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Auteur : Karine Tuil
Date de saisie : 15/11/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-246-75831-0
GENCOD : 9782246758310
Sorti le : 25/00/2010
«Il confia que Braun s'était donné six mois pour détruire Juliana Kant sans violence physique, sans crime - en la séduisant - il lui aura fallu finalement six mois et six jours ?»
Vous avez peut être entendu parler de l'histoire étonnante de Juliana Kant. Riche héritière d'une famille d'industriels, Juliana va être séduite par un certain Herb Braun. Mariée, plutôt conservatrice et enfermée dans son milieu bourgeois, elle va pourtant céder rapidement aux avances de Braun et se donner à lui pendant des mois. Mais un jour, Braun la menace de révéler au grand jour leur aventure et la fait chanter. La femme porte plainte, Braun sera jugé.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là, ce serait trop simple. Herb Braun, considéré comme un vulgaire gigolo, avait un complice qui filmait les ébats du couple illégitime. Ce complice expliquera que sa démarche était une vengeance, son père ayant été déporté au camp de Stocken, camp de travail intégré dans une usine des Kant. On remontera jusqu'au grand-père de Juliana, premier mari de... Magda Goebbels et militant nazi.
Escroquerie ou vengeance ? Ce qui est sûr, c'est que Braun réussit à soutirer beaucoup d'argent à Juliana Kant, mais le doute plane et Karine Tuil conduit habillement cette intrigue jusqu'à la fin du roman... ou le doute subsiste encore. C'est à vous de vous faire une opinion.
Le narrateur est un certain Karl Fritz, majordome, homme de mains, homme à tout faire depuis très longtemps de la famille Kant. Il s'est fait licencier par la famille au moment du scandale, pour n'avoir pas pu/su protéger Juliana... mais le pouvait-il vraiment ?
C'est Karl qui, en se confiant à une femme écrivain, comme pour fixer sur le papier sa sombre biographie liée pour toujours à la famille Kant, donne le rythme de ce récit qui vous prendra dès les premières pages et vous tiendra en haleine jusqu'aux dernières.
Karine Tuil prend un risque en évoquant cette histoire vraie, histoire trouble, intiment mêlée aux pires événements qu'ait connu l'Allemagne au XXe siècle et à des personnages pour le moins funestes... Cependant, le résultat est excellent, surprenant, palpitant.
«Dans l'anonymat d'une chambre d'hôtel, l'une des femmes les plus puissantes d'Allemagne se donna à un homme dont elle ne savait rien, qu'elle n'avait vu que deux fois dans sa vie...»
Mais au bout de quelques mois, l'homme menace de révéler à la presse leur liaison : tous leurs ébats ont été filmés. Juliana Kant la milliardaire dénonce le gigolo. On l'emprisonne, la morale est presque sauve.
Une affaire de moeurs chez les riches ? Une liaison amoureuse qui tourne au chantage sordide ? Karine Tuil, dans son roman le plus troublant, dévoile l'arrière-monde de cette aventure risquée : qui est à l'origine d'une telle fortune allemande ? Pourquoi le grand-père de Juliana, premier mari de Magda Goebbels, et militant nazi, n'a-t-il pas été arrêté à la Libération ? Sait-on que le père d'adoption de Magda était un juif qu'elle a renié puis laissé mourir ? Pourquoi les Kant ont-ils gardé le silence sur leurs activités industrielles sous le Reich ? Et si humilier sexuellement la jolie bête blonde était une forme de vengeance ? Les fils ont-ils d'ailleurs reconnu la faute des pères, les vivants ont-ils pardonné aux morts ?
Née à Paris en 1972, Karine Tuil est l'auteur de huit romans, parmi lesquels Tout sur mon frère (2003), Quand j'étais drôle (2005), Douce France (2007) et La Domination (2008), tous publiés chez Grasset.
Après La Domination, Karine Tuil revient jouer sur les frontières troubles qui séparent la vérité du mensonge, la réalité de la fiction dans Six mois, six jours...
Mais Karine Tuil n'est pas journaliste mais romancière, elle réécrit donc la vérité, à la façon dont Régis Jauffret, dans Sévère, réinventait l'affaire Stern. Son sujet ? Les deux scandales qui ont éclaboussé en 2008 l'héritière de l'empire Varta et BMW, Susanne Klatten (rebaptisée Juliana Kant) : la révélation de la participation de l'entreprise familiale à la machine de guerre nazie et une affaire de chantage dans laquelle un amant menaçait de diffuser des vidéos compromettantes.
Des relations complexes et mystérieuses tissées entre des personnages que relient un sombre réseau familial Karine Tuil (Douce France, La Domination) tire un roman névrotique et ténébreux qui débute comme une confession sourde, se prolonge en thriller haletant, s'achève en symphonie funèbre, hagarde, hallucinée.
Les protagonistes, vivants pour la plupart, se reconnaîtront dans ce roman fondé sur des faits réels (seuls les noms changent), qui rappelle par ailleurs une certaine histoire récente à base de riche héritière, de séducteur et d'hommes de pouvoir impliqués. Karine Tuil, elle, reste fidèle aux thèmes qui font le sel de ses livres : trahison, manipulation, transmission.
C'est le récit d'une séduction qui mériterait de figurer dans une anthologie de la conquête amoureuse. Elle s'appelle Juliana Kant. Quarante-cinq ans, mariée, trois enfants. Elle appartient à une très riche et très discrète famille bavaroise d'industriels. Des milliardaires de l'automobile. "Qui n'a jamais rêvé de rouler à bord d'une K&S ?" Jamais de photo, jamais d'interview, toujours dans l'ombre de la légende...
Karine Tuil est très habile à mêler réalité et fiction, à passer sans transition de la domination par le sexe à la domination par l'argent et le crime. Le lecteur, lui aussi, se sent dominé. Mais sans le regretter. Ah ! J'allais oublier : K&S s'appelle en vérité BMW et la famille Kant les Quandt.
... les faits, rien que les faits, vous me demandez, et de façon méthodique, sans oubli de ma part, vous avez été très officielle là-dessus, je vous ai dit je me souviens je me souviens, je n'ai rien eu d'autre à faire pendant toutes ces années passées à les seconder/servir/ protéger, bonjour madame, bonjour monsieur, à s'en rendre malade, mais je ne suis pas ici pour parler de moi, j'ai oeuvré pour la famille Kant pendant plus de quarante ans, j'ai été fidèle, un homme de l'ombre ; si je n'avais pas été aux relations particulières en qualité de conseiller, je serais assassin peut-être ou diplomate, j'ai le goût du secret, je suis discret, effacé, incolore disent certains, et cela m'est bien égal, à mon âge, on ne quête plus l'approbation sociale et il y a longtemps qu'on est brouillé avec soi-même.
Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? Qui vous envoie ? Approchez... De l'iris, de l'ambre, de légères notes de tubercule et... non, pas trop près, l'intimité me répugne, un acte brutal, à la rigueur, quelque chose de violent et de rapide comme une décharge de chevrotine mais pas de baisers, de caresses, toutes ces niaiseries affectueuses que la psychologie occidentale nous a imposées comme condition préalable au bonheur - le bonheur, je m'en tape... Pardonnez-moi, je ne suis plus l'animal social que j'ai été autrefois. Depuis quelques mois, je manque d'exercice... Enfin... nous sommes en France, dans la suite d'un petit hôtel parisien au charme discret... je peux y mettre les formes. Asseyez-vous, ne restez pas comme ça, debout, les bras en croix. Que voulez-vous savoir ? Je m'appelle Karl Fritz, je suis allemand, j'ai soixante-dix-huit ans mais j'en ai moins sans prétention au premier coup d'oeil, je n'ai ni femme ni chien ni enfants, ma mère s'est éteinte du côté de Berlin, mon père s'est supprimé en 45 aux fins de justification, je ne suis pas possessif et je le dis avec terreur : je n'ai jamais aimé personne. Ah, si, j'ai aimé les mots ! Plus que les hommes... les langues surtout, que je parle par quatre ou cinq selon l'humeur... C'est une passion que je tiens de mon père. L'alcool aussi - il fallait bien qu'il me léguât quelque chose...
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