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Auteur : Kate O'Riordan
Traducteur : Florence Levy-Paoloni
Date de saisie : 06/10/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Joëlle Losfeld, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-07-078778-4
GENCOD : 9782070787784
Sorti le : 26/08/2010
Une semaine en amoureux à Rome peut-elle réparer un amour qui s'effrite ?
Matt et Connie ont trois fils, chacun avec une personnalité propre, du plus décidé au plus docile. La semaine s'écoule, le retour s'annonce, mais Matt ne veut pas rentrer.
Connie va devoir se débrouiller pour excuser le père qui ne rentre pas pour cause de retrouvailles avec un amour d'enfance.
Tout est là. Comment reprendre la vie de tous les jours sans s'énerver contre l'absent ?
L'art de Kate O'Riordan réside dans le fait que personne n'explose, pas de mensonges et l'édifice tient. Un roman dense, fort, qui nous marque longtemps.
***
Du même auteur, j'ai d'ailleurs lu et adoré Pierres de Mémoire et Un Garçon dans la Lune
Connie et Matt Wilson sont parvenus à réaliser leur rêve : ils vivent avec leurs trois enfants dans une charmante maison londonienne. Alors qu'ils profitent d'un week-end pour passer un séjour romantique à Rome, tout bascule : Matt annonce à Connie qu'il ne rentrera pas avec elle. Elle retourne à Londres, retrouvant ses trois garçons, seule. Un autre amour est le récit intense du désespoir d'une femme dont l'heureux et paisible mariage se trouble. L'auteur explore les sentiments tumultueux de cette épouse qui s'emploiera à faire revenir celui qu'elle aime depuis l'enfance. Kate O'Riordan analyse l'ambiguïté et la fragilité des sentiments à travers l'évocation du passé duquel on ne peut réchapper. Elle fait intervenir des personnages poignants, singuliers ou drôles qui croisent le destin des protagonistes et révèle les failles de la vie qu'ils ont cru se construire.
Kate O'Riordan est irlandaise, et vit actuellement à Londres. Elle est désormais considérée comme l'une des nouvelles voix incontournables de la littérature irlandaise. Découverte en France en 2001 par les Éditions Joëlle Losfeld, elle a participé avec Dermot Bolger, Joseph O'Connor, Roddy Doyle et d'autres, à la savoureuse anthologie Finbar's Hotel. Elle est l'auteur de cinq romans dont Le garçon dans la lune qui l'a révélée au grand public français en 2008.
Au fil d'un scénario qui va s'assombrir de plus en plus, Kate O'Riordan raconte l'effondrement d'un couple dans ce très beau roman où la trahison et la fidélité se télescopent brutalement. Où deux histoires d'amour se déchirent mutuellement, irrémédiablement. Où la culpabilité pèse trop lourd. Où le présent et le passé s'entremêlent en un jeu à la fois pervers et dramatique. Aucune mièvrerie, pas le moindre trémolo sous la plume de Kate O'Riordan, mais une finesse éblouissante. Et une oreille prodigieuse, pour écouter les confidences de ses personnages.
On se sent bien dans les pensées de Connie Wilson, dont le mari dentiste n'est pas rentré de son congrès en Italie, à cause d'une femme. Leur pertinence douce-amère, leur ambiguïté solaire, leur douleur lumineuse dégagent une chaleur que la traduction de Florence Lévy-Paoloni distille à petit feu. Progressivement étourdissante comme une imparable prise de conscience, la langue de Kate O'Riordan est à la fois populaire et précieuse.
La bataille d'une femme pour éviter le naufrage de sa famille...
Elle s'attache à mesurer ce qu'occasionnerait la perte de cet amour enraciné depuis l'adolescence : un manque vertigineux. La voilà qui met à nu ses sentiments et révise ses idées sur la vie conjugale, sans fureur ni rage mais avec une lucidité mélancolique et la ferme intention de comprendre. Ce roman explore avec la même subtilité les sentiments ambigus d'un mari déchiré, de Mary l'amie de Connie, qui voit s'effondrer cette famille modèle, et de la belle Greta qui n'est bien évidemment pas la prédatrice que les circonstances auraient pu laisser supposer.
La romancière irlandaise excelle dans la dissection des relations amoureuses. Elle a le don de mettre à nu ses personnages, rongés de mauvaise conscience. Qu'il s'agisse d'une histoire d'amour en pleine guerre civile (Intimes convictions, Joëlle Losfeld, 2002) ou d'une comédie conjugale qui bascule dans la tragédie (Le Garçon dans la lune, Joëlle Losfeld, 2008), ce sont toujours les fantômes du passé ou la mort d'un enfant qui ressurgissent, obsédants, étouffants...
C'est un drame sans éclats de voix, qui évolue de sourires tristes en douleurs murmurées. Il n'y a ni bons ni méchants. Le lecteur peut partager successivement l'émotion de chacun des personnages, sans savoir, en fin de compte, lequel de ses "enfants" Kate O'Riordan aime "le coeur serré"...
Connie traversa le hall des arrivées d'Heathrow en tirant sa petite valise à roulettes. Elle se dirigea droit vers la sortie taxis. Elle aurait pu téléphoner à son amie Mary et celle-ci serait venue la chercher; la perspective de faire la queue, le taxi en soi étaient décourageants, compte tenu de ce qui était arrivé. Mais il lui faudrait alors en parler et les mots ne lui venaient pas encore. Il lui fallait aussi penser à ses fils. Qu'allait-elle leur dire ? Devait-elle en rajouter ou minimiser ? Il n'y avait vraiment pas moyen de décider quelle serait la meilleure approche. Après tout, elle ne savait pas bien elle-même où placer les événements de la veille au soir et du matin sur l'échelle de Richter.
Dehors, il faisait exceptionnellement humide pour un mois de juin. Le peu de ciel qu'elle voyait au-dessus du parking à étages était d'une tristesse lamentable. L'air semblait épais et poudreux comme une soupe aux champignons en sachet. Un retour dans une photographie en noir et blanc après le ciel bleu-jaune et les ocres crayeux de Rome. La fumée de la cigarette sur laquelle tirait une femme parvint à ses narines. Elle rejoignit la longue file qui attendait un taxi.
Deux enfants apathiques qui s'ennuyaient ferme se bousculaient devant elle. L'un d'eux lui donna involontairement un coup de pied dans le tibia et leur père en sueur s'excusa et les fit s'écarter. Connie agita la main pour montrer que ce n'était rien, mais il s'était déjà détourné. Le visage échauffé et luisant comme une brioche de Pâques, les enfants se retournèrent et lui jetèrent un regard noir.
La fumée lui picota de nouveau les narines ; elle avait très envie d'une cigarette, bien qu'elle ait arrêté depuis quinze ans. Elle allait peut-être se remettre à fumer en rentrant. Sa gorge se serra en pensant à sa maison. Dans un aéroport, on n'est nulle part. On peut être n'importe qui, vivre la vie de quelqu'un d'autre. Un court moment on peut même réussir à oublier la sienne. Mais naturellement elle vous attend - à la maison.
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