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Auteur : Bartolomé Bennassar
Date de saisie : 02/09/2010
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 9782877067300
GENCOD : 9782877067300
Sorti le : 01/10/2010
«Le peintre des peintres», disait Manet, dans une lettre envoyée de Madrid à son ami Fantin-Latour, à propos d'un artiste qu'il venait d'admirer au musée du Prado : Diego Rodriguez de Silva y Velázquez.
De Renoir à Picasso et d'Édouard Degas à Francis Bacon, tous les grands ont souscrit à ce jugement.
Mettant en scène les humbles comme les rois, les bouffons comme les hommes d'Église, ne s'interdisant aucun genre, ni les tableaux d'histoire, ni les paysages, ni les nus féminins, Vélasquez incarne à lui seul toute la peinture espagnole, et peut-être la peinture tout entière.
Pourtant, le plus connu des peintres, s'il s'agit de son oeuvre, est aussi celui dont la vie est la plus mal connue. Aucun témoignage direct, aucune correspondance intime, aucun document d'archives ne permettait jusqu'à maintenant de décrire l'homme qu'il fut.
Il a fallu attendre le quatre centième anniversaire de sa naissance, en 1999, pour que de nombreux colloques, congrès et symposiums fassent avancer la recherche.
A l'aide de ces récentes découvertes, Bartolomé Bennassar tente ici de percer les secrets de l'auteur des Ménines, et de faire toute la lumière sur celui dont le meilleur spécialiste disait qu'on ne pouvait pas écrire la biographie, «car il ne lui est rien arrivé».
Né en 1929 à Nîmes, Bartolomé Bennassar est historien et romancier. Grand spécialiste de l'Espagne et de l'Amérique latine, sa compétence est reconnue internationalement.
Extrait de l'introduction
Vélasquez ? À n'en pas douter un personnage hors du commun. Un gamin andalou placé en apprentissage, dont le maître fait son gendre car il en a lucidement pressenti le génie, et qui, à vingt-quatre ans, devient peintre du roi au grand dam de l'académisme dominant. Un homme qui, pendant quelque trente-cinq ans, fut le familier le plus habituel et le plus recherché du roi Philippe IV, son portraitiste attitré et celui de la famille royale, mais qui ne s'interdit aucun registre : ni la peinture de genre, ni la fable mythologique, ni le tableau d'histoire, ni le paysage, ni les images de Dieu, de la Vierge et des saints, ni le nu féminin, ni les bouffons. Un officier du palais que son roi expédia en Italie, à la chasse aux chefs-d'oeuvre de l'Antiquité, puis, au soir de sa vie, jusqu'à l'île des Faisans pour y décorer le pavillon de l'acte final de la Paix des Pyrénées : un homme qui dialogua longuement avec Rubens, qui, à Rome, rencontra le Bernin et Pierre de Cortone, côtoya Nicolas Poussin et Claude Gelée tout en faisant les portraits du pape et de ses cardinaux, fut élu à l'Académie des Virtuoses ; une sorte de directeur des Beaux-Arts qui entreprit la rénovation des palais royaux de l'Alcazar et de l'Escorial : un homme dont le roi consacra le talent en lui octroyant l'habit de chevalier de Santiago (Saint-Jacques).
Un artiste considéré à vingt ans comme un nouveau Caravage, mais dont plusieurs toiles des vingt ou trente dernières années font un précurseur de l'impressionnisme. Étonnante mutation ! Un artiste dont Goya et Picasso tentent de refaire à leur manière l'oeuvre majeure. Les Ménines, qui suscite l'admiration des peintres français du XIXe siècle, dont les expositions à la fin du XXe siècle sont des événements internationaux.
Bien entendu, depuis trois siècles et demi, des centaines de spécialistes, d'exégètes et de critiques d'art de toutes nationalités se sont emparés de l'oeuvre de Diego Rodriguez de Silva y Velázquez. Ils ont traqué ses oeuvres, établi le catalogue de ses toiles, sans oublier celles qui ont disparu, ont discuté les dates et lieux de réalisation, proposé une identité des personnages des portraits controversés, notamment des femmes dont plusieurs demeurent incertaines. Une douzaine de catalogues ont été établis : le deuxième de José Lopez Rey, publié en 1979, longtemps considéré comme le plus rigoureux, a dû être révisé. Ces catalogues ont progressivement réduit le nombre des oeuvres attribuées avec certitude au maître, de 274 en 1883 (catalogue de Curtis) à 123 en 1979 (Lopez Rey), et Jonathan Brown a proposé une liste de 98 toiles de Vélasquez, augmentée de sept tableaux réalisés avec des collaborateurs et de neuf possibles. Grâce à eux nous connaissons les musées et les quelques collections particulières où nous pouvons retrouver les oeuvres de celui qu'Édouard Manet, enthousiasmé, appelait «le peintre des peintres» dans une lettre à son ami Fantin-Latour, expédiée de Madrid.
Grâce aux restaurations et aux nettoyages, grâce aux radiographies qui concernent maintenant presque toutes les toiles, nous comprenons mieux la technique et la manière de travailler de Vélasquez, nous découvrons ses «repentirs». Nous savons aussi que plusieurs de ses oeuvres sont demeurées inachevées.
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