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Auteur : Yves Ravey
Date de saisie : 12/12/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Minuit, Paris, France
Collection : Romans
Prix : 13.50 € / 88.55 F
ISBN : 978-2-7073-2125-1
GENCOD : 9782707321251
Sorti le : 09/09/2010
Le titre est explicite. Max, petit comptable dans une société attend le retour d'Afghanistan de son frère Jerry. Vingt ans qu'ils ne se sont pas vus, objectif : enlever la fille du patron de Max. Des divergences de points de vue et des secrets de famille vont apparaître progressivement entre eux.
Un court thriller haletant, qui ne laisse pas une seconde de répit aux lecteurs. Le style vif et nerveux de Ravey convient particulièrement bien à l'action du récit.
Max et Jerry ne se sont pas revus depuis que Jerry a quitté la maison familiale pour l'Afghanistan. Max, son frère, est resté comptable dans une entreprise d'emboutissage. Et, si, un soir, Jerry passe la douane en fraude pour un retour de quelques heures parmi les siens, c'est que, comme Max, il poursuit un objectif qui devrait lui faire gagner beaucoup d'argent. Le plan ne peut échouer. Quitte à employer les grands moyens.
Yves Ravey est né à Besançon (Doubs) en 1953.
Un enlèvement avec rançon, c'est comme un paysage avec femme. Une tradition. Yves Ravey, dont on connaît le goût pour la précision, et le travail proprement fait, consacre son treizième roman à un plan qui ne peut pas échouer tant il est simple et bien conçu, et qui ne se déroule pas comme prévu, ainsi qu'il est d'usage...
Les sentiments ne sont pas la cible d'Yves Ravey. Il préfère armer comme une arbalète les arrière-pensées. Et puis mettre à exécution un projet de roman avec enlèvement, liasses et violence, décrire les véhicules et les trajets comme s'il avait conduit lui-même.
Comme dans L'épave ou Cutter, Yves Ravey joue avec les non-dits et instaure un climat extrêmement singulier, à l'image de sa manière très personnelle d'utiliser les noms de voitures (Ford Transit, Clio ou Vel Satis). Aussi, sans jamais tomber dans la moindre démonstration, l'auteur bisontin décrit un fond social aussi peu reluisant (il ne fait pas bon travailler chez Pourcelot) que les désirs enfouis de certains protagonistes. Enfin, il est difficile de ne pas être bluffé par le final, formidable, de cet Enlèvement avec rançon. Raison de plus pour conseiller ce roman d'Yves Ravey (et tous les autres), car ils ne sont pas si nombreux, les romanciers qui réussissent systématiquement la chute de leurs livres...
Autant le dire tout de suite : le onzième roman d'Yves Ravey est sans doute aussi l'un des tout meilleurs
de cet automne littéraire. Pas même 150 pages, mais une densité et un foisonnement de réalité qui relèvent du grand art...
Le dénouement approche, commandé de main de maître par l'instigateur qu'on n'attendait pas. On bascule dans le drame. Les séquences rapides se succèdent. La mécanique, impeccable et implacable, tenue par une écriture minimale, rappelle les chefs-d'oeuvre du film noir. Treize lignes au milieu d'une page, d'une beauté rude, clôturent le texte et en délivrent
le sens, d'une stupéfiante simplicité.
On découvre parfois des moments de très pure civilité dans les romans les plus noirs. Dans celui-ci, où les évolutions des principaux personnages sont réglées au millimètre par un calibre 50 Magnum, tandis que valsent les sacs de petites coupures et que le froid acéré des montagnes environnantes promet des cadavres bien raides, on apprend une chose étonnante au sujet des oeufs au plat...
C'est si bien ficelé qu'on ne voit rien venir, occupé qu'on est à lire au premier degré un récit pensé au second. Et c'est comme si l'auteur nous avait masqué son oeuf. Celui-là même que l'on vient de gober.
La nuit de son retour, je suis allé de l'autre côté de la frontière helvétique accueillir mon frère à sa descente du train. Quand il m'a aperçu, Jerry a posé sa valise pour m'embrasser, me serrer fort contre lui et me dire qu'il attendait depuis une bonne demi-heure. Alors, j'ai compris que rien n'avait changé depuis son départ, il y a vingt ans. Et tout de suite, sans que j'oublie rien de ce qui nous liait, notre enfance, mon père et ma mère, nos rapports se sont tendus.
Qu'importe, nous sommes restés longtemps sur le quai, dans les bras l'un de l'autre. Mais quand il a relâché son étreinte, il a demandé si j'étais toujours prêt à enlever la fille de mon patron, qui ne répondait pas à mes avances, et j'ai fait oui de la tête.
De la gare, nous avons pris la direction de la montagne. Au pied des pistes, un ancien collègue moniteur de ski m'a ouvert la porte du local d'entretien du train à crémaillère, et Jerry a pu déposer ses affaires dans un sac à dos. Ensuite, j'ai équipé mon frère. Le moniteur a rangé la valise dans un entrepôt et m'a remis une clé de contact. J'ai chargé sur le traîneau notre matériel de randonnée et nous sommes partis, en scooter des neiges de la Compagnie des remontées mécaniques de la Suisse romande, jusqu'au restaurant d'altitude. Le dernier tronçon, nous l'avons parcouru à ski.
Parvenu au sommet, Jerry a demandé à se reposer un temps à l'abri derrière le terminal du télésiège. Il s'est mis à neiger.
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