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Auteur : Isabelle Desesquelles
Date de saisie : 13/09/2010
Genre : Essais littéraires
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Crème
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 9782234064478
GENCOD : 9782234064478
Sorti le : 01/09/2010
"Ta passion est de vendre des livres. Partager des morceaux de littérature, vivre au milieu des chefs-d'oeuvre, les protéger et les servir. Tu es libraire (...) C'est fini la passion, la destruction a commencé.
Ce serait "un livre qui raconterait comment on en arrive à supprimer ce que l'on aime le plus et à se détruire soi-même au passage".
Ce serait pour de vrai.
«Tu l'aimes ton travail. À ce point ce n'est plus un travail mais une passion. Ta passion est de vendre des livres, partager des monceaux de littérature et respirer au milieu des chefs-d'oeuvre, les protéger et les servir. Tu lis, tu lis encore, tu lis toujours, tu cherches et tu trouves, une langue, des histoires, un vertige incomparable, infini voudrais-tu. Tu es libraire. Étais. C'est fini la passion, la destruction a commencé.» En 2010, plus besoin de 451° Fahrenheit pour faire disparaître les livres, certaines librairies le font très bien.
En vingt chapitres, Isabelle Desesquelles raconte une vie vouée aux livres, habitée par la littérature, sauvée par la fiction. En vingt chapitres, l'auteur dit l'absurde, la détresse, la violence dans lesquels on peut s'enfoncer sûrement, et pas si lentement, en voulant défendre ces quelques milliers de livres auxquels nous devons tout.
Poussez la porte et entrez dans le monde de blondinet, gus, beurk et les autres.
Isabelle Desesquelles a écrit quatre romans. Je me souviens de tout et La vie magicienne aux éditions Julliard. La mer l'emportera «Quelques heures de fièvre aux éditions Flammarion. Elle est l'auteur d'un livre de contes pour enfants Le chameau le plus rapide du désert aux éditions Le Chêne Jeunesse.
Son livre, qui fait référence au roman de science-fiction de Ray Bradbury, Fahrenheit 451 - degré d'incandescence à partir duquel le papier brûle -, est un moyen d'attirer l'attention sur la dégradation des conditions de vie des libraires. L'auteur ne vise pas l'ensemble de la profession, mais ceux de ses anciens confrères qui travaillent dans des librairies transformées en enseignes culturelles et dont les salaires nets mensuels sont inférieurs à 1 500 euros, dans la majorité des cas...
D'un côté, on parle de produits, on vante la polyvalence, et on loue la capacité des vendeurs à "fidéliser" les clients en récupérant leurs coordonnées (adresses e-mails et numéros de mobiles). On fait la chasse au stock et on met en avant la PLV (publicité sur le lieu de vente) et le SBAM, (Sourire, bonjour, au revoir, merci). De l'autre, on parle encore de livres et de lecteurs. On fait attention au fonds, qui repose sur le maintien d'une offre diversifiée, et on croit aux compétences des libraires. Depuis la sortie de son livre, Isabelle Desesquelles reçoit de très nombreux appels téléphoniques de libraires qui lui disent tout simplement "merci". Elle est aussi submergée de lettres et de courriels. Le malaise semble réel parmi les libraires qui travaillent dans les chaînes culturelles.
Tu fais tout à l'envers. Le jour, tu fermes les yeux, la nuit, tu les gardes grands ouverts. Tu as peur et ça ne peut plus durer. Fini d'être cette grenouille plongée dans l'eau froide. On allume un feu sous la grenouille. L'eau tiédit, à peine d'abord, tout doucement. Si lentement qu'elle ne se rend compte de rien. Seulement, la grenouille brûle et elle meurt.
Plongée dans l'eau bouillante, la grenouille aurait sauté, se serait échappée. Elle vivrait encore et peut-être même leur dirait-elle, aux autres grenouilles, de se méfier de l'immersion en eau tiède.
Le torchon brûle entre ta nouvelle hiérarchie et toi. Tu le sais que c'est chaud et pourtant, tu ne bouges pas. Tu attends. Tu attends quoi ? Que ton emprunt soit remboursé ? Que ton fils soit élevé ? Tu attends que ça passe mais ces choses-là ne passent pas. Tu n'espères même plus. Alors, tu deviens invisible.
Ton travail te mange toute crue, il te bouffe la tête, ronge ta volonté. Tu l'aimais, ton travail, au point de dédaigner ce mot. Pour dire tes journées, tu lui préférais celui de passion.
Ta passion est de vendre des livres. Partager des monceaux de littérature, vivre au milieu des chefs-d'oeuvre, les protéger et les servir. Tu es libraire. Tu diriges une librairie et les trente personnes qui y travaillent à tes côtés. Tu parles ! Tu ne diriges plus rien du tout, tu perds le contrôle.
C'est fini la passion, la destruction a commencé.
En 2010, plus besoin de 451 degrés pour faire disparaître les livres, des librairies suffisent.
Il faudrait que ce soit toi qui massacres. On ne te demande pas ton avis, on te demande d'obéir. Obéir et détruire, du beau travail.
Tu en es malade, mais tu ne dis rien, tu ne mouftes pas et, nuit après nuit, tu fixes le plafond de ta chambre, attendant qu'il t'avale. Seulement, on ne se sauve pas dans un plafond pas plus qu'en sautant par la fenêtre.
Et si tu faisais confiance aux mots encore une fois ? Et s'il y avait un livre là-dedans ? Un livre qui raconterait comment on en arrive à supprimer ce que l'on aime le plus et à se détruire soi-même au passage. Un livre pour dire : Ça suffit ! Non. Je ne veux pas. Et retrouver ses rêves.
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