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Auteur : Jean Mattern
Date de saisie : 11/03/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-84805-086-7
GENCOD : 9782848050867
Sorti le : 26/08/2010
Un père confie par bribe ses souvenirs à son fils. Roman épurée, de peu de pages qui touche l'émotion. De lait et de miel c'est la vie que le narrateur promet à sa femme, il ne peut en être qu'ainsi car tous deux arrivent en France en laissant derrière eux beaucoup de peine. Cet homme souhaite oublier un passé de guerre et de déchirement, l'amitié brisé par les idéaux, orphelin oublié d'une Europe déchirée, il va faire de la France son pays, sa nouvelle identité. Mais la vie reprend et la perte d'un enfant va lui rappeler que le gout du miel ne fait pas partie de la vie. Un roman d'une grande sensibilité, qui nous présente une nouvelle facette de notre histoire que l'on ne devrait jamais oublier. Ce roman tout en pudeur et délicatesse est magnifique.
1) Qui êtes-vous ? !
Auteur de deux romans, éditeur, mari et père de trois enfants, ami aussi.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'exil, intérieur ou extérieur, la perte d'un être aimé, et la tentative de vivre heureux malgré tout.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Notre bonheur a-t-il besoin d'une ombre au tableau afin que son éclat soit rehaussé ?"
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Les Suites pour Violoncelle de J.S. Bach.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Ces douleurs enfouies qui nous accompagnent.
DE LAIT ET DE MIEL. Au premier regard, quand il la rencontre en 1957 à la sortie d'un concert au bénéfice des réfugiés hongrois, le narrateur sait qu'il peut offrir à Zsuzsanna une vie de lait et de miel. Avec cette jeune femme volontaire et lumineuse, qui a fui Budapest et sa révolution manquée, il a en commun l'expérience de l'exil et, chevillé au corps, le désir de construire un avenir possible. Arrivé en France quelques années plus tôt, il a lui aussi échappé à l'étau de l'histoire.
Parvenu au soir de sa vie, il se remémore son long combat contre le typhus, dans un hôpital de fortune, après qu'à l'automne 1944 il a quitté précipitamment avec son ami Stefan la ville de Temesvar que se disputaient les puissances ennemies. Roumain du Banat, d'origine française pourtant, il ne s'est jamais senti tout à fait chez lui dans cette Champagne où avec Zsuzsanna devenue Suzanne il a fondé une famille. D'autant que la malédiction d'un drame intime n'a pas tardé à rattraper ces deux-là, qui avaient tant voulu oublier les traumatismes collectifs.
Le vieil homme, qui se confie par bribes à son fils Gabriel, aimerait trouver l'apaisement. L'on comprend à quel point Stefan lui a manqué pendant tout ce temps. Leur séparation sur un quai de gare à Budapest soixante ans auparavant le hante toujours...
Dans ce deuxième roman, Jean Mattern construit avec justesse et maîtrise l'histoire intime d'un double exil. Tissant avec une grande subtilité sentiments et sensations diffuses, il donne corps à des personnages d'une émouvante vérité.
Jean Mattern est né en 7965 dans une famille originaire d'Europe centrale. Il vit à Paris avec sa femme et ses trois enfants et il travaille dans l'édition. Son premier roman, Les Bains de Kiraly, a été traduit dans sept langues.
Avec Les Bains de Kiraly (Sabine Wespieser, 2008), Jean Mattern signait un premier roman qui lui ressemblait : simplement raffiné et plein de pudeur. Ou l'histoire de Gabriel, un homme flottant entre deux rives. Aujourd'hui, c'est le grand-père de ce dernier qui raconte. Pourtant, si l'on retrouve certaines thématiques (l'amitié, la culpabilité, l'absence, etc.), il s'agit bien d'un autre livre. Mieux, d'un magnifique récit intimiste, même si l'Histoire s'invite dans ses pages...
Avec De lait et de miel, Jean Mattern signe un roman troublant et émouvant sur l'exil et la perte, les mensonges et la culpabilité, le rapport au passé - surtout quand on a vécu "au milieu d'un continent éventré".
Il me semble que cela avait été plus facile, la première fois. Près de Vienne, en Autriche. Je n'ai jamais eu la curiosité de retrouver le lieu exact, ni cherché à savoir si c'était vraiment un hôpital, ou un de ces lycées désaffectés et transformés en camps de réfugiés pour accueillir les milliers de gens qui affluaient depuis l'Est. Je me souviens avec certitude d'une seule chose : c'était une grande bâtisse avec un double escalier extérieur, donnant sur une vaste pelouse. J'étais arrivé par là. Le reste, je ne sais plus. Si : des carreaux dans une salle de bains. Couleur crème, ou jaune. Le fameux jaune des Habsbourg ? Comment savoir, soixante ans plus tard ? Mais il était certain que, la tête tournée vers ces carreaux, j'avais trouvé cela facile, mourir.
Je pensais à Stefan. Ou à rien. Mon état ne me permettait plus de réfléchir. L'irruption de la maladie s'était manifestée d'abord par de fortes fièvres, suivies de vomissements.
Puis, un nouveau palier avait été franchi. Mon corps subissait une montée inexorable de la température. A peine quelques heures après mon arrivée, j'étais secoué de spasmes et de convulsions qui faisaient dire au jeune médecin : «Il est perdu. Mettez-le dans la salle de bains, nous avons besoin de place par ici.» Se doutait-il que j'entendais ce qui sonnait comme une condamnation définitive, se rendait-il compte que j'étais conscient, encore en état de comprendre malgré cet épais brouillard dans lequel j'avais l'impression de flotter ? Le typhus tuait par milliers, je le savais. Je serais une victime de plus à mourir dans la crasse. J'étais parti six mois plus tôt de Temesvar, et je n'atteindrais pas mon but : j'avais échoué à m'extraire de la nasse. J'avais certes réussi à échapper à l'armée Rouge, mais les rats et les poux, ou plus exactement la bactérie des Rickettsies dont ils étaient porteurs, avaient eu raison de ma détermination à ne pas mourir dans cette guerre qui... Aucun esprit ne résiste à l'hébétude provoquée par plusieurs jours de fortes fièvres. Je ne voulais plus rien, ne luttais plus. Mais je pensais à Stefan.
Un train raté dans une gare d'Europe centrale, et soixante ans plus tard, il me manque toujours. Mais pourquoi en avoir parlé à mon fils ?
«Stefan comment ?» me demanda-t-il.
«Dragan. Stefan Dragan. Né à Timisoara en 1928.»
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