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.. J'ai avancé comme la nuit vient

Couverture du livre J'ai avancé comme la nuit vient

Auteur : Jean-François Haas

Date de saisie : 19/11/2010

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre rouge

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 9782021011982

GENCOD : 9782021011982

Sorti le : 06/09/2010

Si l'existence s'apparentait à un grand voyage organisé, nous prendrions chacun docilement nos places en groupe dans l'autocar climatisé pour suivre à la lettre le programme pré-établi de la grande visite annoncée. Nous avancerions ainsi, comme vient la nuit, irrémédiablement, sans plus de questionnement, de doute ou de révolte. Nous nous satisferions de lieux, d'oeuvres et de faits présentés, et des commentaires d'un guide, lui-même préprogrammé. Voici toute la métaphore filée par Jean-François Haas dans ce roman fleuve initiatique. Nous y découvrons durant une semaine, guidés par Merel, la ville imaginaire d'un pays imaginaire. Cette visite touristique aurait pu se limiter à sa grille pointilleuse qui notifie les choses à voir et à savoir, mais Merel est là avec ses lectures, ses rencontres artistiques, ses peintures, ses sculptures, sa musique, sa littérature, sa poésie et sa philosophie... Le guide traversera cette visite avec sa conscience et celle du narrateur qui ne cesse de le rappeler à l'ordre sur toutes ces choses qu'il refuse de voir ou qu'il ne voit déjà plus les ayant trop vues. Comme toutes ces choses que nous ne voyons plus parce qu'on refuse de les voir ou parce qu'on les a déjà trop vues. La visite de cette ville et de ce monde en décomposition résonne en nous comme une vaste psalmodie polyphonique engagée. Merel montre, dénonce et accuse tous les travers d'un monde imaginaire, dont les nombreuses ressemblances avec notre réel ne sont jamais fortuites. L'aventure initiatique sera décisive et charnière pour le guide, tout autant que pour le lecteur qui voudra bien la découvrir. Il y aura un avant et un après lecture de ce texte. De son exigeante forme, de son fond foisonnant et de ses références multiples et variées se construira alors l'hapax existentiel. Jean-François Haas nous livre avec «J'ai avancé comme la nuit vient» une oeuvre audacieuse et redoutablement efficace, qu'il suffit de suivre pour se laisser séduire...


  • Les présentations des éditeurs : 21/09/2010

Merel, employé à la Compagnie des transports urbains et interurbains, guide des touristes dans la ville de Wolmaar et ses environs. Il a le sentiment d'appartenir à une civilisation qui s'est édifiée pour l'homme, en s'appuyant sur la compassion, l'amour du prochain, la solidarité, et il voudrait faire connaître aux touristes les artistes qui pour lui représentent ces valeurs. Mais, partout, il se heurte à Hérode et à Caïn : des affiches montrant le territoire national menacé par des corbeaux apparaissent dans la ville et dans le royaume, criant «Non !» à l'autre. Et, toujours, la souffrance des innocents. Pourtant, il y a l'amitié de Guida, de Gubbio, la présence d'Amadé, l'amour d'Irina, et la rencontre avec un mendiant, le Roncier Roux... Il va vivre une semaine décisive de sa vie, dans un monologue passionné, habité par ses «phares»...

Né en 1952 à Fribourg, en Suisse, Jean-François Haas étudie au collège de Saint-Maurice, en Valais, puis à l'université de Fribourg où il suit les cours de Jean Roudaut. Enseignant, il a publié en 2007 un premier roman : Dans la gueule de la baleine guerre (Bourse Thyde Monnier 2007 de la SGDL, Prix Schiller 2008, co-lauréat du Prix Michel-Dentan 2008, Sélection Livres-frontières 2008).


  • Les courts extraits de livres : 21/09/2010

Vade mecum...

COMPAGNIE DES TRANSPORTS URBAINS ET INTERURBAINS
SERVICE : TOURISME
VADE-MECUM
Ce document doit être rempli par le guide
CIRCUIT : VILLE DE WOLMAAR N° 3
Lundi 6 juillet 2009

Vade mecum : va avec moi... «Va» : on lui dit Tu maintenant ?... Tu... En lui, la fraîcheur encore du matin, son riant embrassement de lumière comme d'un enfant un jour de fête, le parfum d'Irina qui le parfume (tandis qu'elle s'éloigne : Je laisserai la voiture au parking pour que tu puisses la reprendre ce soir... insignifiance, banalités, mais c'est Irina qu'il entend, qui fait demeure peut-être, disons plutôt qui fait halte... ou qui fait clairière en lui, en sa selva oscura, l'obscure forêt d'être)... est-ce pour cela ? ou à cause de la lettre reçue de son assurance la semaine dernière {Cher Monsieur, Vous allez fêter prochainement votre quarante-troisième anniversaire. Permettez-nous de joindre nos voeux à ceux de vos proches et de vos amis. D'après nos calculs, si l'espérance de vie dans notre société continue de croître, vous êtes arrivé à la moitié de votre vie. C'est pourquoi blabla blabla blabla avons l'honneur de vous... blabla blabla blabla... propositions d'assurance pour les aînés... blabla blabla blabla... sentiments dévoués) que, tout à fait déraisonnablement, en lisant vade, va, il aimerait aujourd'hui s'entendre dire vraiment Tu, comme quand un ami parle à un ami... entendre Tu... et laisser ce Tu déployer, comme une voile ou comme des ailes, ce qu'il est (pauvres langues qui ne savent pas différencier Tu et Vous) : ô la première fois, le premier jour ! qu'Irina lui a dit Tu : le sentiment soudain qu'elle entrait et lui donnait d'entrer dans l'a jamais incertaine - l'infranchissable peut-être - nuit qui va de Je à Tu, le sentiment en lui de s'ouvrir : le sentiment de commencer, le sentiment qu'ils, elle et lui, commençaient... (Le sentiment : ce savoir, il se souvient de Miguel de Unamuno, ce savoir que l'on sait par toute sa chair et tout son coeur et tout son esprit et par ses nerfs et par son ventre et par la moelle de ses os et par les battements de son sang... il se souvient et en rajoute peut-être, c'est le propre de ce qui nous habite et que l'on se risque à habiter)


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