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.. Ma vie

Couverture du livre Ma vie

Auteur : Sofia Tolstoï

Traducteur : Marie-Louise Bonaque | Luba Jurgenson

Date de saisie : 04/11/2010

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Ed. des Syrtes, Paris, France

Prix : 45.00 € / 295.18 F

ISBN : 9782845451582

GENCOD : 9782845451582

Sorti le : 07/10/2010

  • Les présentations des éditeurs : 16/10/2010

A l'aube du XXe siècle, Sofia Andreïevna Tolstoï vient de passer la majeure partie de sa vie au côté de l'auteur de Guerre et Paix, l'illustre romancier et maître à penser russe. Elle décide alors d'entreprendre le récit de sa vie, en cherchant à se réapproprier cette part d'elle-même qui s'est consumée au contact du grand homme.
Le besoin de Sofia Tolstoï de se confier à elle-même était fondamental mais, loin de suivre un récit linéaire, le lecteur est plongé dans les contradictions de cette femme de talent, rongée parfois par l'orgueil et la jalousie. Elle ne se borne pas à une simple description : à travers une sorte d'auto-analyse et dans un irrépressible besoin de comprendre, elle devient interprète de sa vie. On découvre une femme écrasée parfois par le génie de son mari, en proie à une sourde frustration, éternellement occupée par les soucis quotidiens.
Matière première irremplaçable pour la connaissance intime de Tolstoï, l'oeuvre de Sofia Andreïevna restitue, par le menu détail, son existence d'épouse de l'écrivain. On suit, pas à pas, sa propre vie, celle de ses enfants, et le cheminement intellectuel de Tolstoï. Il en ressort un portrait de l'écrivain dans toute sa complexité, déchiré par ses contradictions et un perpétuel conflit intérieur.
Document humain, touchant de sincérité, d'une franchise allant parfois jusqu'à la cruauté, Ma vie représente également une histoire au féminin de la culture et de la vie quotidienne de son temps : la maternité, l'éducation des enfants, la poésie de la nature, avec, en toile de fond, l'omniprésence de la mort et des grands bouleversements historiques.
Ma vie restitue la parole à cette belle figure féminine dévouée à Tolstoï, faisant revivre les instants fugitifs de grâce, de bonheur ou de peine qui ont accompagné toute son existence. Le manuscrit de Sofia Tolstoï n'a jamais été publié en Union soviétique ou en Russie et sa parution simultanée à Moscou et à Paris constitue un véritable événement littéraire.

Sofia Andreïevna (1844-1919) est la fille du docteur Andreï Bers, médecin attaché à l'administration de la cour impériale. Elle épouse Lev Tolstoï le 23 septembre 1862, à dix-huit ans, alors que lui en a trente-deux. Il est alors en pleine gloire, célèbre pour Les Récits de Sébastopol, Les Cosaques ou Enfance. De leur union naîtront treize enfants dont huit survivront. Après la révolution d'Octobre, elle demeure, en compagnie de sa soeur, Tatiana, dans le domaine de Iasnaïa Poliana nationalisé, essayant de sauver les livres et les manuscrits de Tolstoï. Atteinte d'une pneumonie, elle meurt le 4 novembre 1919.



  • La revue de presse Alain Guillemoles - La Croix du 3 novembre 2010

Tout a-t-il donc été dit sur Léon Tolstoï ? On pourrait le croire. Car cent ans après la mort du géant de la littérature russe, c'est surtout sa femme, Sophie, qui retient l'attention des éditeurs français. À travers elle, on entre dans l'intimité de l'auteur de Guerre et Paix, grâce à mille détails signifiants qu'elle rapporte dans son autobiographie. Ce monumental ouvrage, tiré de son journal, n'était paru à l'époque qu'en Russie. Il est publié aujourd'hui intégralement pour la première fois en français sous le titre Ma vie. On y découvre ce qu'était le quotidien d'une femme, dans la Russie aristocratique du XIXe siècle finissant. Puis l'on ressort de cette longue traversée avec une vision plus juste, plus humaine, de Léon Tolstoï, de ses failles et de ce qui faisait sa force.


  • La revue de presse David Caviglioli - Le Nouvel Observateur du 14 octobre 2010

Sophie Tolstoï aura vécu avec son génie de mari quarante-huit années, parfois infernales, qu'elle a racontées dans «Ma vie», enfin publié...
Cette idylle qui n'en est pas une bascule en 1879...
Tolstoï le pur esprit découvre que son épouse a le matérialisme borné d'une mère de famille. L'épisode est fameux, mais on découvre dans «Ma vie» que Sophie n'était pas le dragon ménager que l'histoire a retenu. Elle comprend son mari, elle sait que son insatisfaction est le revers de son talent. Elle le prend même en pitié lorsqu'elle le voit ébranlé par ces lettres anonymes ironisant sur son «pharisaïsme» de grand propriétaire.«Ma vie» est un texte élégant, simple et redoutablement précis. Il a la justesse de ce qui a été écrit à tête reposée, quand le tourment n'est plus qu'un mauvais souvenir.


  • Les courts extraits de livres : 16/10/2010

Extrait de la préface

Sofia Bers a dix-huit ans. Une enfance au Kremlin où son père, médecin de la Cour, possède un logement de fonction ; des étés à la datcha de Pokrovskoïe, des offices de Pâques célébrés à l'église de la Nativité-de-la-Vierge (la paroisse des Bers, qui est aussi celle de l'empereur), des jeux au palais : tels sont ses premiers souvenirs. Elle sait déjà l'amour que lui porte l'auteur d'Enfance par qui, à l'âge de onze ans, lui fut révélée la littérature russe et qu'une vieille amitié lie à sa famille. La demande en mariage n'a pourtant pas encore été prononcée : c'est dans cet entre-deux exalté par les poètes, où s'éclipse l'enfant et ne paraît pas encore la femme, que se dévoilent à elle, dans son absolue évidence, la transcendance et l'immortalité de l'âme qu'aucune parole ne peut saisir.
«Ces rares éveils de l'âme me convainquirent [...] que l'âme est immortelle, qu'elle vit sa propre vie [...].»
Face à cet absolu contenu dans une attente qui ne peut qu'être trahie, dans ce sursis de l'âme, toute incarnation - toute réalisation - représentera une chute. Des années plus tard, Sofia tente de saisir ce mouvement en elle :
«Ma vie avait changé. C'était pourtant le même lieu, les mêmes personnes et, en apparence, j'étais restée la même. Mais mon "moi" s'en était allé : le sentiment qui s était emparé de moi une fois à Iasnaïa Poliana continuait de m'envahir : mon "moi" faisait partie d'un espace infini, libre, illimité, tout-puissant. Cette force vitale, que je connus dans les derniers jours de ma vie de jeune fille, me fut rendue deux fois encore au cours de mon existence, mais bien plus tard. Cette lumière vive qui éclairait alors le monde entier se ternit ensuite, après mon mariage, lorsque mon corps, qui portait cet esprit libre, fut contraint de servir d'abord mon mari, ensuite mes enfants, et ce pendant des années.»
Au moment où elle entreprend d'écrire son autobiographie, à l'aube du XXe siècle, cette déchirure, encore à l'oeuvre, trame le canevas du récit de sa vie. Elle cite ainsi un extrait de la nouvelle inachevée esquissée à l'époque de ses fiançailles où elle cherchait à figurer, à la troisième personne, cet état de suspension, l'essence de la jeune fille d'alors, pour lequel, de son propre aveu, elle ne trouve pas de mots adéquats :
«Elle était assise sur son lit, le visage illuminé par un sourire. Elle imaginait son avenir, grand et brillant, mais elle était contente qu'il fut encore loin et qu'elle n'en sût rien, et qu'en attendant, elle était jeune, forte, heureuse, prête à accueillir ce que la vie lui offrirait dans cet avenir auquel elle croyait tant.
«Quelle était la force de cette croyance ! Et comme tous mes rêves d'un avenir brillant se brisèrent contre les soucis quotidiens de la vie familiale.»
C'est cette déception qui forme le cadre extérieur du livre et en constitue la motivation profonde - au-delà même de celle proposée : mettre fin aux rumeurs qui circulent sur le rôle fâcheux que l'épouse de Tolstoï jouerait dans le couple, celui d'un frein entravant la quête spirituelle de l'écrivain. Sofia Andreïevna entreprend un contre-récit dans lequel, au côté du protagoniste - ce soleil qui occulte toutes les lumières, selon l'expression de Schopenhauer - percent d'innombrables petites étoiles, les proches du grand homme anéantis par la flamme poétique. «Un véritable poète se consume dans la souffrance et brûle les autres.» Cette citation du Journal de Tolstoï offre une clé de lecture pour Ma vie, récit mû tout à la fois par un souci d'objectivité et celui d'inscrire son existence au sein d'une conception littéraire.


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