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Auteur : Robert Goolrick
Traducteur : Marie de Prémonville
Date de saisie : 01/04/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Anne Carrière, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 20.50 € / 134.47 F
ISBN : 978-2-84337-579-8
GENCOD : 9782843375798
Sorti le : 26/08/2010
Le héros nous raconte son enfance dans une petite ville de Virginie durant les années 1950.
Les Goolrick étaient une famille très classe. Les femmes aimaient recevoir, organiser des cocktails et se faire des coiffures sophistiquées. Cette famille compte trois enfants brillants, et a une devise : ce qui se passe à la maison reste à la maison...
Les Goolrick étaient féroces...
Robert Goolrick avec son premier roman nous écrit l'indicible et nous prouve qu'on peut faire de la littérature même avec le plus affreux. Magistral !
Comment parler d'un livre pareil quand on est encore sous le choc de ses dernières pages, quand on reste le coeur serré en plein milieu de la nuit à tourner et retourner entre ses mains cet objet littéraire explosif aux apparences pourtant tellement anodines ?
Féroces. Le titre, en français, est en fait très mal choisi. Robert Goolrick avait intitulé ce roman en anglais : La fin du monde telle que je l'ai connue : scènes d'une vie, annonçant d'emblée le caractère autobiographique de son entreprise tout en lui conférant une note élégante et tragique.
Les années 50 en Virginie. La famille Goolrick semble vivre dans un état de joie permanent, réalisation parfaite de ce que la société américaine d'alors peut produire de plus achevé. Les Goolrick ont plein d'amis qu'ils reçoivent où visitent quasi quotidiennement, des robes et des costumes d'une très grande élégance pour habiller leur réputation d'infatigables noceurs et un esprit d'un charme fou qui font d'eux les personnes indispensables à avoir dans un carnet d'adresses digne de ce nom. Ils singent la vie telle qu'ils la lisent dans la revue du New Yorker qui leur sert de référence indépassable, ils lisent les romans de John Cheever ou de Updike, apportent un soin tout particulier à l'élaboration de leur jardin et achètent des quantités de glace pillée pour rafraichir les dizaines de cocktails à venir. En apparence, ces Goolrick là, avec leurs trois enfants, nagent dans le bonheur. Il y a cependant une règle chez eux que chacun se garde d'outrepasser : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe dans la maison.
On ne parle pas des mille et une astuces pour vivre au-dessus de leurs moyens en tapant à droite et à gauche ces quelques précieux dollars qui leur permettront d'organiser, ce soir encore, un de ces apéritifs délicieux qui font leur réputation. On ne dit rien des doses d'anxiolytiques dont ils se nourrissent pour garder le cap jusqu'à leur prochaine soirée. Rien non plus de l'état permanent de gueule de bois dans lequel ils vivent, le plus souvent incapables de répondre aux demandes d'amour de leurs propres enfants, se montrant même à l'occasion parfaitement cruels avec eux en société pour le bonheur d'un trait d'esprit. Et puis il y a ce secret. Il y a surtout ce secret. Cette chose abominable dont il ne faudra jamais parler ou sinon " des choses terribles arriveront".
Un des chapitres de Féroces s'intitule L'été de nos suicides. Où l'on lit pendant une vingtaine de pages insoutenables comment Robert Goolrick est tombé à l'âge de trente ans au plus profond d'une dépression suicidaire durant laquelle il s'est appliqué, pendant de longues semaines, avec une "jouissance érotique", à s'auto-mutiler en se coupant les veines chaque fois un peu plus profondément. Ce chapitre central est d'une force terrible. Il plonge le lecteur dans un profond sentiment de compassion envers cet inconnu de papier dont on ignorait jusqu'à l'existence avant d'avoir ouvert ce livre, et l'oblige à se demander ce qui a donc poussé donc ce type à en venir à de pareilles extrémités.
Quel est ce secret pourri qui empoisonne en silence la vie des Goolrick ? Vous ne l'apprendrez qu'à la toute fin du livre, révélation bouleversante qui vous pousse à penser, avec le narrateur malheureux de cette histoire magnifiquement écrite : "Comment ont-ils fait pour continuer, sachant ce qu'ils savaient, et chacun sachant ce que l'autre savait ?"
Les Goolrick étaient des princes. Et tout le monde voulait leur ressembler.
C'étaient les années 50, les femmes se faisaient des coiffures sophistiquées, elles portaient des robes de taffetas ou de soie, des gants et des chapeaux, et elles avaient de l'esprit.
Les hommes préparaient des cocktails, des Gimlet, des Manhattan, des Gibson, des Singapore Sling, c'était la seule chose qu'ils prenaient au sérieux. Dans cette petite ville de Virginie, on avait vraiment de la classe, d'ailleurs on trouvait son style en lisant le New Yorker.
Chez les Goolrick, il y avait trois enfants, tous brillants. Et une seule loi : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe à la maison. À la maison, il y avait des secrets. Les Goolrick étaient féroces.
Comparé à William Styron et Flannery O'Connor, Robert Goolrick a créé avec son premier roman, Féroces, un De profundis sudiste, dans lequel un fils ne survit pas tout à fait aux crimes du père, même quand il piétine sa tombe avec des chaussures anglaises.
L'écrivain décrit sa famille en égratignant son image...
Des gens apparemment irréprochables. Bonnes manières, courbettes, conversations brillantes. Mais derrière les décors, tout s'effondre tragiquement : le désamour torpille ce petit clan de naufragés où l'alcool et les larmes coulent à flots. Robert Goolrick se confesse froidement, sans pathos.
On apprend dans son roman qu'il faut couper la climatisation si on entreprend de se suicider en se saignant aux quatre veines...
Les Goolrick, dans les années 50, sont des gens charmants, appréciés de tous, généreux et cultivés. Le père est professeur d'histoire, la mère a de saines lectures (le New Yorker, Updike, Cheever). Le standing et l'argent ne vont pas forcément de pair. On peut gagner un manteau de vison en participant à un concours. Il n'y a pas de carte bancaire. On préfère les cocktails au vin. Les femmes sont chics et les hommes élégants. Une décennie plus tard, les cheveux des fils sont longs, les pères ne portent plus de cravate et les mères prennent des antidépresseurs. Féroces est une sacrée description de l'Amérique.
Robert Goolrick raconte son enfance malheureuse en Virginie, dans la bourgeoisie des années 1950. Saisissant...
Révélé par le sublime Une femme simple et honnête, Robert Goolrick fait montre d'un même brio dans Féroces (qui est en réalité son premier roman) : la lucidité le dispute à l'humour, l'élégance à la sincérité, pour dire "la terrible beauté et l'inconsolable tristesse de la vie". Pour prouver finalement que tout, même le pire malheur, peut devenir littérature.
L'incipit est souvent l'annonce d'une belle oeuvre. Ainsi de ce roman qui vous accueille avec : "Mon père est mort parce qu'il buvait trop." D'emblée, il vous emporte dans un récit qui, au fil de son déroulement, se révèle poignant, comique, grave, léger, sensuel, satirique... bref, tout simplement humain...
Tout au long du récit, on est pris par les alternances de violence et de tendresse que traduit le style même. Mais dans le dernier chapitre, l'auteur maîtrise comme rarement le non-dit pour lever le voile sur un certain matin de ses 4 ans. Un matin qui marqua le début de la décrépitude d'une famille... Impossible néanmoins de révéler ici le secret qui fonde ce roman en bien des points exceptionnel.
Maintenant et pour les siècles des siècles
Mon père est mort parce qu'il buvait trop. Six ans auparavant, ma mère était morte parce qu'elle buvait trop. Il fut un temps où moi-même je buvais trop. Les chiens ne font pas des chats.
Mon père fut incinéré. Ma mère aussi fut incinérée. Lorsqu'elle est morte, le jour de la fête du Travail, mon père était trop affaibli par le chagrin pour supporter des funérailles, si bien que les cendres de ma mère restèrent pendant des mois sur une étagère des pompes funèbres, jusqu'au printemps suivant, où mon père décida un jour de les récupérer et de les faire enterrer par le fossoyeur derrière la maison, dans un petit jardin juste à côté de la terrasse où l'on s'assied parfois le soir pour regarder la crique, dans la douce brise du bord de l'eau.
La tombe demeura sans stèle, et personne ne savait vraiment où elle se trouvait; ma tante était malade d'inquiétude à l'idée qu'il n'y ait pas eu de service mortuaire, pas de bénédiction épiscopalienne digne de ce nom. Le Noël qui suivit, nous offrîmes à mon père une licorne en fer forgé - ma mère les avait toujours aimées - et nous la plaçâmes approximativement à l'endroit où ma mère était enterrée. Sous la statue, on mit un marbre de pâtissier pris à la cuisine.
Mon père est sans doute le seul homme dans l'histoire de l'humanité à avoir reçu une statue funéraire comme cadeau de Noël. Elle arriva dans une caisse qui aurait pu contenir une machine à laver et il l'ouvrit, le matin de Noël, comme s'il s'agissait d'une nouvelle série de clubs de golf.
Ce ne fut pas un enterrement, pas à proprement parler, mais au moins ses cendres ne traînaient-elles plus au milieu d'inconnus chez un croque-mort. Ma mère nous avait toujours interdit d'utiliser les termes croque-mort, voilages, buisson, M'man, babiole ou encore gosse. Elle disait que cela faisait mauvais genre, mais je ne vois pas comment appeler autrement le type qui garde les cendres des gens après leur incinération.
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