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.. Anatomie d'un instant

Couverture du livre Anatomie d'un instant

Auteur : Javier Cercas

Traducteur : Elisabeth Beyer | Aleksandar Grujicic

Date de saisie : 12/12/2010

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 9782742792153

GENCOD : 9782742792153

Sorti le : 01/09/2010

  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Instabilité politique, attentats, soulèvements populaires : l'Espagne est en danger. Affaibli, le chef du gouvernement, Adolfo Suárez, a démissionné et le Parlement est réuni ce 23 février 1981 pour le débat d'investiture du nouveau président. C'est alors que des militaires armés font irruption dans l'hémicycle et crient "Tout le monde à terre". Les députés plongent sous les fauteuils molletonnés, mais dans un désert de sièges vides, à l'image d'une société pétrifiée, trois hommes refusent de se soumettre, semblant par ce geste héroïque laver les fautes du franquisme.
La puissance dramatique de la réalité confère à ces "héros" politiques le statut de personnages de fiction, et l'auteur illumine l'histoire de cette tentative de coup d'État par les émotions, les désirs et les frustrations des protagonistes, étirant habilement les marges de la réalité jusqu'au point d'intersection avec sa propre imagination. Comme toujours, il se met lui-même en scène, et l'émouvant hommage qu'il adresse à son père disparu est un appel à la réconciliation de tous les fils avec tous les pères.
Disséquant un instant lourd de funestes présages Javier Cercas établit, en chroniqueur, la vraie naissance de la démocratie espagnole et, en romancier, la suprématie de l'éthique : la cause embrassée compte peut-être moins que l'honneur mis à la défendre. L'auteur des Soldats de Salamine trouve dans cet événement décisif un matériau à la mesure de son art.

Javier Cercas est né en 1962 à Cáceres. Ses romans, traduits dans une vingtaine de langues, ont tous connu un large succès international. Anatomie d'un instant a été consacré livre de l'année 2009 par El Pais.
Du même auteur, Actes Sud a publié Les Soldats de Salamine (2002 ; Babel n° 621), A petites foulées (2004) et A la vitesse de la lumière (2006; Babel n° 865).



  • La revue de presse Emmanuel Hecht - L'Express, septembre 2010

Le 23 février 1981, le lieutenant-colonel Tejero prenait la tête d'un coup d'Etat militaire à Madrid. Javier Cercas ausculte cet instant de vérité sous tous les angles...
Anatomie d'un instant est l'oeuvre d'un médecin légiste qui, scalpel à la main, refait le putsch. Javier Cercas reprend tous les éléments du dossier : le film, qu'il passe et repasse, en multipliant les arrêts sur image ; les livres sur le coup d'Etat, l'Espagne de la transition démocratique et les acteurs de l'époque ; le témoignage des acteurs de cette dramaturgie shakespearienne. L'auteur se met tour à tour dans la peau des putschistes, du roi, de Suarez, de Carrillo... pour serrer au plus près leur état d'esprit, leurs indignations, leurs craintes.


  • La revue de presse Marie-José Sirach - L'Humanité du 9 décembre 2010

Incontestablement, Javier Cercas est un grand prosateur de son temps. Après les Soldats de Salamine en 2002, Anatomie d'un instant confirme son immense talent de narrateur, cette capacité à embrasser le monde et son époque à l'égal des plus grands écrivains du XIXe siècle. En se penchant sur un épisode tragique de l'histoire contemporaine de l'Espagne, non seulement il donne des clés pour comprendre une chronologie mouvementée d'un pays tout fraîchement débarrassé d'un des plus grands dictateurs du siècle passé, mais ses enjeux.


  • La revue de presse Claude Arnaud - Le Point du 18 novembre 2010

En remontant tous les fils des complots divergents qui s'appuyèrent l'un l'autre, ce jour-là, comme en rendant les ambiguïtés du roi, des socialistes et, bien sûr, des militaires, Cercas (...) fait mieux que s'imposer comme un grand marionnettiste du drame national espagnol - les nombreux lecteurs des Soldats de Salamine en étaient déjà convaincus : il restitue à l'histoire sa part d'étrangeté et de hasard qui inspira déjà un Plutarque et un Shakespeare...
Figée dans sa monarchie restaurée, l'Espagne n'eut pas de grands romanciers réalistes au XIXe siècle ; en politique comme en littérature, elle a désormais rattrapé son retard.


  • La revue de presse Robert Solé - Le Monde du 28 octobre 2010

Ce livre passionnant n'est pas un roman, mais certainement une oeuvre littéraire. L'écrivain s'est glissé dans la peau de chacun des acteurs, essayant d'imaginer ses sentiments pendant les quelques heures où s'est joué le destin de l'Espagne. Et il le fait admirablement, sans a priori ni manichéisme.


  • La revue de presse Delphine Peras - Lire, octobre 22010

Javier Cercas plonge dans l'histoire de l'Espagne et se fait le rapporteur du coup d'Etat avorté de 1981...
Au gré d'un rythme narratif à la fois concentrique et sinueux, l'auteur d'A la vitesse de la lumière (2006) signe une magistrale réflexion sur les aléas de la démocratie et de l'héroïsme, dans une Espagne en plein bouleversement, toujours marquée par le franquisme et frappée d'amnésie collective.


  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 2 septembre 2010

L'idée ordinaire, rétrospective, est que le putsch manqué fut un hoquet anachronique du franquisme : le pays n'en voulait déjà plus. C'est une idée simple, rassurante comme un éditorial. Utilisant ses armes d'investigateur et de romancier, Javier Cercas conte une histoire autrement complexe : à la veille du coup d'Etat, tout était prêt pour qu'il ait lieu. La droite, le centre, la gauche, et même le roi, tout le monde s'acharnait sur Adolfo Suárez, pour de bonnes et de mauvaises raisons. Tout le monde aimait le détester, comme tout le monde aime détester la démocratie. Le coup d'Etat, écrit Cercas, aurait aussi bien pu réussir si... Et il démonte un par un les pignons civils et militaires qui s'enclenchèrent, puis s'enrayèrent. C'est l'occasion d'une formidable galerie de portraits réveillant tous les muscs du franquisme.


  • La revue de presse Christian Authier - Le Figaro du 2 septembre 2010

L'auteur des Soldats de Salamine signe Anatomie d'un instant, une magistrale évocation du putsch raté de Madrid en 1981...
Anatomie d'un instant avance réponses et hypothèses, brasse avec brio destinées individuelles et collectives en balayant quelques idées reçues. Ainsi, les putschistes n'étaient pas qu'une poignée de nostalgiques de Franco, mais répondaient aux aspirations et faiblesses d'une étrange coalition ayant en commun la haine de Suarez et dont certains membres rêvaient d'un gouvernement d'union nationale incluant la gauche... Cercas nous rappelle aussi que la démocratie s'est installée en Espagne grâce à Juan Carlos, Suarez et Carrillo : «Qui aurait pu prédire que le secrétaire général du parti communiste en exil deviendrait le plus fidèle allié politique du dernier secrétaire général du Mouvement, le parti unique fasciste ?»...
Enfin, Suarez, qui contrairement à tant d'autres, fut prêt à risquer sa vie pour la démocratie, sera marginalisé et abandonnera la politique. À cette ingratitude et à cette incompréhension, Javier Cercas donne un écho intime en s'adressant dans les poignantes dernières pages à son père disparu. Grand livre.


  • La revue de presse Martine Laval - Télérama du 25 août 2010

Cercas écrit l'infime, l'histoire minuscule, celle qui, pourtant, sera décisive, sonnera ou non le glas de la démocratie. Une démocratie fragile : Franco est mort depuis six ans. Les franquistes sont toujours là, dans l'armée, l'Eglise, les services secrets, dans les sphères des finances et dans le patronat... un véritable polar ! En bon intellectuel «plutôt de gauche», l'écrivain dépasse les codes du document historique, donne une lecture à la fois didactique et toute personnelle des événements, au risque de déboussoler certains esprits rigides, au risque de ne plus croire au pouvoir de la fiction. Que l'on se rassure. Javier Cercas, qui voulait écrire «un roman genre Les Trois Mousquetaires», a fait mieux encore : un livre «donquichottesque», une quête de la vérité.


  • Les courts extraits de livres : 11/09/2010

Extrait du prologue

ÉPILOGUE D'UN ROMAN

J'ai lu mi-mars 2008 que, d'après une enquête publiée au Royaume-Uni, un quart des Anglais pensaient que Winston Churchill était un personnage de fiction. A cette époque-là, je venais de terminer le brouillon d'un roman sur le coup d'État espagnol du 23 février 1981, j'étais rongé de doutes sur ce que j'avais écrit et je me souviens de m'être demandé combien d'Espagnols pouvaient penser qu'Adolfo Suárez était un personnage de fiction, que le général Gutiérrez Mellado était un personnage de fiction, que Santiago Carrillo ou le lieutenant-colonel Tejero étaient des personnages de fiction. La question me semble toujours pertinente. Certes, Winston Churchill est mort il y a plus de quarante ans, le général Gutiérrez Mellado, il y a moins de quinze ans, et au moment où j'écris ces lignes Adolfo Suárez, Santiago Carrillo et le lieutenant-colonel Tejero sont encore en vie. Pourtant, si Churchill est un personnage historique de premier ordre et si Suárez partage avec lui cette condition, du moins en Espagne, on peut se demander si c'est également le cas du général Gutiérrez Mellado et de Santiago Carrillo, pour ne pas parler du lieutenant-colonel Tejero. Qui plus est, à l'époque de Churchill, la télévision n'était pas encore le principal fabricant de réalité en même temps que le principal fabricant d'irréalité de la planète, alors que l'une des caractéristiques du coup d'État du 23 février est justement d'avoir été enregistré par la télévision et retransmis dans le monde entier. De fait, on peut se demander si à l'heure actuelle le lieutenant-colonel Tejero ne serait pas pour beaucoup un personnage de télévision ; dans une certaine mesure, Adolfo Suárez, le général Gutiérrez Mellado et Santiago Carrillo le sont peut-être eux aussi, mais certainement à un degré moindre : outre les annonces publicitaires de grandes marques d'électroménager et les plateaux d'émissions people sur lesquels on diffuse son image, la vie publique du lieutenant-colonel putschiste se résume aux quelques secondes retransmises tous les ans à la télévision lors desquelles, coiffé de son tricorne et brandissant son pistolet réglementaire 9 millimètres court, il fait irruption dans l'hémicycle du Congrès et humilie à coups de feu les députés présents. Nous savons certes qu'il s'agit d'un personnage réel, mais en fait il est irréel ; nous savons certes qu'il s'agit d'une image réelle, mais en fait elle est irréelle : il est question là d'une scène typiquement espagnole, qui semble tout droit sortie du cerveau infesté de clichés d'un médiocre imitateur de Luis Garcia Berlanga. Aucun personnage réel ne devient fiction parce qu'il est apparu à la télévision, mais il est fort probable que la télévision contamine d'irréalité tout ce qu'elle touche, et qu'un événement historique change d'une certaine façon de nature s'il est retransmis par la télévision, parce qu'elle dénature la manière dont nous le percevons (pour ne pas dire qu'elle le trivialise ou le corrompt). Le coup d'État du 23 février présente cette anomalie : à ma connaissance, c'est le seul coup d'État de l'Histoire enregistré par la télévision, et le fait qu'il a été filmé constitue sa garantie à la fois de réalité et d'irréalité. Cette circonstance, à laquelle s'ajoutent la stupéfaction réitérée que produisent ces images, l'importance historique de l'événement et les zones d'ombre réelles ou supposées qui le brouillent encore, explique peut-être le ramassis inouï de fictions qui l'entoure, sous forme de théories sans fondement, d'idées fantaisistes, de spéculations romanesques et de souvenirs inventés.


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