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Auteur : Stéphane Servant
Date de saisie : 30/09/2010
Genre : Jeunesse à partir de 9 ans
Editeur : Rouergue, Arles, France
Collection : DoAdo. Noir
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 9782812601613
GENCOD : 9782812601613
Sorti le : 01/09/2010
«Carrefour était comme l'écume des villes. Tout ce que la mer urbaine n'avait pas englouti était venu s'échouer ici, dans les derniers méandres du Mississipi. Un amas hétéroclite d'anciens ouvriers des raffineries er des puits de pétrole, de paumés qui croyaient poser leurs sacs quelques semaines et qui sont restés accrochés là, de chasseurs d'alligators ratés attendant sans fin les touristes, de familles fuyant les banques et les dettes impayées. Des noirs et des indiens pour la plupart. Carrefour : juste le bout de la course pour des itinéraires tordus.» David est né et a grandi à Carrefour avec une seule perspective : être embauché chez le gros Miles, le garagiste du coin. Alors pour élargir l'horizon de ses possibles, David écrit, partout, tout le temps. Seulement un jour, après s'être fait humilié par un auteur venu dans son lycée à qui il a montré ses textes, David voit surgir sur sa peau des écailles : une chose, une sorte de double créateur s'empare de lui.
Et puis, il y a aussi ces disparitions étranges d'adolescents. Des gosses qui du jour au lendemain ont disparu sans laisser de traces. Des gosses ambitieux, qui se rêvaient peintres, musiciens juste histoire de se tirer de Carrefour.
Un roman fort réussi. Un récit enivrant, troublant, difficile à lâcher, qui oscille dans la moiteur du bayou entre roman noir et fantastique.
Vivre dans un mobil-home avec son père, c'est déjà pas terrible. Mais si le mobil-home se trouve à Carrefour, un trou paumé des États-Unis dans les derniers méandres du Mississipi, c'est presque un enfer. David ne pense qu'à fuir son destin tout tracé. Son rêve c'est l'écriture. Il y en a eu d'autres comme lui qui voulaient partir, devenir sportifs, musiciens ou peintres. Tous ont disparu, du jour au lendemain, sans laisser de traces. Fugues ? Enlèvements ? Tueur en série ? Ou bien une chose plus étrange à laquelle personne n'a su résister ?
Stéphane Servant est né en 1975. Après des études de littérature anglaise puis divers projets alliant culture et animation auprès des enfants, il se consacre à l'écriture et à l'illustration, pour la presse jeunesse notamment. A Rue du monde, il a publié l'album Coeur d'Alice. Il est installé dans l'Aude, près de Carcassonne.
David, Paul et Martin habitent à Carrefour, un trou perdu au bord d'un bayou, en Louisiane...
Basculant d'un univers de polar noir vers le fantastique, le texte de Stéphane Servant est troublant. Entre réalité moite et fiction, il sombre dans le pire des cauchemars pour le bonheur des amateurs d'étrange.
Prologue
C'était un lézard.
Ou un serpent. En tout cas, un truc préhistorique, sans âge.
Il déroulait là ses formes primitives, sous mes yeux, gravé dans le bois de la table. Et moi, j'étais hypnotisé. Le monde extérieur avait disparu. Le brouhaha de la salle de classe, la voix sourde de Lebreton, les coups de coude de Paul, tout avait disparu. Englouti par la gueule sombre du reptile. L'espace, le temps s'étaient comme dissous. Il n'y avait plus rien que la torsade de sa queue, le tranchant de ses écailles et, plus que tout, l'éclat sombre de ses yeux. Le lézard s'étendait dans le coin gauche de la table, enroulé sur lui-même, au milieu des messages qu'on trouve d'ordinaire sur les tables du lycée : Jessica salope, Vivre tue, Ben Laden superstar.
La gravure avait été exécutée à la hâte, sans doute au compas ou au cutter. Mais ça ne faisait que renforcer le côté agressif de ses formes. C'était brut, naïf. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai pensé aux dessins préhistoriques comme les spéléologues en trouvent parfois sur les parois des grottes. Étrangement, j'ai pensé à la terre brute. J'ai pensé au sang. J'ai pensé au charbon. J'ai pensé à des hommes éclairés par les flammes du premier feu. Des flammes sauvages. Oui, c'était ça, il y avait une force sauvage dans les traits du lézard. Et ses yeux, dans lesquels on avait laissé couler deux gouttes d'encre noire, s'ouvraient comme des gouffres sans fond. Des gouffres où je sombrais.
C'est le coude de Paul dans mes côtes qui m'a ramené à la surface :
- Ça va, David ? Allez, viens, on y va !
Je me suis ébroué. La main de Lebreton enserrait toujours mon poignet. Sa voix sourde est parvenue jusqu'à mon oreille.
- Alors, petit, tu as compris ce que je t'ai dit ?
J'ai hoché la tête, mécaniquement. Le crâne à la dérive, je tenais à peine sur mes jambes. Merde, qu'est-ce qui se passait ? Autour de moi, le monde s'est animé : la salle de classe où volaient les pages de mon manuscrit, près de la porte quelques gars qui me regardaient d'un drôle d'air, Paul à mes côtés, les poings serrés. Et en face de moi, Lebreton. Un rire dément sur la bouche. Sa main m'a soudainement lâché. Alors, tout m'est revenu en flash-back. Je suis sorti de la salle. J'ai couru. Les lumières des couloirs dansaient autour de moi. J'ai bousculé des gens. Il y a eu des cris. J'ai enfoncé la porte des toilettes. Un spasme m'a cassé le corps en deux. Je me suis étalé dans la flotte et un jet de vomi a explosé sur la faïence.
Sans savoir pourquoi ni comment, j'ai réalisé à ce moment-là que j'allais mourir.
Bientôt.
Très bientôt.
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