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Auteur : Natacha Boussaa
Date de saisie : 02/11/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Roman français
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-207-10927-4
GENCOD : 9782207109274
Sorti le : 28/07/2010
Lena a 27 ans en mars 2006. Elle mène de front ses études et un travail "alimentaire" comme hôtesse d'accueil dans une entreprise. Quotidien très éloigné de son sujet d'étude et de prédilection, le poème d'Antonin Artaud, «Van Gogh, le suicidé de la société». Mars 2006 fut marqué par les manifestations anti-CPE et Lena retrouva ses anciens amis, qui ont vieilli et suivi des voies différentes. Les trois semaines de manifestations seront l'occasion de parler de leur vie, de leurs convictions, de leurs espoirs pour certains, de leurs désespoirs pour d'autres, et toujours de leur quotidien. Les discussions ou réflexions abordant tous les thèmes (politique, démocratie, intellectuels, amour, avortement, SDF, mort, suicide, art, folie ?) seront vives et animées. Sorte de bilan aussi cruel que réaliste d'une génération, ce texte enrichi de nombreuses citations (Debord, Artaud) montre une génération sacrifiée par une société bloquée où acquérir un logement, trouver un emploi, choisir librement ses loisirs, accéder à la culture demeurent souvent inaccessibles pour la majorité. Le rythme est rapide, vif et le récit laisse augurer (espérer ?) qu'une rébellion salvatrice a planté ses germes au cours de ces trois semaines sauf si Chateaubriand avait vu juste...
C'est le chaos, un tableau de Bosch, sans les monstres. Ou bien serait ce nous, les monstres ? Et c'est peut-être ce qui nous enivre. Nous, des monstres bien vivants, grouillant dans ces rouges oranges, dans cette cacophonie splendide de sirènes et de cris, dans ces bouquets odoriférants de gaz, de poudre et de brûle'. La comparaison avec Mai 68 est sur toutes les lèvres mais, hasard du calendrier, on célèbre un autre anniversaire.
À vingt-sept ans, Lena sait que le travail est la pire excuse que se soit inventée l'homme pour s'empêcher de vivre. Hôtesse d'accueil dans une entreprise, elle se cache pour lire Antonin Artaud.
En mars 2006, les manifestations contre le CPE enflamment la France entière. En quelques jours, une jeunesse aux origines diverses s'y trouve aspirée. Lena entre au coeur de l'action. Entre charges de CRS et rencontres amoureuses, d'une ligne de front à l'autre, elle retrouve la mémoire d'un Paris de la révolte.
Instantané des événements de 2006 et condamnation d'une société bloquée, Il vous faudra nous tuer trouve l'écriture vive, traversée de fulgurances, d'une rébellion en marche.
Née en 1974, Natacha Boussaa est comédienne. Elle vit à Paris. II vous faudra nous tuer est son premier roman.
Le titre, Il vous faudra nous tuer, est de Chateaubriand. Oui, René de. Le scénario est assuré par les manifestants de 2006 contre le CPE. Vous avez là, avec quelques histoires d'amour et de mort en sus, les prémices d'un roman...
Tout donc sur cette génération du trou d'air : «ne sommes-nous pas le croisement dégénéré de la société de consommation avec la génération soixante-huitarde qui a trahi ?», génération flouée : «il n'y a pas d'issue ; même l'art n'est pas une issue». Lucide, l'auteure nomme donc le risque ici pris de «sociologie de comptoir» mais donne à voir cette tristesse profonde d'une jeunesse qui a une tronche à avoir «passé toute la journée à la CAF» et qui, dans un sursaut, se demande donc quand et comment arrêter de «rester des petits cons toute sa vie».
Vendredi 10 mars 2006, 15 heures
Faux sourire. Fausse politesse. Faux intérêt pour tout ce qui s'agite devant mes yeux. Combien de temps encore ? Sur le cadran inflexible, les aiguilles ciblent l'ennui. Pourvu qu'on ne me demande plus rien. Attifée en hôtesse, je crève derrière le comptoir de réception d'un building de verre. J'accueille les visiteurs, comme si l'on pouvait encore être accueilli quelque part. Je répartis les appels téléphoniques vers les différents postes, comme si l'humanité en dépendait. Je prête attention à tous les cadres supérieurs, directeurs de service, assistants et autres sommités qui entrent dans le hall, incessant ressac d'insectes. Je fais face à leurs regards mi-méprisants mi-concupiscents, lorsqu'ils me saluent, me demandent un badge, en agitant leur montre à plusieurs Smics devant moi, preuve des bons choix qu'ils ont toujours faits. «Excellente présentation, dynamisme, rigueur, ponctualité, sens du service, discrétion, capacité d'écoute et aisance relationnelle sont vos atouts, connaissances informatiques (Word, Excel, Internet Explorer) et anglais d'accueil exigés», disait l'annonce de recrutement.
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