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.. La France de Raymond Depardon

Couverture du livre La France de Raymond Depardon

Auteur : Raymond Depardon

Date de saisie : 18/12/2010

Genre : Beaux Livres

Editeur : Bibliothèque nationale de France, Paris, France | Seuil, Paris, France

Collection : Beaux livres

Prix : 59.00 € / 387.01 F

ISBN : 9782021009941

GENCOD : 9782021009941

Sorti le : 09/09/2010

Après celle des paysans, voici la France des sous-préfectures ! Une fois de plus, Raymond Depardon nous force à voir ce que nous côtoyons tous les jours sans forcément le regarder, le remarquer, l'admirer.
Et cette France colorée, humaine, quotidienne et pourtant si peu banale est enfin là pour le plaisir de nos yeux, à chaque page tournée de ce splendide livre de photos édité sous coffret par les éditions du Seuil, en collaboration avec la Bnf.


Bien loin des sentiers pittoresques et touristiques, Raymond Depardon a promené depuis 2004 son camping car et sa chambre photographique sur les chemins de traverse d'une France authentique. Il nous rapporte de ces petites villes et villages des clichés anonymes qui résonnent en chacun de nous et enrichissent notre mémoire collective ?

Il y a six ans, Raymond Depardon partait à l'aventure sur les routes de France pour photographier l'âme du pays et saisir le reflet de notre société. Durant ces années, le photographe a ainsi réalisé près de 3500 clichés pour n'en garder que 800. Dans cet ouvrage, coédité par la Bibliothèque Nationale de France et les éditions du Seuil, il nous en offre aujourd'hui près de 300. Le photographe, qui travaille habituellement en noir et blanc, a cette fois-ci vu la France en couleur. "Je ne sais pas si c'est la lumière douce sans contraste, les couleurs criardes de ces cafés, en tout les cas ma décision était prise, j'optais à 100% pour la couleur", explique-t-il.

Car c'est un fait, la France de Raymond Depardon est très colorée. Parfois très rouge, de celui d'une mairie-école du Pas-de-Calais, d'un bar de Bédarieux ou du local du Parti Communiste du Vigan, parfois très bleue aux teintes douces du littoral et de ses ciels, les dominantes confèrent à ces photographies une sérénité et une intemporalité marquantes.

En écartant volontairement de cette France, les monuments et les campagnes, que l'artiste-journaliste connaît parfaitement et sur lesquels il a déjà beaucoup travaillé, Depardon nous dévoile à travers ces photographies un pays qui ne se réduit pas au pittoresque : au travers de la diversité de chacun de ses regards choisis, il s'agit bien ici d'un hymne à la France du quotidien. Une France que l'on ne visite pas, celle que l'on peut croiser sur le bord d'une route ou encore celle que l'on ne découvre "que lorsqu'il y survient un fait divers ou une catastrophe naturelle". Pour le photographe, il y avait urgence à montrer cette France des petites villes et des villages.

Parti avec un camping car qu'il a arrêté sur les places des ces villages, il y a installé sa chambre 20x25. Un outil qui ne passe guère inaperçu et qui oblige à prendre son temps : "Les gens venaient me parler. Les jeunes surtout étaient fascinés par ce procédé."

C'est surtout le pays des petits et moyens commerces que Depardon nous présente dans cet album : celui des bureaux de tabac, des boucheries, des charcuteries, des petits cafés ou des modestes garages qui témoignent toujours d'une vie maintenue dans ces petits coins reculés. Mais c'est aussi le pays des bords de mer populaires, des ports déserts et de tous ces petits évènements qui font du quotidien une aventure commune.

Si la France de Raymond Depardon nous touche tant, c'est qu'il s'agit de celle des départementales, des petites villes et villages que nous sommes habitués à traverser sur le trajet de nos vacances et dans lesquels nous faisons régulièrement halte pour un petit café, un sandwich ou un plein de carburant. C'est un pays que nous avons tous croisé, sans jamais peut-être suffisamment nous y intéresser. Et pourtant l ? ?il attentif et bienveillant de Depardon nous amène à ressentir intimement que cette France rurale méconnue et parfois méprisée est bien celle de nos origines et l'une des principales composantes de la sociologie et de la topologie du pays tout entier. Raymond Depardon, grâce à ses sublimes photographies, nous y arrête et l'immortalise, en faisant revivre en nous des souvenirs qui remontent de notre enfance jusqu'à l'été dernier.

Ce très beau livre bienfaisant distille du baume aux coeurs en nous rappelant cette évidence, trop souvent oubliée ; qu'il demeure une France au-delà des périphériques urbains, que cette France est bien vivante et qu'il y fait aussi bon vivre. Car c'est finalement sur nous-mêmes que Depardon nous amènent à nous pencher, sur notre rapport au temps, aux êtres et aux choses qui passent, sur le sens de nos vies et sur tout ce que nous risquons de perdre sans jamais n'avoir pris la peine d'en mesurer la haute et juste valeur...


Célèbre pour ses reportages sur des lieux sensibles comme pour les nombreux livres où il tisse étroitement texte et image, Raymond Depardon s'attache au quotidien d'une société en pleine évolution. Et s'intéresse, ce faisant, sur les liens entre image et éthique.


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2011

Pendant cinq ans Raymond Depardon a sillonné les routes et posé son regard unique sur la France. Il nous offre aujourd'hui un témoignage impressionnant sur notre histoire commune.

Ce livre est né d'une idée folle qui travaillait Raymond Depardon depuis longtemps : photographier seul, à la chambre 20x25, le territoire français.
Dans un fourgon aménagé, pendant cinq ans au gré des saisons et de la lumière, il a visité presque toutes les régions, pour montrer à la fois les territoires que chacun rêve de visiter et ceux qui se dérobent à tout romantisme.
Il a délaissé la France des grandes villes, pour celle qui se transforme le plus, des zones périurbaines qui engloutissent les villes et les villages de la montagne jusqu'au littoral.
Avec bonheur et obstination, il a imprimé plus de six milles négatifs, s'interrogeant toujours avec acuité sur les liens entre l'image et l'éthique.
Ces photographies en couleur, frontales, neutres, d'une lumière délicate et sensible, ont été réalisées comme au tout début de l'histoire de la photographie : en orfèvre de l'image, Raymond Depardon les a choisis, ajustés et façonnés, aidé de la pointe de la technologie numérique.
L'album regroupe trois cents photographies, grand format. Il est assorti d'un texte où Raymond Depardon expose le sens de son travail et comment il l'a mené à bien.
Le livre La France de Depardon est coédité avec la BnF est fera l'objet d'une grande exposition à l'automne.

Raymond Depardon, photographe et cinéaste, a déjà publié au Seuil une dizaine d'ouvrages dont Errance (2000 et «Points» n° 1099), Désert, un homme sans l'Occident (2003), La Terre des paysans (2008).



  • La revue de presse Emmanuel Hecht - L'Express, décembre 2010

La France a donc plutôt bonne mine sur les 800 photos de son nouvel album, et les 36 d'entre elles sélectionnées pour l'exposition de la Bibliothèque nationale sobrement, et fort justement, intitulée La France de Depardon. Car sa France, ce n'est ni celle des centres-villes, ni celle des cités, ni celle du monde rural, ce serait plutôt celle des 440 "pays", d'un arrière-pays qui se cherche, à l'écart des grands axes...
"Après avoir fait le tour du monde, et, peut-être, l'âge avançant, je me suis dit que ce serait une bonne chose de revisiter la France. On s'écarte toujours trop du chemin. On perd le point de vue." L'idée lui est venue à Turin, telle une révélation...
Et si, finalement sa vie était "là, sur les routes de France, et son point d'ancrage, le camion" ?


  • La revue de presse Philippe Delerm - Le Figaro du 16 décembre 2010

hotos pleine page, d'une matité nécessaire pour donner à ces images un petit air d'éternité fragile et habitable, sans séduction, sans répulsion...
Raymond Depardon n'est pas le Martin Parr français. Il ne se gausse pas, ne cherche pas d'effet réducteur spectaculaire. Il est simplement juste, parfaitement juste, et tout ce que nous savons de son oeuvre antérieure, des routes du monde aux Jeux olympiques en passant par la ruralité qu'il a vécue et célébrée, donne du poids à son constat sensible.


  • La revue de presse Christine Ferniot - Lire, déxcembre 2010

Devant ces images frontales, apparemment neutres, s'impose une oeuvre délicate et émouvante, évitant de plonger dans la nostalgie et le pittoresque. Un travail très coloré d'un pays vu du sol où chaque fois la distance est juste et le résultat généreux. Porté par un optimisme mesuré mais sincère. Sincère, un mot qui convient bien à cet homme-là.


  • Les courts extraits de livres : 18/12/2010

Mes parents ont su avant moi que je ne reprendrais pas l'exploitation agricole, ils étaient dépassés par ma détermination et ma passion pour l'image. À cette époque, j'ignorais si je ferais de la photographie ou du cinéma mais je me souviens d'avoir convaincu mes parents d'aller ensemble au marché aux puces de Lyon pour acheter une chambre photographique d'occasion : une 13x18 avec déclenchement à poire, un seul châssis très archaïque et un vieil objectif de mauvaise qualité. J'ai dû commencer à apprendre à viser et à faire la mise au point à l'envers à 15 ans. Je n'ai retrouvé que deux photographies prises avec cet appareil : mon voisin devant l'étable et un autoportrait flou. Il existait déjà des appareils plus modernes mais cette chambre correspondait mieux à mon caractère de l'époque, introverti et silencieux. Je passais beaucoup de temps seul dans les greniers, rêvant d'installer un studio de prises de vue professionnel, avec un drap en guise de fond blanc et des lampes pour l'éclairage, je ne pensais pas du tout à photographier les paysages autour de la ferme.

Beaucoup plus tard, en 1981, après le tournage du film Reporters, j'ai vécu quelque temps à New York. Je travaille alors à la «Correspondance new-yorkaise» pour le journal Libération. J'ai 40 ans. Je suis un peu fatigué du grand reportage. J'ai du temps libre, peut-être pour la première fois de ma vie, et je découvre les photographes américains dans les galeries et les musées de Manhattan : l'école du paysage, les anciens comme les modernes. Un photographe me séduit tout particulièrement : Walker Evans. À cette époque, il n'existait que peu de livres de lui. C'étaient souvent des photographies du sud des États-Unis. Des lieux que je ne connaissais pas et qui me touchèrent profondément par leur simplicité et le détachement du regard. Walker Evans est né en 1903, la même année que mon père, et a disparu quelques mois avant lui. Tous deux avaient la belle élégance, la sagesse et la rigueur des hommes du début du XXe siècle. Walker Evans, âgé de 25 ans, était venu à Paris, avait appris le français, lu Flaubert. Ses photos me font encore penser à ces délicieuses journées d'école buissonnière sous le soleil d'hiver de Villefranche-sur-Saône. Par hasard, dans une librairie new-yorkaise, j'ai trouvé aussi l'un des rares exemplaires publiés en 1952 de La France de profil de Paul Strand; j'ai découvert qu'il avait photographié une devanture de charcuterie à Montmerle-sur-Saône, de l'autre côté du fleuve, pas loin de la ferme du Garet, où je passais mes dimanches, chez ma grand-mère. L'année de cette photo j'avais 8 ans j'aurais pu le croiser. Paul Strand s'était réfugié en France et s'était installé à Orgeval.


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