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Auteur : Anne Delaflotte Mehdevi
Date de saisie : 21/09/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gaïa, Monfort-en-Chalosse, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-84720-174-1
GENCOD : 9782847201741
Sorti le : 01/09/2010
Peut-être aviez-vous lu le premier roman de cet auteur, "La relieuse du gué" ?... Le second m'a subjuguée !
Clothilde, maman de 4 enfants est appelée par la maîtresse de Madeleine. L'enfant s'est enfuie de l'infirmerie. Clothilde, accompagnée de son chien Beau, va l'appeler et la retrouver. Mais à force de crier son nom, elle y laissera sa voix.
Comment assurer le quotidien avec une maman sans voix ? Les enfants s'en amusent, une ardoise pour parler change la vie ! Mais Vincent, son mari pilote, ne trouve pas ça drôle.
La phoniatre propose à Clothilde de chanter pour travailler sa voix, et elle y parvient. Elle peut chanter, mais ne parle toujours pas.
En lisant ce roman, on ne peut qu'aimer Clothilde, son combat pour rendre sa famille heureuse, et elle pour s'affirmer dans sa voie.
Anne Delaflotte Mehdevi m'a conquise. Cette histoire toute simple nous révèle que le courage est de tous les jours. Amour, passion et art : tout nous enchante.
Clothilde et Vincent vivent dans un petit village de Bourgogne avec leurs quatre enfants et Beau le montagne des Pyrénées. Le jour de la rentrée scolaire, elle est seule avec Beau et écoute la musique qu'elle adore. Pourtant la vie de Clothilde bascule après le coup de téléphone qui retentit : la maîtresse de l'école la prévient que Madeleine s'est échappée par une fenêtre de l'école et a fugué. Clothilde est terrorisée et part à sa recherche, crie, hurle le prénom de sa fille et sa détresse. Aidée de Beau, elle retrouve rapidement la petite fille saine et sauve, mais perd sa voix (dysphonie spasmodique : «altération de la voix due à des spasmes des muscles du larynx»). «Fugue» raconte comment Clothilde va appréhender cette situation singulière dans sa vie et adapter sa communication avec ses proches. Situation d'autant plus atypique, que, si elle ne peut parler, elle chante. Passionnée par la musique, elle en profite pour prendre des cours de chant et affirmer sa voix (m ais pas seulement). Affirmer sa voix, s'affirmer en tant qu'être humain et femme. Elle refuse les traitements médicaux qui remédierait à sa perte de parole et commence une nouvelle vie, devient une autre femme. Son entourage réagit diversement à ses choix, elle était mère et femme quasiment exclusivement au service des autres, elle devient en plus chanteuse lyrique et assouvit sa passion pour la musique. Un superbe, émouvant et réconfortant portrait de femme qui par la musique et le chant saura trouver le chemin qui mène au bonheur.
Je chante, donc je suis.
Avec son deuxième roman, Anne Delaflotte Mehdevi transforme Bach en anti-dépresseur et la fugue en une retrouvaille - Une belle «ballade des gens heureux» !
Dans une petite bourgade de Bourgogne, c'est le premier jour de rentrée scolaire pour les jumeaux et le dernier pour Clothilde, leur maman. Pourtant, c'est Mathilde, sa deuxième qui s'enfuit de l'école. Clothilde hurle son nom le long de la rivière. Jusqu'à la retrouvée, évanouie mais saine et sauve. Jusqu'à en perdre sa voix. Refusant les traitements chimiques, se heurtant à l'incompréhension de son entourage familial et amical, elle opte alors pour sa passion : le chant. Car, si sa voix parlée reste atone ou essoufflée, sa voix chantée est puissante et belle.
Grâce à une construction romanesque pleine de finesse, Anne Delaflotte Mehdevi montre la progression inéluctable de la situation, à la fois désenchantée et pleine d'espoir. Elle plonge alors dans le quotidien de Clothilde, qui, tel une anamorphose qu'on ne comprend pas, se modifie et bouleverse celui des autres. Et, avec minutie, elle saisit ces moments fugaces où tout bascule. D'illusions en déceptions, de conflits en réconciliations, elle décrit des personnages, à l'omnipotence fragile et au caractère certes orgueilleux, mais toujours poignant. L'humanité qu'elle leur prête est telle qu'on ne peut que leur pardonner leurs erreurs. Et, au centre, se débat Clotilde, une perfectionniste capricieuse, mais surtout une faiseuse de liens malgré son mutisme. L'auteur a l'art d'entremêler judicieusement écriture, amours et musique créant ainsi, une atmosphère très sensuelle et sensitive. Car ce n'est pas une histoire qui se dit, mais se lit et se chante. Une histoire où les sens son t démultipliés. L'odorat synonyme de son amie, parfumeuse ; le touché symbole de sa relation maritale ; et l'ouïe emblème de l'univers de Clothilde. Petit bémol, l'auteur, férue de musique, sursoit un peu trop son récit de professionnalisme, l'alourdissant de termes empruntés au solfège. Mais, l'auteur semble si fascinée par le pouvoir de la musique à guider le coeur, que nous sommes presque enchantés de ces rares moments de «silences» imposés. Dans ce deuxième roman, elle nous montre surtout pourquoi la musique est importante, là où les mots sont indicibles ou inaudibles. Comme une partition porte le rythme et la mélodie d'une musique, la narration est sublimée par ses phrases vibrantes et sonores : le chant se fait porteur du sens de la vie, son roman celui de la vie de Clothilde. «Dans la musique il y a tout», la musique éveille, affûte, apaise et nourrit. Dans Fugue, il y a le renouveau de Clothilde grâce à la musique. Et, point d'orgue du roman, Anne Delaflotte Mehdevi ne donne pas à entendre seulement un refrain sur l'émancipation d'une femme, mais surtout la comptine de la libération d'une mère de famille qui devient mère, femme et chanteuse. Un livre émouvant et captivant, frais comme un triolet interrompant une blanche pointée.
Anne Delaflotte Mehdevi au micro de Jean Morzadec
Madeleine s'enfuit de l'école le jour de la rentrée. Sa mère, folle d'angoisse, crie son nom le long de la rivière. L'enfant est saine et sauve, mais Clothilde y perd la voix. Sa voix du quotidien, sa voix de mère, de fille, d'amie et d'amante lui fait désormais défaut.
Clothilde consulte, se refuse aux traitements, se heurte à l'incompréhension de tous. Et, contre toute attente, prend des cours de chant. La voix chantée de Clothilde est belle, sublime même. Passionnée de musique depuis l'enfance, comment pourrait-elle se détourner de ce talent qui affleure ? Un portrait de femme d'une tonalité bouleversante.
Anne Delaflotte Mehdevi est née en 1967 à Auxerre. Elle grandit près de Saint-Sauveur-en-Puisaye où est née Colette. Elle suit des études en droit international et diplomatique et pratique le piano et le chant lyrique. Depuis 1993, elle vit à Prague où elle exerce le métier de relieur, parallèlement à son travail d'écrivain. Après La relieuse du gué (Gaïa, 2008), Fugue est son second roman.
Clothilde était au jardin, elle y taillait un buis auquel elle donnait une forme ronde. La musique, qui lui parvenait du salon par la baie laissée ouverte, accompagnait son geste, précis et délicat, du bout des lames. L'Art de la fugue en était au XIVe contrepoint. Quand la musique de Bach cessa au milieu de cette partition dont il n'avait pas écrit la fin, Clothilde continua à sculpter dans le silence.
Concentrée sur l'arbuste, elle ne perçut d'abord que les mouvements de va-et-vient impatients de son chien blanc sur le fond vert des charmilles. Elle se redressa pour en chercher la cause et c'est alors qu'un filet de brise lui fit parvenir l'appel. Elle s'extirpa du dédale de parterres de fleurs rampantes qu'elle laissait empiéter sur les allées et décrocha enfin. C'était juste avant midi, jour de rentrée scolaire.
La directrice de l'école demandait à la jeune mère de venir la rejoindre de toute urgence. Clothilde pensa que quelque chose n'allait pas avec ses jumeaux. Adèle avait-elle déclaré la guerre à l'institution ? Dès sa première rentrée ? Elle siffla Beau et le grand chien blanc des Pyrénées se colla comme une ombre à sa maîtresse. Ils s'engouffrèrent dans la voiture pour rejoindre l'école. Quittant les hauteurs du village pour gagner le pied de la colline à l'opposé du bourg, Clothilde nota en bas dans la plaine un banc de brouillard toujours accroché au lit de la rivière, une traîne blanche, comme un cumulus tombé des nues.
Devant l'école, attendait la directrice, le dos voûté, les mains nouées l'une à l'autre. Noués les doigts de cette femme, nouvelle ici, qui voulait que l'on mît Beau en laisse. Mettre Beau en laisse !
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