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Auteur : Vincent Ravalec
Date de saisie : 02/11/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 20.90 € / 137.10 F
ISBN : 978-2-213-64285-7
GENCOD : 9782213642857
Sorti le : 18/08/2010
Comment un petit voyou qui se rêvait chef d'entreprise peut-il devenir paparazzo, médium et agent secret, avant de plonger dans les annales du monde et d'être sauvé par les charmes de l'amour ?
En 1994, Vincent Ravalec fait une entrée fracassante en littérature avec Cantique de la racaille (Flammarion), roman emblématique d'une génération rebelle.
D'emblée, la critique l'identifie comme un des pionniers du mouvement des " nouveaux réalistes ", aux côtés de Virginie Despentes et de Michel Houellebecq. Parallèlement, il entame une carrière de réalisateur et a déjà vu plusieurs de ses romans portés à l'écran.
Cantique de la racaille, opus 2 retrouve un Gaston qui, après 15 ans de détention, entend bien se refaire. Pour cela, le voilà qui s'improvise paparazzi d'un journal lancé par un émir pour ruiner la réputation d'émirs concurrents. Sa mission : infiltrer une fête orgiaque et photographier les vedettes dans les situations les plus compromettantes...
Mais Vincent Ravalec ne colle pas longtemps au schéma du premier épisode. Certes, on retrouve ses personnages : Bruno, l'ex-flamboyant communiquant, devenu accro à la cocaïne. Patricia, son ancienne compagne, qui a connu une plus riante trajectoire. Marie-Pierre, la muse de Gaston... Mais ces visites au passé cèdent bientôt devant les charmes de la nouveauté. Celle de l'époque : après son incarcération, Gaston a 15 ans de «progrès» à rattraper et sa formation aux téléphones portables, connexion internet et autre Facebook ne va pas sans douleur. Et celle de l'inspiration de Ravalec, qui a une autre histoire à conter que la sinusoïdale existentielle d'un ambitieux...
Dans Cantique de la racaille opus 2, qui vient de paraître, Ravalec remet en selle, pour 400 pages, son personnage fétiche, une fois sa peine de prison purgée. Il le propulse paparazzo, puis agent secret par raccroc, avant de le mêler, dans la seconde moitié du roman, au vaste complot d'une société secrète manipulant les consciences pour déstabiliser les places financières. Malgré l'allant des 200 premières pages, l'alchimie du premier opus semble petit à petit se décomposer...
Mais s'il y a bien une chose qu'on ne peut refuser à Ravalec, dans cette seconde moitié du roman, c'est de rire avec lui. Rire de bon coeur à cet imaginaire de série B, qu'il le prenne au sérieux ou pas, et l'admirer pour sa ténacité à lui rester fidèle. Ce n'est sans doute pas sans raison que nombre de ses romans mettent en scène des personnages menacés d'être dépossédés de leur imaginaire, aussi extravagant soit-il.
Gaston revient ! pas Lagaffe ni celui du téléfon ! Gaston tout court, le Gaston nonpareil, héros de Cantique de la racaille, roman qui a fait connaître Vincent Ravalec au siècle dernier et lui a rapporté le prix de Flore 1994...
Point n'est besoin d'avoir lu le premier Cantique pour lire la suite. Après avoir créé sa petite entreprise de matériel hight tech, Extramill, Gaston s'est retrouvé emprisonné pour avoir réglé son compte à un malfaisant qui s'en était pris à Marie-Pierre, sa femme. Cantique 2 commence par une levée d'écrou moins poétique que les scènes linoventuresques et matutinales en noir et blanc des années 60...
Par-delà la fantaisie, dans ce roman assez neuronal qui ne se prend pas la tête pour autant, Ravalec s'interroge sur un monde sens dessus dessous et le point de vue qu'il délivre, où éthique et compassion s'imposent comme des impératifs pour éviter le devenir «chacal», met aussi au centre écriture et expression artistique..
C'est le talent de Ravalec de capter les choses, son art de nouvelliste en témoigne. Il fait ici lever la pâte fictionnelle dans laquelle on roule nos travaux et nos jours, jusqu'à restituer un objet narratif assez délirant et séduisant - son final est une vraie réussite.
(Jésus s'éclipsant du tombeau)
La première chose que je pense en mettant le pied dehors, c'est que le monde a changé. Je le sens dans l'air. Je le sens à la tête des gens. La veille, j'ai rêvé du tableau d'acuité visuelle face auquel, dans la pièce qui jouxte l'infirmerie, Hepner-qui-sait-tout me prodiguait ses leçons secrètes : les lettres représentaient les formes nouvelles et mouvantes de l'extérieur. Je suppose - ou plutôt comme Hepner m'a appris à le supposer - qu'il s'agit d'un message envoyé par un recoin de mon cerveau pour mieux gérer l'anxiété qui étreint les détenus après une longue peine.
J'ai obtenu une permission, à un mois de ma libération, après treize ans, huit mois et quatorze jours (si je ne compte pas la garde à vue qui a précédé mon incarcération). Cette mesure ne m'a été accordée qu'en raison de l'imminence de ma libération, et encore parce que Hepner l'a appuyée. Pendant ma détention, j'ai joué de malchance, mes demandes de conditionnelle ayant été systématiquement reléguées aux oubliettes. Comme si un sort malin s'acharnait à me maintenir prisonnier. Soit des faits-divers scabreux mettant en scène des détenus récidivistes défrayaient l'actualité, soit survenaient des élections, et donc un climat peu propice à la clémence. Quand ce n'était pas le directeur qui m'avait dans le nez. Quoi qu'il en soit, la réponse était toujours la même : pas de liberté, comme un leitmotiv dément à vous rendre fou. Avant d'y être confronté, on aurait tendance à penser que certaines situations seront invivables, qu'il sera impossible d'y survivre. C'est en partie faux, puisque je n'étais pas mort. Non pas d'ailleurs que je n'aie songé me suicider, mais je suppose qu'avoir une plus haute idée de mon destin que ce qui était mon lot, et le fait également d'avoir été un capitaine d'entreprise, d'avoir surmonté beaucoup de difficultés lorsque j'avais ma société, tout cela m'a aidé à traverser l'épreuve.
Les deux paparazzi avec qui j'ai rendez-vous m'attendent à l'angle de la rue. Je monte dans la voiture et, sitôt la portière refermée, je leur demande s'ils ont l'argent. Ce sont les premières paroles que je prononce à l'air libre, après ces absurdes années d'enfermement. «Vous avez l'argent ?» Et même si le monde a changé, cette phrase claque dans l'air comme des retrouvailles joyeuses, comme la certitude d'une reconnexion immédiate avec les forces vives qui, en profondeur, animent la marche des gens, de la Terre et du monde.
- Vous avez l'argent ?
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