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Auteur : Lev Lvovitch Tolstoï | Lev Nikolaevitch Tolstoï | Sofia Tolstoï
Préface : Michel Aucouturier
Traducteur : Eveline Amoursky
Date de saisie : 12/10/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. des Syrtes, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782845451575
GENCOD : 9782845451575
Sorti le : 19/08/2010
La Sonate à Kreutzer : une affaire de famille ? Dès sa parution, en 1891, le roman de Léon Tolstoï a déchaîné les passions, et les réponses littéraires de sa femme et de son fils, publiées pour la première fois en français, révèlent, de manière éclatante, les conséquences profondes de la crise morale et spirituelle de l'auteur, au coeur même de sa famille.
De tous les ouvrages de Tolstoï, La Sonate à Kreutzer est sans doute celui qui dévoile, de la façon la plus remarquable, les paradoxes de son oeuvre et de sa personnalité. Jusqu'à la dernière ligne transparaissent le dégoût pour le mariage qui n'est que de la «prostitution légalisée», la haine des femmes «qui se vengent de nous en agissant sur nos sens», sa conviction que, pour obéir à la volonté de Dieu, l'homme doit s'abstenir de procréer.
Sa femme, Sofia Andreïevna, qui copie le manuscrit, éprouve, en le lisant, autant de fascination que d'horreur. Sa vengeance restera cachée. Peu connu, même en Russie, À qui la faute ? révèle un talent littéraire nourri par un besoin d'expression personnelle et de justification. Écrit entre 1895 et 1898, Romance sans paroles répond également à une blessure : la mort à l'âge de sept ans de son dernier enfant. Il reflète par ailleurs sa passion pour la musique, incarnée par le compositeur Sergueï Taneïev, qui devient pour elle l'unique moyen de reprendre goût à la vie.
Quelques années plus tard, Léon Tolstoï fils prend lui aussi la plume pour exprimer sa vision du couple. Désormais, La Sonate à Kreutzer devient une affaire de famille. Dans Le Prélude de Chopin, le fils développe l'idée qu'un mariage précoce et pur, où les deux époux ne font qu'un seul être, est un bien qu'il ne faut surtout pas fuir. Que l'aspiration à la chasteté absolue de l'humanité démontrée dans La Sonate à Kreutzer n'a aucun sens, car elle mène à l'extinction du genre humain. «Le lien conjugal toujours puissant [...] illustre le fameux paradoxe d'Oscar Wilde : loin de s'inspirer de la réalité des relations conjugales entre Léon et Sofia Tolstoï, la fiction de La Sonate à Kreutzer a fini par les influencer», conclut Michel Aucouturier, auteur de la préface.
Léon Tolstoï (1828-1910) épouse Sofia Bers (1844-1919), fille du médecin du Kremlin, en 1862, alors qu'il est déjà un écrivain célèbre. Proche collaboratrice de son mari, elle a écrit plusieurs nouvelles, un Journal et une imposante autobiographie, Ma vie. De cette union naîtront treize enfants dont neuf survivront. Écrivain, musicien, portraitiste, sculpteur, Léon (1869-1945) est le quatrième enfant du couple mais aussi le plus talentueux des membres de la famille. Le Prélude de Chopin est paru en 1900.
Extrait de la préface
La Sonate à Kreutzer : une affaire de famille ?
De tous les ouvrages de Tolstoï, La Sonate à Kreutzer est sans doute celui qui révèle de la façon la plus éclatante les paradoxes de son oeuvre et de sa personnalité.
C'est d'abord l'étonnante contradiction entre l'artiste et le penseur, celle que remarquait déjà Flaubert lorsque, découvrant Guerre et Paix, il écrivit à Tourgueniev : «Les deux premiers volumes sont sublimes ; mais le troisième [où entre en scène le penseur] dégringole affreusement.» On trouve quelque chose d'analogue dans le jugement que Tchékhov, dans une lettre privée, formule sur La Sonate à Kreutzer : «Dans la masse de ce qui s'écrit actuellement chez nous et à l'étranger, on ne trouvera guère quelque chose d'équivalent par l'importance de la conception et la beauté de l'exécution. [...] En la lisant, on a du mal à se retenir de crier : "C'est vrai !" ou : "C'est absurde !" En dehors de tout ce que vous avez énuméré, il y a encore une chose qu'on n'a pas envie de pardonner à son auteur, je veux dire l'audace avec laquelle Tolstoï traite de ce qu'il ne connaît pas et que, par entêtement, il ne veut pas comprendre. Ainsi, ses jugements sur la syphilis, les maisons d'éducation, le dégoût des femmes pour l'acte sexuel, etc., tout cela n'est pas seulement discutable, mais trahit tout simplement un homme ignorant, qui n'a pas pris la peine, au cours de sa longue existence, de lire deux ou trois brochures écrites par des spécialistes...»
«C'est absurde», tel est en effet le cri que l'on retient à chaque instant à la lecture des violentes diatribes de Pozdnychev sur les femmes et leur rôle dans la société, sur les soins apportés aux enfants et sur le contrôle des naissances, et surtout sur la médecine et les médecins, rendus responsables de tous les maux du monde civilisé. Mais ce n'est pas Tolstoï qui parle : c'est un malade, un demi-fou, qu'un jury d'assises a jugé irresponsable du meurtre de sa femme ; c'est lui que nous décrit Tolstoï, à travers son costume étrange, son agitation fébrile, ses tics nerveux et, enfin, ses diatribes passionnées, excessives, qui ne sont que l'expression d'une personnalité perturbée. Son discours, qui forme l'essentiel du récit, a pour première fonction de faire vivre devant nous un personnage, et de nous présenter à travers son image l'étude réaliste, véridique dans ses moindres détails, d'un cas clinique de meurtre par jalousie. Ce cas extrême, s'il est exceptionnel, n'en est que plus révélateur, et c'est ce qui fait l'immense portée du récit. C'est à partir de ce dénouement tragique et à travers la vision passionnée, excessive, caricaturale que le repentir et le retour en arrière du héros nous donnent de sa vie conjugale que Tolstoï parvient à dépouiller l'institution bourgeoise du mariage, tel qu'il est pratiqué dans la société européenne de la fin du XIXe siècle, du vernis de la convention, et en fait apparaître l'hypocrisie monstrueuse. Les mécanismes qui ont mené Pozdnychev au meurtre, et dont il a pris conscience, dénoncent une société qui a dissimulé la sexualité sous un voile pudique, tout en tolérant ou même en encourageant la dépravation précoce et la prostitution. Le portrait psychologique débouche sur la critique sociale et, plus généralement, sur une réflexion intrépide sur l'un des moteurs les plus obscurs et les plus puissants de la conduite humaine.
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