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Auteur : Goran Petrovic
Traducteur : Gojko Lukic.
Date de saisie : 26/02/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : ALLUSIFS, Montréal, Canada
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-923682-08-2
GENCOD : 9782923682082
Sorti le : 02/09/2010
Une petite ville serbe, un dimanche après-midi de l'année 1980 : sous le vieux plafond du cinéma Uranie où se déploie une représentation stylisée de l'Univers, une trentaine de spectateurs - cocasse Serbie en miniature -assiste à une séance mémorable. Pendant que le ciel en stuc fatigué - emblème lézardé de la transcendance collective -, s'effrite doucement mais sûrement au-dessus de leurs têtes, la séance est interrompue par une annonce sidérante, qui va marquer la fin d'un monde...
Une fable légère, ironique, bouffonne sur toute une sér(b)ie noire de petits et de grands désastres.
Goran Petrovic, né en 1961, est l'un des auteurs serbes majeurs. On lui doit Soixante-neuf tiroirs et Le Siège de l'église Saint-Sauveur.
«Sans nul doute, s'il se trouvait le moindre mur au paradis, les gens le couvriraient de graffitis, placarderaient des affichettes, épingleraient des annonces, colleraient des slogans, des logos et des marques aussi haut qu'ils le pourraient...»
On suit ces destins de l'entre-deux-guerres jusqu'à une séance apocalyptique de mai 1980 où le plafond étoilé part en lambeaux en même temps que la mort de Tito est annoncée, ce qui marque la fin de l'Uranie. D'une plume allègre et inventive, Petrovic redonne vie à ce microcosme loufoque, confirmant au passage son talent de formidable conteur.
Goran Petrovic, écrivain et éditeur, est né en Serbie en 1961. On se plaît à l'imaginer petit cousin d'Albert Einstein dont il aurait hérité de l'esprit frondeur - provocateur ? -, d'un humour dévastateur et d'un sens de la relativité tout personnel... Petrovic s'amuse à créer un espace-temps, une quatrième dimension dans laquelle ses personnages, tous plus loufoques et poètes les uns que les autres, jouent une étrange partie, leurs petites existences prises dans le grand tourbillon de la vie : une guerre ici, une guerre là, une domination ici, un éclatement là, toutes folies que le XXe siècle affectionna...
Il réinvente l'ironie, masque la férocité, donne des couleurs flamboyantes à l'innocence, et fait de la truculence de son phrasé un passeport mondial.
EXTRAIT DES ACTUALITÉS DU FONDS DE LA CINÉMATHÈQUE YOUGOSLAVE
Godillots droits, godillots gauches
L'hôtel Yougoslavie, à Kraliévo, a été construit en 1932 à l'endroit où se trouvait auparavant l'auberge La Charrue. C'est Laza Iovanovitch, un ingénieux cordonnier originaire de la petite ville de Rachka, qui l'a fait bâtir. Ce Laza avait acheté à Belgrade, en 1926, des wagons de godillots que l'armée venait de mettre au rebut. Les godillots usagés n'intéressaient pas d'autres acheteurs, si bien qu'il les avait obtenus à un prix avantageux. Mais chez nous, dès qu'on ouvre la bouche pour raconter quelque chose, on est aussitôt interrompu par ceux qui affirment en savoir plus que vous :
- Non, ce qui s'est passé, c'est que Laza Iovanovitch a soudoyé quelqu'un au ministère de la Défense pour que les godillots soient sciemment dépareillés et proposés en deux ventes séparées.
Quoi qu'il en soit, personne n'a voulu des godillots droits sans les gauches. Hormis Laza. Assis au fond de la salle, il était paralysé par la peur au point qu'il a eu de la peine à lever la main pour se porter acquéreur. Les marchands présents, négociants en vue pour la plupart, gros bonnets en manteau de fourrure à col d'astrakan soyeux, se sont retournés pour jauger d'un coup d'oeil le malheureux petit bonhomme prêt à gaspiller son argent pour une marchandise sans la moindre valeur.
- Une fois... deux fois... trois fois... Adjugé à ce monsieur au fond de la salle ! a claironné le préposé à la vente, un capitaine de l'intendance, en abattant son marteau, ce qui a soulevé un petit nuage de poussière.
On a entendu quelqu'un rire. Mais quand trois mois plus tard, lors d'une nouvelle vente, on ne s'est vu proposer que des godillots gauches, seul Laza disposait des droits qui faisaient la paire. Cette fois, très à l'aise, assis au premier rang, il a acquiescé au prix de départ avec beaucoup d'assurance. Certains des négociants se sont agités, ont dressé la tête et tendu leurs cous rougis dans leurs cols d'astrakan...
- Une fois... deux fois... trois fois... Adjugé à ce monsieur de la première rangée ! a annoncé le même capitaine de l'intendance que la première fois, et son coup de marteau a de nouveau soulevé un minuscule nuage de poussière.
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