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.. Antoine et Isabelle

Couverture du livre Antoine et Isabelle

Auteur : Vincent Borel

Date de saisie : 08/10/2010

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France

Collection : Littérature

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-84805-085-0

GENCOD : 9782848050850

Sorti le : 26/08/2010

La grande force de ce roman est d'avoir su construire un récit mettant en parallèle deux forces contradictoires de l'histoire du 20ème siècle : les empires industriels textiles puis chimiques d'un côté et les milieux ouvriers d'origine paysanne de l'autre. A travers l'histoire de quelques familles, non sans tendresse et hors des sentiers battus, Borel observe la confrontation des idéologies, en particulier dans l'avènement puis le déroulement de la guerre d'Espagne.

Extraits :
"Parmi les livres endormis, il entame une lente descente en soi, nourrie de ses pérégrinations et de l'abattement de ses camarades qui ont le mal du pays. Le Maroc lui paraît si semblable à l'Espagne rurale avec son cortège d'ignorance, de féodalité, d'oppression et de rage rentrée. Mais partout, dans les deltas de la Chine ou du Pô, dans les mines des Asturies ou les aciéries de la Ruhr, il y a une foi neuve et puissante qui se lève. Elle aspire au progrès, à l'amélioration du sort de l'humanité. Elle souffle avec les vents du large chassant la poussière déposée sur les pages. Son espérance succède aux dieux morts."

"Barcelone arrache les pages des siècles pour apprêter les langes d'un monde sans visage, au futur incertain et aux gestes impardonnables, qui a pour nom Révolution. A minuit, il n'y a plus aucune lumière dans la ville pour en montrer la gésine, sauf les torchères des dizaines de bâtiments incendiés qui éclairent d'un jour fuligineux les terrasses où courent les assassins solitaires."


Lors de leur rencontre en 1925 à Barcelone, Antoine et Isabelle, grands-parents de l'auteur, ne sont encore qu'Antonio et Isabel, lui, venant d'un village des bords de l'Ebre, elle, fuyant la misère de son Andalousie natale. Ils jettent toute leur fougueuse jeunesse dans l'espoir d'une humanité plus juste, pour une république espagnole, combat mené avec d'autres qui aboutira à une parenthèse enchantée qui ne durera que peu de temps avant que n'éclate la guerre, césure brutale pour tous les républicains.

En parallèle, nous suivons le destin d'une riche famille industrielle lyonnaise, les Gillet. Pour cette famille de joyeux reconvertis dans la chimie, l'embrasement de l'Europe est plutôt une bonne affaire, la grande Guerre de 1914 leur a apportée fortune avec le gaz moutarde ancêtre du Zyklon B et la guerre civile espagnole mettra à mal toutes les velléités socialistes qui commencent à poindre dans les quartiers populaires des grandes villes.

Ce parallèle peut être envisagé de façon verticale, là où Antonio et Isabel grâce à leur appétit de connaissances et leurs lectures vont s'arracher à leur condition misérable, les Gillet, bien que prospérant économiquement, vont sombrer dans une errance morale.

Ce récit nous replonge dans un genre tombé en désuétude, la chronique familiale. Le classicisme de l'écriture, les descriptions parfois baroques, notamment celle de l'insurrection de Barcelone, rendent ce texte rafraîchissant, exotique et délicieusement anachronique. Courant sur un siècle, cette fresque réussit grâce aux portraits de ces deux familles aux antipodes à rendre juste et intelligible cette période. Vincent Borel rend en quelque sorte justice à tous les humiliés, les réprouvés, l'honneur et la fierté n'est parfois pas là où nous l'attendons.

Réserver : Antoine et Isabelle


"Il n'y a jamais eu de chambre à gaz à Mauthausen, affirme posément Florian". Première phrase du roman et sa motivation première : le grand-père de l'auteur a été déporté à Mauthausen, il a vu les chambres à gaz, comme des milliers d'autres, et pourtant son témoignage est mis en question des années plus tard. Répondre à l'ignoble par un roman.
Un roman qui n'est cependant pas seulement un roman sur la guerre. Il va également au-delà de la chronique familiale, même si le point de départ est de rendre hommage à ses grands-parents. Il prend plutôt la forme d'une épopée : celle des hommes qui ont fui la misère de l'Andalousie, qui ont cru en la République espagnole, qui ont participé à la guerre d'Espagne pour sauver cette liberté dont ils avaient tant envie et besoin, qui ont connus une autre guerre, une autre barbarie, sont morts ou ont survécus, comme Antonio. Au destin d'Antonio et Isabel répond celui des Gillet, riche famille d'industriels lyonnais qui traversent les crises à leur manière, pas toujours très propre.
Antoine et Isabelle est un roman chorale où se mêlent destins individuels et familiaux, où l'histoire de chacun donne son relief à l'Histoire avec un grand H et inversement.
Un formidable roman à la construction complexe, à l'écriture incisive qui retrace avec virtuosité l'histoire du premier quart du XXe siècle.


Entre saga familiale et roman historique, l'auteur rend hommage à son grand-père, résistant communiste espagnol déporté à Mauthausen. Trois destins liés par l'histoire du XXème siècle. D'une part, la guerre d'Espagne qui va pousser les protagonistes à fuir leur pays pour la France. Puis en parallèle, l'essor d'une famille industrielle lyonnaise future propriétaire de Rhône Poulenc, Rhodia...
Borel réussit le tour de force de nous tenir en haleine jusqu'à la dernière ligne avec un ton journalistique et des faits, seulement des faits.


Si on vous disait que les camps de concentration n'avaient pas existé alors que votre grand-père y a séjourné, je suppose que cela vous ferait bondir.
Vincent Borel réagit. Par l'écriture, sublime, fluide, précise, l'histoire de son grand-père en Espagne, Antonio, qui aura une vie plutôt difficile.
Cette grande fresque qui nous conte l'histoire de la famille Gillet à Lyon, de ses pérégrinations, ses associations, mariages d'intérêts et d'amour, cette fresque est un PUR BONHEUR.


Sans doute LE roman historique de la rentrée, même si l'éditeur le présente plutôt comme une roman de "mémoire familial". Il n'empêche que ces destins croisés de deux familles, l'une espagnole, l'autre française, nous font voyager d'une décennie à l'autre dans un vingtième siècle en plein chamboulement. Barcelone semble être un sujet inépuisable pour les auteurs, qu'ils soient d'un côté ou de l'autre des Pyrénées. Ici les personnages de Vincent Borel, d'une vérité rare, pensent y trouver de jours meilleurs pour ne plonger de que Charybde en Scylla. Tout cela mènera le lecteur entre les murs du camp de Mauthausen, point de chute terrible mais aussi point de départ déroutant de ce roman fleuve. L'écriture est ciselée, aucun mot n'y est en trop, les contextes historiques sont dépeints avec la justesse des moeurs de l'époque et le tout propose une oeuvre dense, complète. Première très belle découverte de cette rentrée. Bonne lecture !


  • Le journal sonore des livres : Lu par Vincent Borel - 30/11/2010

Vincent Borel au micro de Jean Morzadec


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

Quand ils se rencontrent à Barcelone en 1925, Antonio et Isabel rêvent d'une vie libre et neuve, à l'image des utopies du temps. Isabel a fui avec sa famille la misère de l'Andalousie, Antonio a gravi les échelons au grand hôtel Oriente. Avec ses camarades de rang, il s'enthousiasme pour la jeune République espagnole. Son engagement a tôt fait de l'entraîner dans le tourbillon de l'histoire : en 1936, il prend les armes, quittant à jamais Barcelone. La bataille de l'Èbre, la fuite précipitée avec la troupe en déroute, le camp de réfugiés dans les Alpes, où il retrouve sa jeune famille, puis le maquis, l'arrestation par les Allemands en 1943 et l'envoi au camp de Mauthausen, voilà où ses choix conduisirent l'homme vaillant et opiniâtre que fut le grand-père du romancier.
Vincent Borel en effet ne cache pas ses intentions : rendre justice à ceux qui, installés en France, devinrent Antoine et Isabelle. En s'appropriant la mémoire des siens, l'écrivain prend la pleine mesure de la nécessité qu'a la littérature de témoigner. Se démarquant de la saga familiale, il inscrit le destin de ses proches dans l'épopée du vingtième siècle.
L'histoire exemplaire de ses grands-parents est conduite en parallèle avec celle, non moins exemplaire, d'industriels lyonnais. De cette famille Gillet, aperçue par Antonio quand il était dans la claque de l'opéra de Barcelone, le romancier retrace les tribulations : s'immisçant dans les mariages arrangés et les alliances stratégiques, il donne chair et corps à ces capitaines d'industrie que les soucis d'équilibre boursier et d'acquisition de brevets menèrent, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, à préserver coûte que coûte leurs intérêts. Le textile et la chimie étaient bien loin des idéaux de la Résistance.
Alternant, dans une narration éblouissante, l'évocation des républicains espagnols et celle des nantis lyonnais, Vincent Borel convainc par l'intelligence de ses personnages : chacun a fait des choix, que le romancier ne s'arroge pas le droit de juger. D'éclairer plutôt, disant avec force et talent le pouvoir des mots.

Né à Gap en 1962, Vincent Borel vit à Paris. Journaliste, il collabore à France Musique et à diverses publications musicales. Avec l'écriture d'Antoine et Isabelle, son sixième roman, il a plongé dans la mémoire familiale. Il aussi demandé et obtenu la nationalité espagnole. Baptiste, paru chez Sabine Wespieser éditeur en 2002 comme tous ces romans ultérieurs, est réédité en format de poche par Points.



  • La revue de presse Raphaëlle Rérolle - Le Monde du 17 septembre 2010

Quelle chose étrange ! A la lecture d'Antoine et Isabelle, on est saisi d'un curieux sentiment d'anachronisme. Comme si ce livre écrit par un quadragénaire de 2010 l'avait été par un contemporain de Roger Martin du Gard, l'auteur des célèbres Thibault. Certes, Vincent Borel est né en 1962, c'est indiqué sur la couverture. Certes, il a déjà de nombreux ouvrages à son actif, parmi lesquels de remarquables Mémoires apocryphes de Lully (Baptiste, Wespieser, 2002). Mais par la forme de son récit, vaste fresque chronologique courant sur la moitié d'un siècle, par le classicisme de son écriture, il s'approche, cette fois, d'un genre dont la littérature française a perdu l'habitude depuis plus d'un demi-siècle. Choix déroutant, risqué, mais paradoxalement rafraîchissant, même s'il n'est pas complètement réussi. Car, avec ce long roman foisonnant, documenté, l'écrivain se démarque de la manière dont la fiction contemporaine aborde généralement la question de la guerre...
C'est par des fils semblables à ceux de la soie, ténus en apparence et pourtant solides, que s'ajustent les destins de ces lignées si différentes. A travers elles, le lecteur entend quelque chose d'une histoire dont le roman lui restitue les continuités souterraines, d'une manière souvent passionnante.


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