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.. La montagne de minuit

Couverture du livre La montagne de minuit

Auteur : Jean-Marie Blas de Roblès

Date de saisie : 20/12/2010

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Zulma, Honfleur, France

Collection : Littérature française

Prix : 16.50 € / 108.23 F

ISBN : 978-2-84304-520-2

GENCOD : 9782843045202

Sorti le : 19/08/2010

Bouddhisme, histoire de rêve réalisé, de paternité symbolique, recherche de vérité, le roman se fait philosophie et propose que les regards se croisent, et laissent le lecteur libre de ses choix, lui aussi.


Pas facile de reprendre la plume après un chef-d'oeuvre... Là où les tigres sont chez eux, le précédent livre de Jean-Marie Blas de Roblès (Prix Médicis 2008, voir notre site) passera sans nul doute à la postérité comme l'un des plus beaux romans français de ce début de siècle. Sa profondeur, sa profusion, son invention formelle n'ont pas encore dévoilé tous leurs secrets ; comme tous les grands livres, celui-ci commence à peine sa seconde carrière silencieuse, sa lente maturation dans l'esprit des lecteurs, tel le bon vin qui repose ? Mais pour l'auteur lui-même, hanté par ses démons, il n'y a pas de silence, pas de répit qui tienne, et un seul livre compte : le suivant.

La Montagne de minuit fait moins de deux cents pages et commence sotto voce comme une étude de moeurs lyonnaises... Blas de Roblès aurait-il choisi la concision après la logorrhée, la modestie après la mégalomanie, l'épure après l'extravagance ? Voire. Cette Montagne n'est pas la souris que l'on aurait pu craindre en comparant l'épaisseur des deux opus : on y retrouve, dans les descriptions de la colline de Fourvière ou des splendeurs exotiques du Jokhang, du Potala, ce style à la fois précis et chatoyant qui n'est pas sans évoquer Flaubert, et ce goût pour les dispositifs romanesques en trompe-l'oeil qui, d'un récit simple en apparence, font un mille-feuille intrigant et subtil. Les bégaiements de l'Histoire, de la barbarie nazie à l'occupation chinoise au Tibet, tissent, derrière la narration, une toile de fond inquiétante. Dans un «post-épilogue» borgésien à souhait, l'auteur nous entraîne de l'autre côté de miroir, interrogeant les rapports complexes qu'entretiennent Histoire et fiction. Et si le secret ultime de Bastien Lhermine était justement - qu'il n'y a pas de secret ? Pas d'autre, en tout cas, que celui de la littérature elle-même ?


Si la couverture n'évoque pas un mandala, c'est pourtant bien de cela dont il s'agit dans ce roman. Partir des apparences extérieures pour se concentrer sur les lumières vives de l'intérieur, voilà un défi d'écriture que Jean-Marie Blas de Roblès relève de son habileté désormais reconnaissable. En deux lignes il croque Lyon, l'une de ses rues, l'un de ses lycées, un gardien solitaire, son passé trouble, sa passion dévorante et le voisinage qui meuble l'immeuble. La poésie émane des inquiétudes, des contrariétés, des évènements qui font rebondir vers un ailleurs ou au contraire vers l'intérieur, au plus près. C'est ainsi que Bastien, gardien d'un lycée jésuite, va se tourner vers sa voisine, mère célibataire, et son fils de cinq ans, garçon sensible qui se fera narrateur une fois adulte, puis vers le fil rouge de sa vie, le coeur de son mandala : le Tibet. S'en suivra des changements inattendus, un voyage inespéré, une acceptation du temps qui passe et la vieillesse bienvenue.
Après l'aventure brésilienne de "Là où les tigres sont chez eux", Zulma nous livre ici un condensé de spiritualité apaisante. Vivement la rentrée 2011 !


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

Au coeur de ce roman, un personnage hors du commun : Bastien, gardien d'un lycée jésuite et secrètement passionné par tout ce qui concerne le Tibet et le lamaïsme. Tenu à l'écart de son voisinage pour d'obscurs motifs, le vieil homme vit plus solitaire qu'un moine bouddhiste.
L'aventure commence à Lyon, par la rencontre entre le vieux sage et Rose, nouvellement emménagée avec son petit Paul. Séduite par l'étrangeté du personnage, cette dernière s'attache à lui au point de lui permettre d'accomplir le voyage de sa vie...

Vérités et mensonges, fautes et rédemption s'enlacent et se provoquent dans ce roman qui interroge avec une désinvolture calculée les «machines à déraisonner» de l'Histoire contemporaine. Roman à thèse si l'on veut, sous les bonheurs du romanesque pur, la Montagne de minuit se lit comme une exploration intrépide des savoirs et des illusions.

Rompu aux jongleries savantes de l'imaginaire, Jean-Marie Blas de Roblès nous embarque, par la grâce d'une écriture aux fines couleurs de mandala, à la découverte de nos fascinations les plus troubles, quand occultisme et quête mystique flirtent dangereusement avec la bête immonde.
Né en 1954 à Sidi-Bel-Abbès, Jean-Marie Blas de Roblès est l'auteur du monumental Là où les tigres sont chez eux - Prix Médicis 2008.

«Blas de Roblès excelle, chemin faisant, dans ses impressions de voyage, vivantes, colorées et terribles, sur le Tibet opprimé. (...) Rien n'est unilatéral dans ce roman délicat comme un effeuillement, grâce à sa composition tressée à plusieurs voix.»
David Fontaine - Le Canard enchaîné



  • La revue de presse Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 16 décembre 2010

Blas de Roblès, lui, jongle finement avec les clichés popularisés par Hergé, et remonte le temps jusqu'à l'histoire des «Brigades tibétaines de la SS» en s'interrogeant sur la connexion entre nazisme et Tibet, qui offre «rien moins qu'un million cinq cent mille réponses» sur Google. Son petit roman en trompe-l'oeil est un labyrinthe baroque qui exhibe les pouvoirs de la fiction; on s'y perd avec plaisir.


  • La revue de presse Benjamin Fau - Le Monde du 10 septembre 2010

Il y a de cela deux petites rentrées littéraires, le précédent ouvrage de Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux, avait entraîné public et critique dans un tourbillon d'érudition joyeuse et épique, récoltant au passage un prix Médicis mérité. Roman-somme, fleuve et encyclopédique, il débordait tant de gai savoir que d'élan vital et de plaisirs littéraires. Au premier abord, La Montagne de minuit fait jouer les contrastes en avançant la carte de la sobriété et du dépouillement, là où son précédent préférait foisonnement et démesure. La magie qui s'opère n'est pourtant pas moins forte ou impérieuse...
L'une des grandes forces de La Montagne de minuit est de poser plus de questions qu'elle n'offre de réponses - car la plupart d'entre elles, préparées et prémâchées par la pensée d'autrui, seraient trop aisées, tronquées et forcément trompeuses. Avec une élégance et une sorte d'évidence émouvante qui parle au coeur autant qu'à la raison, elle se révèle un formidable appel aux pouvoirs de la connaissance face aux dangers de l'obscurantisme. En peu de pages, Blas de Roblès parvient à ouvrir tellement de portes dans l'esprit de son lecteur que son roman, s'échappant de son cadre et de ses circonstances, se fait merveilleuse matière à réflexion et à apprentissage.


  • Les courts extraits de livres : 29/11/2010

C'était un jeune vieux monsieur, le gardien du lycée Saint-Luc, l'un de ces faux vieillards à visage d'enfant affublé d'une perruque et de trois ou quatre rides grossièrement maquillées autour des yeux. Les élèves l'appelaient Belette, les professeurs monsieur Lhermine. Un Lyonnais faisant partie des meubles, un pauvre type dont nul n'aurait imaginé qu'il mourrait à Berlin, au plus près du scandale qui avait bouleversé son existence.
Par un beau jour de décembre, Bastien Lhermine s'éveilla comme à son habitude vers les cinq heures du matin ; il n'ouvrit les yeux que pour s'échapper d'un cauchemar familier, une soudaine averse de clous et de barbaque dont la récurrence avait fini de l'inquiéter, mais qui entachait les premiers instants de sa journée d'une ombre mélancolique. Il se leva, plia son couchage avec minutie, roula sa vieille natte de bambou et commença ses exercices de tai-chi.
L'enchaînement dit «La grue blanche déploie ses ailes» le ravissait ; il goûtait l'artifice de ces différentes postures, la lenteur et la fluidité requises par leur mimétisme pour échapper au ridicule. Nu dans son petit deux-pièces, au 6 de la rue d'Auvergne, fenêtres ouvertes sur l'obscurité à peine scintillante de Fourvière, Bastien n'avait nul besoin de miroir pour éprouver l'élégance de ses déplacements. Il en savait la rectitude à l'énergie dont tout son être se chargeait au cours de leur exécution. Ce jour-là, pourtant, cette gymnastique se montra moins efficace que de coutume : le changement de direction intervenu au sein du lycée affectait Bastien plus qu'il ne voulait se l'avouer. La mise à la retraite du père Fargeot était certes justifiée par son grand âge, mais tout le monde s accordait pour y percevoir la reprise en main de l'établissement par la jeune garde des Jésuites. Cette institution, de même que l'immeuble où logeait le gardien, appartenaient à la Compagnie, et si Bastien n'avait eu qu'à s'en louer jusqu'à présent, l'arrivée du nouveau proviseur risquait fort de brouiller les cartes. Le père Metz ne portait pas soutane, il était si élégamment vêtu que son col blanc et la croix minuscule fixée au revers de son veston semblaient des parures plutôt que les insignes de sa charge. Lors de sa prise de fonction, hier matin, il avait tenu à saluer une à une toutes les personnes rassemblées dans l'amphithéâtre du lycée ; professeurs, service administratif et jusqu'aux femmes de ménage purent ainsi profiter de sa poignée de main accompagnée d'un petit mot affable.


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