va se dire que quelque chose ne va pas quand son attention est attirée par l'aspect de la terre : elle est rouge mais il comprend que le soleil sur l'horizon n'en est pas la seule cause. Un liquide épais suinte autour de ses chaussures comme d'une éponge qu'on presse. Dans les racines des lauriers roses, il aperçoit d'abord une main d'enfant, et puis partout autour de lui, remontant à la surface du sol, des membres, des chairs, des ligaments et des viscères écarlates qui exhalent un parfum de fleurs et de basilic, comme les stigmates des saints - et il se rappelle en quoi consiste son travail. Il ne sait plus avec précision depuis combien de temps il enterre ses victimes dans cette cour mais il peut facilement deviner que c'est sans doute depuis toujours et qu'aujourd'hui la terre ne peut plus garder leurs restes. Il comprend aussi qu'il n'entendra plus la voix des siens et il peut même se revoir, comme de l'extérieur, passer d'une pièce à l'autre de la maison, les yeux pleins de larmes, avec sa fourche, et y installer le silence. Il ne sait pas pourquoi il a fait ça, il ne sait pas pourquoi il n'en éprouve rien d'autre qu'une forme obscure de confusion et il s'acharne soudain sur les morceaux de cadavres, en vain, chaque coup de fourche faisant jaillir à la surface de nouveaux quartiers de viande jusqu'à ce qu'il patauge dans une boue humaine si dense qu'il finit par se réveiller en sueur.
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