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Auteur : Horacio Castellanos Moya
Traducteur : André . Gabastou
Date de saisie : 26/02/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : ALLUSIFS, Montréal, Canada
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-923682-04-4
GENCOD : 9782923682044
Sorti le : 19/08/2010
La haine et la rancoeur peuvent ronger un être jusqu'à le détruire. C'est ce qui arrive à dorïa Lena, épouse d'Erasmo Mira Brossa, avocat, président du Parti national hondurien, et mère d'une fille unique, Teti. La fielleuse Lena, dont les insultes et les accusations traversent tout le roman comme des coups de tonnerre, enferme son mari dans les toilettes pour l'empêcher d'assister au mariage de leur fille, une union qui à ses yeux démolit l'image de la famille. Car Teti épouse un Salvadorien divorcé beaucoup plus âgé qu'elle, et certainement communiste, croit sa mère.
HORACIO CASTELLANOS MOYA utilise ici la voix d'une bourgeoise hystérique pour faire un portrait au vitriol des classes possédantes d'Amérique centrale. À sa façon excessive, il dépeint le démantèlement d'une grande famille sur fond d'écroulement politique, dans une ambiance de folie, de conspiration, de suspicion et de conflits. Effondrement confirme ses dons de portraitiste acide et le révèle comme l'un des meilleurs connaisseurs de sociétés qui semblent répéter leurs névroses à l'infini.
«Horacio Castellanos Moya a remis à l'honneur les antiques règles de l'unité de style, de temps et de lieu. Sa coulée d'encre des plus sombres, bile et humour noir mêlés, engloutit tout ce qui passe à sa portée en l'espace de quelques heures [...].» Éric Naulleau, L'Humanité
La famille, c'est la guerre. Et la guerre, c'est une affaire de famille. «La guerre civile est une expression de la guerre familiale, nous disait Horacio Castellanos Moya en 2006, l'année où il publiait ce roman aujourd'hui traduit, Effondrement. La famille rompt et la guerre commence.» C'est le sujet de presque tous ses livres, qui communiquent entre eux par les personnages, les événements. C'est le sujet de celui-ci. Il se déroule de 1963 à 1992, en trois temps, au Honduras et au Salvador. Ce sont des voix qui racontent : par des dialogues, des lettres, un monologue. Le romancier salvadorien n'écrit rien tant qu'il n'a pas trouvé ses voix. Ce sont elles qui portent le récit. Comme toujours il est sec, implicitement sarcastique, concentré sur sa dramaturgie, sur cette oreille du coeur, tendu sur le crachoir comme un hibou amaigri par la nuit...
ffondrement explore les caves d'une famille dont le destin est noué par toutes sortes de guerres, de putschs manqués ou non. Drame politique, drame intime : l'Histoire nous tue, on s'en sert pour mourir.
Petit et rond, vêtu d'un impeccable costume gris, Erasmo entre dans la cuisine, accroche son chapeau de feutre au portemanteau et observe sa femme : maigre, les os saillants, en robe de chambre, cheveux en bataille, elle avale une tasse de café et lit le journal éparpillé sur la table.
- Qu'est-ce que tu fais ici à une heure pareille ? demande Lena sans lever les yeux du journal. Tu ne devrais pas être à ton bureau ?
- Je suis là pour toi. Tu ne t'es pas encore préparée ?
- Je bois mon café et je lis le journal. Tu ne t'en aperçois pas ? répond-elle en tournant une page.
Erasmo se plante devant la table, talons joints et mains dans le dos, tout en essayant de rentrer le ventre et de bomber le torse.
- Lena, s'il te plaît, murmure-t-il.
- Ces gens du Viêt-Nam du Sud n'y vont pas par quatre chemins, dit Lena sans cesser de regarder le journal. Ils ont tué net le dénommé Ngô Dinh Diêm qui était sûrement de mèche avec les communistes. C'est un coup d'État...
- Lena, je te répète que je suis venu te prendre...
- Alors que vous, bande de timorés, vous avez traité les libéraux avec des gants de soie. Vous devriez avoir honte : au lieu de jeter en prison ces scélérats qlii ont séquestré le gouvernement pendant six ans, au lieu de leur faire payer leurs crimes et leurs méfaits, vous les envoyez au Costa Rica où ils vont vivre comme des rois avec ce qu'ils ont volé. A-t-on jamais vu pareille lâcheté ? Ces communistes devraient être sous les verrous, pas en exil... Erasmo insiste :
- Va te préparer une bonne fois pour toutes, Lena ! Elle réagit en lui jetant un regard haineux.
- Sauvage, je viens de laver le sol de la salle à manger et regarde les traces que tu as laissées... (Elle montre les carreaux qui sont derrière l'homme et sur lesquels on aperçoit quelques empreintes.) Tu n'apprendras jamais à te nettoyer les pieds sur le paillasson ?
Erasmo ne bronche pas.
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