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Auteur : Ilija Trojanow | Juli Zeh
Traducteur : Patrick Charbonneau
Date de saisie : 10/09/2010
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782742792160
GENCOD : 9782742792160
Sorti le : 01/09/2010
La romancière et juriste Juli Zeh et l'écrivain Ilija Trojanow nous mettent en garde : depuis le 11 septembre 2001, aux États-Unis mais aussi en Europe, les droits fondamentaux pour lesquels nos ancêtres se sont battus ont souvent été bafoues, et l'arbitraire s'installe.
Intrusions dans nos vies privées, contrôle de nos opinions, de nos correspondances, de nos déplacements... Les auteurs tirent la sonnette d'alarme et posent les questions cruciales : Pourquoi laissons-nous faire ? Et comment devons-nous nous défendre ?
Dans cet essai richement documenté, Juli Zeh et Ilija Trojanow dressent un tableau stupéfiant des conséquences désastreuses d'une obsession sécuritaire dont les Français aussi font les frais.
Juli Zeh était juriste avant d'entamer avec beaucoup de succès sa carrière d'écrivain. Son oeuvre d'essayiste et de romancière a été récompensée par une dizaine de prix.
En France, La Fille sans qualités (Actes Sud, 2007 ; Babel n° 912, 2008) a reçu le prix Cévennes du roman européen en 2008. La même année, L'Ultime Question est paru chez Actes Sud, et en 2010 son roman Corpus delicti.
Ilija Trojanow est né à Sofia, en Bulgarie, en 1965. Pour des raisons politiques, sa famille émigre en 1971. Il est l'auteur du roman Le Collectionneur de mondes (Buchet-Chaslel, 2008).
Juriste, spécialisée en droit international, avant de se consacrer à l'écriture, Juli Zeh écrit régulièrement des essais dans la presse et a même rendu visite naguère au contingent allemand engagé en Afghanistan (Le Monde du 27 août 2008). Avec Ilija Trojanow, un romancier auteur du Collectionneur de mondes (Buchet-Chastel, 2008), elle s'en prend aux reculs que la peur des attentats, depuis le 11 septembre 2001, fait subir à la liberté individuelle, et à l'insouciance d'un public qui - par MySpace ou Facebook interposés - va parfois au-devant d'une entreprise de contrôle de plus en plus envahissante...
La guerre d'aujourd'hui contre un ennemi si abstrait, notent-ils, qu'il soit défini comme "terroriste présumé" ou "islamiste radical", ne peut-être qu'une guerre sans fin. A lire cet essai vigoureux et non sans humour, il semble qu'elle ait aussi trouvé ses résistants.
Extrait du prologue
LA FIN DE LA LIBERTÉ
Quand on a peur, on entend partout des bruits.
SOPHOCLE
Départ de bonne heure. Le réveil sonne. Il fait encore nuit. Ne pas allumer tout de suite, rester une minute assis au bord du lit. Respirer l'air du matin. La fenêtre est entrebâillée, la porte du couloir ouverte. Dans la cuisine, la machine à café attend. Où sont les mules ? S'étirer, se lever, allumer.
Vous fermez le rideau devant la fenêtre de la cuisine afin que le voisin d'en face ne vous voie pas ; à tout hasard, car en fait il dort en semaine aussi longtemps que vous le week-end. Vous vous faites un double espresso, dans votre grande tasse préférée, pour qu'il reste de la place pour le lait. Vous portez la tasse à hauteur de votre bouche, vous soufflez un peu, puis vous buvez une gorgée. Maintenant, la journée peut commencer. Vous posez la tasse sur la table. Vous avez laissé deux magnifiques empreintes digitales sur le bord. Des empreintes complètes, aux contours nets, comme sur votre passeport. Ou comme celles des banques de données de l'US Customs and Border Protection, relevées lors de vos dernières vacances d'été en Floride. Vous voyagez beaucoup pour le travail ? Alors on connaît aussi la trace laissée sur la tasse de café que vous prenez avec vous dans votre bureau, que ce soit en Suède, en Géorgie ou au Yémen.
Comme tous les matins, vous consultez vos mails privés. Ils ont déjà été vérifiés - et pas seulement par votre antivirus. Vous avez encore quelques minutes avant de partir au travail, donc vous allez voir telle page web ou telle autre - la PJ saura laquelle, si elle le désire, et pourra encore vérifier dans six mois. Vous prenez le temps d effectuer un virement dont vous venez de vous souvenir - les bureaux compétents savent à qui. Heureusement, vous vous appelez Dupont, ça protège un peu. Quant à votre collègue Tarik al-Sultan, qui récemment a fait de l'escalade au Cachemire, l'ordinateur est en train de transmettre tout le contenu de son disque dur à la DST. Vous vous apprêtez à attraper le téléphone pour parler avec Tarik d'une chose confidentielle qui ne concerne pas le service ? Mieux vaut vous abstenir. Si vous voulez discuter tranquillement, allez plutôt lui rendre visite chez lui. A moins qu'il ne soit considéré comme individu suspect parce qu'il envoie régulièrement de l'argent au Pakistan, pour son cousin au chômage. Auquel cas, son appartement est déjà sur écoute.
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