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Auteur : Yves Bichet
Date de saisie : 04/11/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre rouge
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 9782021022254
GENCOD : 9782021022254
Sorti le : 16/08/2010
Avec son dernier roman, Resplandy, Yves Bichet confirme l'intérêt qu'il avait déjà manifesté dans Le Porteur d'ombre pour ces héros du quotidien que nous sommes parfois. Ici Bertrand, professeur de dessin dans un collège du nord de Paris, voit sa vie bouleversée, le jour de la mort de son père, par la rencontre de l'énigmatique Resplandy, plus âgée que lui de dix ans, et qui, sitôt croisée dans une chambre d'hôtel, disparaît.
Ce roman, en même temps qu'il intrigue - la scène initiale où l'héroïne mélange les cendres de sa propre mère à celle du père de Bertrand constitue une véritable page d'anthologie - dévoile un aspect de la conscience masculine peu exploré : sa fragilité. Faiblesse de cet homme face aux aléas du destin : mort de son père, départ de son épouse. Faiblesse surtout vis-à-vis des femmes qui l'entourent, mystérieuses et magnifiques comme Agathe, sa compagne, et Benti l'amie algérienne. Ou encore horripilantes et touchantes comme sa mère. Ces figures féminines hautes en couleur, attachantes, soulignent en négatif l'égarement du héros et donnent un puissant relief à l'exploration de l'intime, de la sensation et du corps à laquelle se livre l'auteur, fidèle en ce sens à ses autres romans. Cette évocation tout en finesse de la chair donnent lieu à des pages étrangement pudiques en même temps que très sensuelles.
Bertrand va fouiller dans le passé de son père et y découvrir le lien qu'il entretint jadis avec des évènements méconnus de la guerre d'Algérie. La narration prend alors une autre ampleur, le rapport des personnages se complexifie, leur donnant une dimension non seulement historique mais politique, sans que pour autant passe au second plan le côté plus charnel et vertigineux du récit.
Yves Bichet confirme ici sa singularité et nous offre un livre fort.
La librairie Lucioles lui avait décerné en 2002 son PRIX LUCIOLES pour "La Femme Dieu".
Cinq ans que nous attendions le nouveau roman d'Yves Bichet.
Nous entrons dans la vie de Bertrand, le suivons dans son quotidien, entre travail - il est professeur d'arts plastiques - et vie de famille - Agathe, ses deux enfants, Marion et Théo-.
Mais Yves Bichet a l'art de décaler légèrement la réalité ; il campe une situation, qui à première vue paraît complètement anodine, mais du fait de ce léger décalage, donne une autre dimension, une autre profondeur au récit.
Par quel extraordinaire hasard, Bertrand, qui vient de perdre son père, se retrouve face à Resplendy, une urne funéraire également à la main ?
Et alors affleure une autre histoire, celle d'un fils en quête de la mémoire de son père, de son passé méconnu, du secret qu'il a dissimulé toute sa vie.
Et nous voilà projetés au début de la guerre d'Algérie.
C'est une histoire d'hommes, de femmes, d'amitiés, d'amours, de quêtes, de questionnements, d'erreurs, de doutes, de recherches d'identités, somme toute de la vie qui s'enroule et se déroule.
Bertrand, professeur de dessin, rencontre au Père-Lachaise une inconnue le jour de la crémation de son père. Elle trimballe comme lui une urne à bout de bras. Il la trouve belle. Plus tard, dans une chambre d'hôtel, leurs deux corps s'emmêlent. Resplandy, la femme que Bertrand vient d'étreindre, ouvre les urnes puis mélange les cendres avant de disparaître.
Bertrand, stupéfait par ce geste, part à la poursuite de Resplandy. Il va peu à peu fouiller dans sa propre histoire, comprendre le passé d'un père qu'il n'a jamais vraiment connu, le passé d'un héros, un héros timide et souriant.
Dans ce roman, Yves Bichet, l'auteur de La Part animale, de La Femme Dieu et du Porteurd'ombre, nous entraîne dans l'enquête d'un homme sidéré par les femmes autour de lui et qui incarne peut-être, à son corps défendant, une nouvelle figure masculine.
J'ai connu Resplandy devant l'allée du bout du monde. L'hiver commençait à peine. De courtes averses se succédaient sur la ville. Le ciel de janvier était gris, changeant, métallique. Un camion pizza était garé à l'angle de l'avenue Gambetta et de la rue des Mûriers. Il venait d'ouvrir son volet, je voyais de la fumée blanche sortir du toit de la cabine et ça me serrait le coeur. Un fanion en tôle battait derrière la cheminée, avec «PIZZA» inscrit dessus. Le A était effacé. La bannière couinait. On lisait «PIZZ...» et ça faisait vaguement penser à une tapette à mouches. J'ai baissé les yeux, examiné de près l'auréole de café sur ma tablette en marbre. J'ai regardé la fumée dehors qui s'enroulait autour du petit drapeau puis je me suis pris la tête entre les mains.
Passé le camion pizza, y a pas grand-chose à voir sur le trottoir. Des rambardes d'escalier, des murs en pierre limitant trois ou quatre hectares de terre arable, des allées impeccables où on avance nez au sol... Une heure et demie d'attente avant de récupérer son dû derrière la rangée d'arbres centenaires, en catimini, par une porte de service. Mon dû, en l'occurrence, en ce matin de janvier, c'est papa... Il reste trente-cinq minutes à tirer, j'inspecte ma tasse vide et l'auréole de café sans savoir si la faim reviendra un jour, ou le sommeil, ou même l'envie de rigoler. Le bistrot sent le graillon mais il fait bon à l'intérieur. Je regarde les platanes, les voitures qui klaxonnent, le camion pizza, les tables des parieurs en fond de salle qui épluchent Paris-Turf, le barman.
Une femme sirote un demi sur la banquette d'à côté. Elle n'est plus très jeune et semble aussi paumée que moi. Elle avale une gorgée de bière, consulte sa montre, se lève, soupire, se rassied, avale une autre gorgée de bière. Elle a des cheveux relevés en chignon, un front large, des oreilles sans lobe. Ça surprend, ces cartilages roses qui ont l'air de pousser à même le chignon. Elle devine que je la regarde, bascule la tête en arrière et me sourit assez loyalement. En réalité, c'est au chat qu'elle sourit, je m'en rends compte avec une seconde de retard, un gros matou qui se prélasse à côté de moi sur la banquette. Je me détourne, attrape ma sacoche de professeur d'arts plastiques, l'ouvre, repousse la tasse vide et la soucoupe.
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