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Auteur : Elizabeth Strout
Traducteur : Pierre Brévignon
Date de saisie : 14/10/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ecriture, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782359050066
GENCOD : 9782359050066
Sorti le : 06/10/2010
Prix Pulitzer 2009, ce roman ample, construit autour du personnage d'une femme a priori peu sympathique mais avec laquelle on ressent progressivement de nombreuses affinités, m'a vivement impressionné.
Treize fragments d'existence étalés sur une trentaine d'années reliés par un personnage principal, Olive Kitteridge. Forte femme au parler franc souvent brutal voire blessant, professeur de mathématiques tyrannique mais respectée, Olive Kitteridge ne tolère pas la bêtise, a peu de patience avec les gens qu'elle ne supporte pas, c'est à dire pratiquement tout le monde. Elle vit à Crosby, une petite ville côtière du Maine, avec Henry, son mari attentionné et patient. Ils ont un fils Christopher pour lequel ils construiront une maison mais qui s'échappera sur la côte Ouest pour fuir la présence étouffante de sa mère. Malgré son caractère peu aimable le lecteur s'attache vite à cette femme dont il découvrira l'humanité dénuée de toute sentimentalité.
Chacune des treize tranches de vie est une histoire complète avec sa propre atmosphère et sa propre tension narrative. Le lecteur est vite embarqué et conquis par le talent de l'auteur qui aborde avec une justesse étonnante et une psychologie très affinée les grands thèmes de l'existence : l'amour contrarié, la déprime, la vieillesse, la maladie, la difficulté de se comprendre même entre proches.
Un formidable livre qui hantera longtemps son lecteur.
Live est l'épouse du pharmacien de Crosby, petite ville côtière du Maine. Elle est la mère de Christopher, qu'elle étouffe. Et aussi ce professeur de mathématiques tyrannique, au franc-parler souvent blessant, capable pourtant de surprenants élans de bonté.
Olive Kitteridge traverse cette fresque polyphonique où le destin des habitants de Crosby - héros ordinaires - s'entremêle sur une période de trente ans. Surgit alors une personnalité hors normes, une femme a priori peu aimable, mais ô combien attachante.
Ce portrait composé par fragments offre d'Olive une multitude d'éclairages - parfois contradictoires, toujours justes. Rarement un écrivain a approché avec une telle puissance la singularité et la complexité de la nature humaine - son universalité, aussi.
Salué outre-Atlantique pour la virtuosité de sa construction et la finesse de son ton, Olive Kitteridge s'inscrit dans la lignée de romans tels Le coeur est un chasseur solitaire, de Carson McCullers, ou Les Corrections, de Jonathan Franzen.
Elizabeth Strout est née en 1956 à Portland, dans le Maine (États-Unis). Après des études de droit, elle s'installe à New York et publie des nouvelles dans différentes revues littéraires. Elle met sept ans à rédiger son premier roman, Amy et Isabelle (Pion, 2000). En 2009, elle reçoit le prix Pulitzer pour Olive Kitteridge, publié dans 26 pays.
«Olive Kitteridge est un personnage follement original, une vraie force de la nature. Dès qu'elle sort de scène, on la réclame !»
San Francisco Chronicle
«Amoureux du romanesque, retenez ce nom : Olive Kitteridge... Un livre percutant. Inoubliable.»
USA Today
Née en 1956 dans ce Maine qu'elle met en scène, Elizabeth Strout signe, avec Olive Kitteridge, un superbe roman sur la complexité des relations humaines et sur la difficulté de vivre, quand on est une femme exceptionnelle. Avec, en toile de fond, cette Amérique provinciale où de nombreux personnages viendront croiser le chemin d'une héroïne qui préfère la petite musique des âmes aux intrigues tonitruantes. Un bijou de psychologie et de délicatesse, comme si Virginia Woolf s'était penchée sur l'épaule d'Elizabeth Strout.
Pharmacie
Pendant plusieurs années, Henry Kitteridge travailla comme pharmacien dans la ville voisine, parcourant chaque matin les routes enneigées, ou les routes balayées par la pluie, ou les routes estivales, quand les nouvelles pousses de fraises sauvages surgissaient dans les ronces avant l'embranchement menant à la pharmacie. Aujourd'hui, il est à la retraite mais il se réveille toujours de bonne heure et se rappelle comme il aimait les matins, quand le monde entier semblait lui révéler, à lui seul, son secret. Les roues de la voiture vibraient doucement sous ses pieds, la lumière filtrait à travers les brumes de l'aube, sur sa droite apparaissaient brièvement la baie puis les pins hauts et sveltes. Il roulait presque toujours vitres baissées car il adorait l'odeur des pins, l'air chargé de sel et, l'hiver, l'odeur du froid.
La pharmacie était un petit bâtiment d'un étage accolé à un autre édifice abritant une quincaillerie et une épicerie. Chaque matin, Henry se garait près des grandes poubelles métalliques puis entrait dans la pharmacie par la porte de derrière et allumait les lumières, réglait le chauffage ou, si c'était l'été, actionnait les ventilateurs. Il ouvrait le coffre-fort, plaçait l'argent dans le tiroir-caisse, déverrouillait la porte d'entrée, se lavait les mains, enfilait sa blouse blanche de laborantin. C'était un rituel agréable, comme si la vieille boutique - avec ses étagères garnies de dentifrices, de vitamines, de produits de beauté, de soins pour les cheveux et même d'aiguilles à coudre, de cartes de voeux, de bouillottes en caoutchouc rouge et de poires à lavement - était un être vivant, robuste et en bonne santé. Alors, tandis qu'Henry allait et venait dans le refuge paisible de sa pharmacie, les tracasseries qui avaient pu se produire chez lui, l'état de malaise où le laissait parfois sa femme quand elle quittait leur lit pour errer dans la maison aux heures sombres de la nuit, tout cela refluait comme les vagues le long du rivage. Posté au fond du magasin, près des tiroirs et des rangées de pilules, il se sentait heureux lorsque le téléphone se mettait à sonner, heureux lorsque Mme Merriman venait chercher son médicament contre l'hypertension ou lorsque le vieux Cliff Mott passait prendre sa digitaline, heureux en préparant le Valium pour Rachel Jones dont le mari s'était enfui la nuit où leur bébé était né. Henry avait un don pour écouter les autres et, à plusieurs reprises chaque semaine, on pouvait l'entendre dire : «Eh bien, vous m'en voyez désolé» ou : «Tss, tss, si ce n'est pas malheureux.»
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